Lors de mon dernier séjour en Australie, j’avais décidé de me payer le luxe de revenir passer les fêtes de fin d’année à Sydney : après tout, comment résister à l’appel d’un Noël « en famille » chez des hôtes HelpX bien-aimés, et d’un nouvel an magique à contempler les feux d’artifice avec vue sur l’Opera House ? Mais à ce programme aussi classique que fantastique, j’ai aussi décidé d’ajouter un twist : un petit « camping trip » de 3 jours dans un parc national à 250 km au nord de la capitale. Ainsi commencent les sublimes galères de Barrington Tops National Park…
Retour en arrière : parce que je suis une fille super sympa, quand je décide d’aller me fourrer dans une galère, je préfère emmener une innocente victime avec moi. C’est plus distrayant. Aux alentours de Noël, j’envoie donc un e-mail à Cécile (WombatOak) pour l’inviter à partager les fêtes dans ma « famille » plutôt que de se morfondre seule et abandonnée à Melbourne (nb : ToothbrushNomads.com autorise l’exagération dramatique aux dépends de toute vérité factuelle). La pauvresse, n’ayant jamais pris qu’un unique verre avec moi dans les profondeurs hivernales de Paris, me connait mal et c’est bien pour ça qu’elle me dit : « oui, bonne idée, j’arrive ! ». Une fois sur place, j’ai tôt fait de la convaincre que m’accompagner lors de mon mini « camping trip » ne peut être qu’une idée géniale de plus. Et le pire, c’est qu’elle me croit.
Nous voilà donc parties tant bien que mal dans ma vieille bagnole au pare-choc semi-amputé (oui, bon, on ne peut pas voir tous les poteaux…). Le trajet est anodin, et après quelques heures nous arrivons sans accrocs à notre premier site de camping, une clairière herbeuse dans la forêt pluviale. Je parque la voiture et Cécile monte sa tente, ou plutôt son champignon de schtroumpf portable : il fait froid, humide et un peu pluvieux, et la tente premier prix à l’imperméabilité douteuse se voit recouverte d’une bâche bleue « au cas où ». En deux mots : c’est moche.
C’est au cours de notre humble dîner, à peine interrompu par des « workshops » photo impromptus pour saisir l’apparition d’un kookaburra curieux perché au dessus de la tente, qu’on constate de plus près le premier problème de Barrington Tops : les sangsues. Parce que oui, non seulement il y en a, mais il y en a partout, tout le temps : au fil des jours suivants nous en trouverons sur nos chaussures, nos chaussettes, nos jambes parfois (déjà mieux pour elles, moins pour nous), sur la tente bien sûr et même sur mon trépied : rien n’est épargné.
Ce qu’il faut savoir avec les sangsues, c’est qu’elles ne sont pas bien méchantes : elles vous piquent un peu de sang, au pire ça va vous gratter pendant quelques jours, et voilà. Pour les décoller, certains recommandent du sel ou une allumette, mais en réalité il suffit généralement d’une simple pichenette (évitez quand même de le faire juste à côté du camp comme moi, sinon la sangsue va tout simplement revenir vous chercher…). Tout cela, je n’ai pas encore eu le temps de le raconter à Cécile, pour qui c’est la première fois, et je m’attends donc logiquement à ce qu’elle réagisse comme toute bonne gonzesse : en hurlant. A la place, elle fout la sangsue par terre et l’éclate d’un coup de talon faisant jaillir une gerbe de sang miniature sur le sol. Ah, bon.
