La sonnerie du réveil perce la pénombre d’un son strident. Il est 5H45, et c’est l’heure que nous avons choisi pour nous apprêter à l’ascencion du Mount Kosciuszko : à 2228m, il s’agit là du plus haut sommet du continent australien. A cette heure matinale, on s’aperçoit avant tout d’une chose : la température ! L’Australie est une terre d’extrêmes, et nous nous en rendons cruellement compte par ce beau matin dégagé. S’il y a à peine deux jours on crevait de chaud sous la canicule de 40° à Corryong, ce matin on se pèle de froid. Et ce n’est pas seulement nos imaginations qui nous jouent des tours, le parebrise couvert de givre de Titine en témoigne…
Bon gré, mal gré, il n’y a pas de temps à perdre. On rajoute des épaisseurs et on se recroqueville autour du réchaud puis de la bouillore, qui nous prodiguent une mince chaleur, mais une chaleur bienvenue tout de même. Le ptit-déj avalé, on enlève une partie du givre du parebrise avec de l’eau, mais pour le reste, il n’y a pas le choix : il va falloir rouler pour que ça fonde grâce à la chaleur du moteur ! Lumière chaude, herbe brillante de givre et de rosée… la route qui nous conduit jusqu’à Charlotte Pass est pour le moins élégante. On se gare sur le bas-côté, et il est temps d’abandonner la voiture. Il est 7H30 quand nous posons le pied sur le sentier qui va nous amener à faire une vaste boucle incluant un passage par le sommet du Kosciuszko.
Ce qui me marque le plus durant cette longue balade au cœur du Kosciuszko, c’est avant tout l’abondance de l’eau : les ruisseaux au cours clair (c’est ici que la Snowy River prend sa source), les tarns à la surface d’opale, les lacs allant du vert sombre au bleu profond, encaissés parmi les falaises rocheuses… il y en a pour tous les goûts, et à foison. Dans un pays que l’on connaît habituellement sec et aride, l’eau prend des airs de bénédiction, une valeur sacrée, protégée par les remparts des montagnes.
Si la boucle que nous suivons aujourd’hui est près de deux fois plus longue que le chemin parcouru lors de notre ascencion du Mount Bogong (23 km contre 14), cela signifie toutefois surtout que la montée est bien moins raide ! De même, notre environnement est bien différent : alors que la majorité de l’ascencion du Bogong se déroulait dans la forêt, le sentier du Kosciuszko débute d’emblée dans un environnement alpin dépourvu d’arbres – altitude supérieure oblige. Cette vue dégagée nous régale à chaque pas d’une nouvelle carte postale et la prise de photos va bon train…
On fait une petite pause à Carruthers Peak, où la vue est grandiose. Un groupe de donzelles nous y a précédé : on les a vu passer, puisqu’elles nous ont doublé au pas de course il y a un moment déjà… les Alpes sont décidément un grand terrain de jeu pour les allumés du mollet ! Après un petit en-cas, on poursuit à notre rythme de randonneurs du dimanche. Le chemin se fait maintenant à flanc de falaise, avec vue sur le grand lac Albina en contre-bas.
Des arêtes de roc dépassent du sol à tout va, et des tapis de fleurs sauvages rivalisent de beauté… et de force ! Car il faut savoir qu’il existe là des fleurs qui ne poussent nulle part ailleurs, et qui connaissent ici une existence particulièrement spartiate : exposées au vent, à la pluie, à la grêle et au froid, elles parviennent pourtant miraculeusement à survivre… chapeau, les fleurs.
Enfin, on atteint le sommet du Kosciuszko, le point culminant du continent. Déception : des sentiers plus courts permettent aussi l’ascencion, et ceci couplé à la renommée de l’endroit fait qu’il y’a pas moins d’une trentaine de personnes au sommet en permanence. Mais ne chipotons pas : nous avons pu avoir le sentier tout à nous ou presque, et la vue reste superbe. Il suffit de s’écarter d’une vingtaine de mètres pour retrouver un semblant de tranquillité, pique-niquer et se reposer un peu avant d’entreprendre la redescente.
Le retour se fait via un chemin assez plat, qui était auparavant une route menant jusqu’au sommet (eh oui !). Heureusement, des têtes bien-pensantes ont eu l’excellente idée de la fermer aux véhicules, et l’on n’y croise donc que des randonneurs et des cyclistes. On rend une petite visite à Seamans Hut, on regarde les Mountain Galaxia (poissons minuscules) s’agiter dans les eaux transparentes de la Snowy River, on savoure les vallées qui s’étendent à perte de vue et les chaînes irrégulières qui les entourent… et, plus vite qu’on ne l’aurait cru, on se retrouve au point de départ, où des snow gums aux écorces rouges, jaunes et olive nous accueillent.
Le soir, on dîne en tête à tête avec une famille de kangourous. Pour eux, de l’herbe ; pour nous, de grosses gamelles de pâtes. Pas si mal, la condition humaine, finalement !
Galerie photo : Kosciuszko National Park




























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