« Vous devriez vous y prendre maintenant si vous voulez que les vêtements aient le temps de sécher,» nous déclare t-il avant même que nous ayons fini d’engloutir la dernière bouchée d’un petit déjeuner si ardemment convoité depuis quelques heures déjà. Car malgré tous mes efforts pour adhérer à la vie d’ermite, je me sens quelque peu prisonnière des rites et rythmes étranges qui la caractérisent. Et puis les élans pédagogiques compulsifs de notre hôte, qui me parassaient au départ si bienveillants, irritent à présent de plus en plus ma corde débrouillarde. Si un air de « il est temps de partir » résonne dans ma tête en cet avant dernier jour de résidence à Cedar Pocket, je ne réalise pas encore toute l’urgence de ce dernier, jusqu’à ce que Bob ne nous donne « une leçon en matière de lessive ». Tous les mots qui sortent de sa bouche s’enchaînent à mon oreille en une litanie monocorde digne d’un mauvais slogan publicitaire. Plutôt qu’à la ménagère de moins de cinquante ans, attaquez vous dorénavant à cet étrange spécimen pour qui « c’est le rituel de la lessive qui importe, pas le résultat ! » messieurs les publicitaires ! J’ai nommé, le vieux garçon.
Nous voilà donc tous trois prostrés devant la machine béante et l’abreuvoir en pierre s’étant improvisé bac de rinçage depuis, je le crains, quelques dizaines d’années déjà. L’un donne les directives, les deux autres les exécutent tantôt à contrecoeur lorsqu’il s’agit de laver et rincer quatre machines dans la même eau de pluie, tantôt avec un haussement de sourcil quand arrive la dernière de la série, dédiée aux chaussettes. Chaussettes que, dans un élan intuitif de méfiance quant au rituel de la lessive, nous avions portées jusqu’à saturation olfactive de nos petits pieds mignons ! C’est bientôt avec le désespoir et la résignation les plus profonds que nous nous attelons à la tâche.
Résignation certes, mais une requête tout de même : messieurs, par pitié, cessez de laisser vos paquets de lessive ouverts à tous les vents, tous les cadavres d’insectes, toutes les moisissures dont regorgent vos granges, et renoncez à écoper l’eau du tonneau jusqu’à la dernière goutte pour aller abreuver vos papayers… De tout cœur, merci.
Galerie photo : Cedar Pocket




























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