Le lendemain matin, il est temps de partir pour la première galè… hum… promenade. Je me suis mis dans la tête de monter à un point de vue, principalement parce que je possède une étonnante qualité : la capacité à croire qu’on va avoir une super vue, même si on baigne actuellement dans un brouillard type purée de pois. Nous voici donc à bord de la voiture, montant sur une piste pourrie dans les collines. Je tente d’éviter un gros caillou, je décide que je ne m’y suis pas bien pris, je fais marche arrière… et boum, la roue dans le fossé. S’ensuit une bonne demi-heure d’efforts pour désespérément tenter de se dégager sans le moindre résultat, et ma réputation d’aventurière tout-terrain d’en prendre un sérieux coup. Me voici pour la première fois en vadrouille en tête à tête avec une fidèle lectrice de Toothbrush Nomads, et que se passe-t-il ? Je suis coincée. Bêtement. Par ma propre faute. Heureusement je récupère presque un gramme de crédibilité quand ma rassurante théorie se vérifie : quand on est bloqué en Australie, il suffit d’attendre qu’un 4×4 vienne à passer. Ca ne rate jamais, et comble du comble, c’est un duo de poulets (oui, oui, des gendarmes) qui vient nous sortir de là grâce à la magie d’un treuil électrique. Ne reste plus qu’à faire demi-tour sur la piste étroite et redescendre : après tout, il y a du brouillard de toute façon, ça ne sert à rien de grimper là-haut ! Quelle idée…
Le reste de la journée se passe plus calmement. Premier arrêt : Ladies Well, un trou d’eau dans la rivière. Le bassin est magnifique, alimenté par une petite cascade, le tout niché au cœur de la forêt pluviale luxuriante et brumeuse, et malgré la bruine légère et l’eau frigide, je ne peux pas faire autrement que d’aller faire trempette pour profiter de ce lieu à sa juste valeur pendant que Cécile, un peu plus maline, reste bien enveloppée dans son pull et sa veste imperméable. On met ensuite les voiles pour aller jusqu’à une autre partie du parc, et faire une petite balade extrêmement agréable sur des sentiers épais de feuilles mortes au cœur de la forêt. Le « Blue Gum Loop » n’est pas très long, mais nous on le fait durer : chaque détour du sentier est un nouveau prétexte pour dégainer le trépied et prendre son temps pour faire de la photo, immortaliser les arbres, la mousse, la rivière et les champignons. Par la même occasion, nous avons aussi changé de site de camping : cette fois, on a le luxe d’une table de bois à nous, et de quelques arbres permettant d’attacher la bâche au-dessus de la tente de manière un peu plus efficace et élégante que la technique du champischtroumpf. Ca tombe bien : cette nuit, c’est mon tour de dormir dans la tente !
Récapitulons : premier jour, les sangsues. Deuxième jour, la roue dans le fossé. Avec un minimum d’esprit de déduction, on pourrait donc s’attendre à une troisième galère accompagnant tout naturellement le troisième jour. Bien sûr l’esprit de déduction n’est pas mon fort (je préfère l’optimisme aveugle), et c’est donc dans le plus profonde insouciance que je nous emmène nous échauffer avec une petite promenade le long de la Gloucester River. Jusque là, tout va bien. On attaque ensuite la plus grande rando du séjour : une longue boucle à travers différents types de forêts, passant par des petits ruisseaux et de belles cascades, en compagnie de petits oiseaux des bois aux sourcils blancs (white-browed scrubwren). On déjeune avec vue sur Gloucester Falls, mais on remarque aussi que le ciel passe de « très nuageux » à « carrément menaçant ». Ca ne rate pas, à peine a-t-on recommencé à marcher pour tenter de finir la boucle avant la tempête que l’orage éclate : la pluie se met à tomber dru, le tonnerre gronde et je me sens soudain hyper-consciente du trépied métallique qui dépasse joyeusement de mon sac à dos. On court donc tant bien que mal sur le sentier pour déboucher illico presto de la forêt sur un parking désert où l’on trouve refuge sous un abri (au toit de tôle, sinon c’est pas drôle). Bilan de la balade : c’était magnifique, on est trempées jusqu’aux os (sur mes bons conseils, Cécile n’avait pas pris son k-way – quant à moi, c’est simple, je n’en ai pas), on se caille et on regarde les éclairs tomber vraiment pas aussi loin qu’on aimerait en débattant les mérites de rester au sec sous notre abri en tôle attrape-foudre ou fuir se réfugier dans des buissons mouillés. Dieu merci (il a dû réaliser que je me baladais avec une catholique !), l’orage se calme un peu et j’abandonne Cécile sous son abri pour aller courir jusqu’à la voiture, une dizaine de minutes plus loin. Je reviens à bord du preux véhicule et nous voici de nouveau au sec, avec des vêtements de rechange à enfiler, des couvertures sous lesquels se blottir et surtout, surtout, le plus grand salut du randonneur dans la panade : une tasse de thé et un paquet de TimTam.
