Un soleil magnifique brille dans un ciel bleu tandis que l’on vogue sur un océan tout aussi bleu. La proue blanc immaculé de notre voilier fend les flots et disperse quelques gouttes d’écume argentée. On aperçoit les côtes de quelques îles, que l’on dépasse sans efforts. Assises sur le pont, on a du mal à croire à notre bonne fortune. Warwick est à la barre, une cannette de Victoria Bitter à la main (il en boit une douzaine par jour…), Craig à ses côtés. Sarah, la fille de Warwick, vient nous rendre une petite visite, et nous confie qu’elle est une sirène. On sourit à ce rêve d’enfant.
Il nous faut environ 3 heures pour atteindre Hook Island, et nos ventres crient famine : dans tout ça, on a sauté le déjeuner ! Peu importe, toutefois : on s’engage entre les bras de terre du sud d’Hook Island pour jeter l’ancre à Nara Inlet. Comme les autres îles de l’archipel, Hook Island fait partie du Whitsunday Islands National Park : la nature est protégée, et ça se voit. Par-delà les énormes rochers de la rive, les pentes de l’île sont recouvertes de forêt. Quelques faucons cerclent le ciel avant de disparaître à la cîme des arbres. Il n’y a que deux ou trois autres voiliers amarrés ici. L’île est inhabitée. Malgré tout, la civilisation y a quand même laissé quelques traces : sur certains boulets de pierre les pieds dans l’eau, on discerne des noms gravés dans la roche. La colère monte en moi à cette vue, mais il n’y a rien à y faire.
Hook baigne un moment dans une lumière chaude et fondante, puis le soleil disparaît derrière la ligne de ses collines. On partage un repas, et ensuite vient l’heure de passer notre première nuit à bord. Warwick et Sarah ont chacun leur chambre-cabine, Craig dort sur une banquette dans le salon/cuisine. Emilie et moi, on dort sur le pont : une bâche que l’on a montée comme une tente nous protège du vent, et on s’eveloppe dans des couvertures épaisses pour combattre la fraîcheur nocturne. Le mouvement du bateau nous berce, depuis nos lits de fortune on voit les étoiles. On sombre dans le sommeil avec le clapotis des vagues…
On se réveille de bonne heure le lendemain pour regarder la lumière matinale inonder le monde qui nous entoure. Après un bon petit-déj’, il est temps de mettre pied à terre : on saute dans le zodiac attaché au bateau, et on met cap vers une petite plage. On attache le zodiac à un rocher, et on suit le sentier qui nous fait gravir les pentes de l’île jusqu’à une caverne ornée de peintures aborigènes. Ces dessins d’ovales et de striures nous évoquent un filet de pêche, une carapace de tortue ou une montgolfière… Un peu plus loin, les arbres s’interrompent pour dévoiler un point de vue sur Nara Inlet : le soleil fait scintiller les eaux turquoises de la baie, la couleur est à couper le souffle. Après un long moment, on détache nos yeux émerveillés et nos rétines aveuglées de ce spectacle pour poursuivre notre chemin, qui nous emmène jusqu’au lit de pierre d’une cascade asséchée. Durant la saison des pluies, un flot chute ici jusqu’à la mer, mais en ce moment c’est la pleine saison sèche et seul un mince filet d’eau se répand sur le roc et crée quelques flaques de ci de là. En crapahutant sur les pierres, on voit pour la première fois des fourmis vertes : ces dernières vont bientôt devenir une vue familière maintenant que nous sommes dans le nord du Queensland. Craig en attrape une et nous explique qu’elles piquent, mais ne sont pas dangereuses. Et puis, il la jette sous sa langue : « elles ont un goût de citron vert ! » Plus loin, on découvre leur nid : des feuilles étroitement collées ensemble, pendues dans un arbuste.
On descend le lit de la cascade jusqu’à la mer. En chemin, on trouve un beau papillon coloré de bleu et de rouge ; en bas, des eaux transparentes. Et au retour, un petit serpent vert se glisse sous les frondaisons. Il est temps de retracer nos pas jusqu’au voilier pour un reste de journée paresseux. Le lendemain, c’est une longue journée à naviguer qui nous attend : pendant plusieurs heures, on combat le vent pour faire le tour de Hook Island par l’est. Nos estomacs sont écoeurés par les tangages du bateau qui lutte contre les vagues, et c’est avec soulagement qu’on jette enfin l’ancre à Butterfly Bay, au nord de l’île. Malgré notre mal au cœur, on avale un déjeuner solide et on saute dans le zodiac pour mettre pied à terre : qu’il est doux d’être sur une surface qui ne bouge pas à nouveau ! C’est une plage de galets qui porte bien son nom qui nous accueille : une volée de papillons disparaît vers le bush quand on débarque. Emilie dégaine masque et palmes et s’en va faire du snorkelling tandis que Craig et moi nous posons sur le rivage, au repos complet. Quand elle revient, elle nous annonce ses découvertes d’un ton joyeux : une murène, des coraux, des poissons colorés.
Bientôt, il est temps de regagner le bateau pour le dîner. Aussitôt à bord, nos estomacs se remettent à tanguer…
Galerie photo : Whitsunday Islands National Park




























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