Townsville, c’est une ville dont le concept semble sympathique : c’est pas trop grand, c’est au bord de l’océan, c’est dominé par la silhouette orangée de Castle Hill, une grande bosse de roche qui offre une vue panoramique sur la cité et ses environs.
Oui mais… on a tôt fait de découvrir que la principale artère commerciale est désertée dès 17 h, heure de fermeture des commerces, et les derniers déchets qui volettent au vent après une journée dans la société de consommation donnent à tout ceci un air de ville fantôme. Peu après, on retrouve toutefois les habitants de Townsville le long du front de mer : apparemment récemment « rénové », il s’agit maintenant de l’endroit à la mode où s’alignent les restaurants. C’est également l’endroit le plus agréable de la ville : une promenade piétonne avec vue sur l’océan s’y étend, fournie en jouets qui font le bonheur des gosses et des gens cons (oui, nous !). On vous recommande chaudement la toile d’araignée géante.
On décide de passer la nuit au sommet de Castle Hill, et on regarde le tapis des lumières urbaines s’y dérouler à nos pieds. Malheureusement, la ville est également le territoire de la tribu internationale des jeunes branleurs, et le début de notre nuit est longuement troublé par leurs onomatopées enivrées et le son pourri de la stéréo de leur bagnole tandis qu’ils se bourrent la gueule et parlent de cul sur le parking. Ambiance.
Le lendemain, on va jeter un œil à la vue de jour. J’y vois des nuages gris qui dominent une ville grise, et même l’océan est anthracite par ce temps couvert. L’étalage urbain s’étend loin, trop loin pour moi : les immeubles poussent comme les arbres dans la forêt, saignés par les artères bouchonnées du traffic routier. Le sol est étouffé par le poids du béton. La terre est violée. Moi, la vue sur Townsville, ça m’déprime.
En ville, on a le temps de se faire regarder bizarrement parce qu’on est deux filles qui se tiennent la main, d’aller à la bibliothèque et d’entrer dans une altercation surréelle avec le propriétaire enragé d’un cyber-café. On s’énerve, mais en même temps, faut relativiser : peut-être que nous aussi on aurait des pulsions meurtrières si on devait vivre à Townsville.




























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