Le vieux proverbe dit que la nuit porte conseil. On pourrait donc conclure qu’après toutes ces péripéties, une bonne nuit de sommeil m’aurait apporté la sagesse de rentrer à la maison plutôt que de continuer à affronter les éléments. Mais non ! On traverse avec succès tous les passages à gué qui permettent de ressortir du camping (heureusement la pluie ne les a pas fait gonfler) et c’est avec un enthousiasme increvable que je prends une route qui serpente à travers de superbes collines jusqu’à une troisième partie du parc. Cette dernière est plus élevée en altitude, il y règne un froid de canard et un brouillard à couper à la tronçonneuse. Une première balade se déroule sans trop de problèmes dans une forêt riche en fougères. La seconde balade, après le déjeuner, consiste en un circuit dans un bois sous-alpin composé en majeure partie d’eucalyptus, avec des marécages à proximité et des tonnes de traces de wombats (et par traces, je veux dire des tas de cacas carrés – eh oui, c’est comme ça, les wombats). A peine est-on sorties de la voiture pour marcher que la pluie se met à tomber, et ne s’arrête plus jamais. Ca ne nous empêche pas de finir la marche, parce que mettre 1h à finir la marche, moi je trouve ça plus amusant que mettre 5 minutes à faire demi-tour pour rentrer. Et puis, au bout d’une heure, on peut être vraiment sûres et certaines d’être revenues à la case départ, à savoir pas seulement dans la voiture, mais avant tout complètement trempées et frigorifiées, une fois de plus, parce que « l’été » en Australie c’est pas toujours de la tarte.
Récapitulons : premier jour, les sangsues. Deuxième jour, la roue dans le fossé. Troisième jour, l’orage. Quatrième jour, la pluie battante et le froid polaire. Voici le quatuor des sublimes galères de Barrington Tops National Park, qui reste à ce jour l’un de mes meilleurs souvenirs de ma troisième année en Australie et m’a donné une nouvelle appréciation des forêts pluviales, particulièrement magnifiques dans l’ambiance brumeuse et solitaire de ces hauteurs méconnues du NSW. Et Cécile ? Un an plus tard, elle voyage toujours avec moi. Y’a des gens qu’apprennent jamais…
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !




En fait, quand j’y songe, j’ai eu de la chance de faire “la montagne” seulement à tes débuts de randonnée…………
Pauvre Cécile ! Mais quand j’y pense, Sam n’est pas mieux non plus……….
Moi aussi il faut que j’arrête de vous faire confiance en matière de marche et rando…………
Je n’ose imaginer ce que donnent les deux ensemble !
Ah, la Montagne… tu as eu l’honneur d’être présente lors du moment clé et fondateur de ma carrière de randonneuse, maintenant je m’en rends compte !
Ma dernière grande victoire ? Convaincre Cécile de prendre un raccourci hors-piste à travers la vallée (traversée de rivière inclue) pour éviter de se retaper les détours et lacets d’une colline boisée… on a réussi… et sans sangsues cette fois !
Donc toi aussi tu as pris cette manie ultime des raccourcis hors pistes, en montagne quand personne ne connaît par coeur le coin hein ?? XD
Non, mais non ! Je convaincrai Cécile de venir avec moi pour suivre Nad tiens, ça sera moins stressant !! XD
Mais c’était facile à naviguer…
Et puis, même pas peur, Sam, Darren et moi on ira faire notre propre rando, et toc (et on ne reviendra peut-être pas entiers… !).
Et j’allais dire “en fait Cecile elle doit etre attaché au van pour continuer a te suivre” …
PS : J’espere que vous avez survecu le guet-apens de mardi soir
:D
@ Julia, viens me voir tu verras avec moi en rando y a jamais de soucis…..
je fais tjs des randos sympa et sous le grand soleil…. (ou presque)
Des randos sans soucis, ça existe vraiment ??? ;______;
Je veux essayer, je veux connaître cette joie ;________;
Oui oui … tu verras je te ferai decouvrir les superbes plages de l’Abel Tasman NP sous un soleil magnifique ! de toute facon c’est prouvé c est une region les plus ensoleillée de NZ…
…… (enfin c est ce qu ils disent…)
Nan mais rhôôô dites, j’ai quand même UN PEU d’aventure dans le sang ! La pluie, les sangsues c’était pas la première fois – l’Inde m’a blindé là-dessus ! Le seul truc qui m’avait fait légèèèrement sourciller c’est le coup du “nan nan prends pas ton Kway, c’est pas la peiiine” et 2h après bouf, la trombe d’eau, les appareils noyés, obligée de finir la piste sans lunettes tellement t’y vois rien… Moui bon, la sagacité de la bushwoman vis-à-vis de la météo, on repassera, quoi
Mais pas besoin de m’attacher au van pour me faire continuer, j’aime bien courir dans la forêt… sauf quand Stef se met à repousser les limites de la sanité d’esprit ! ^__^