Il est 15 heures, et nous prenons la mer. L’aileron luisant d’un dauphin perce un instant la crête des vagues, puis sa silhouette submergée disparait dans l’écume d’un océan vert. En route pour ¾ d’heure de traversée qui secouent l’estomac !
Une fois débarquées à Penneshaw, à l’est de l’île, nous allons faire quelques courses et rendons une petite visite au centre d’information. Dès le tableau d’affichage, on se prend une claque en pleine face : à la suite de sévères feux de forêt en décembre dernier, de nombreux sentiers et coins camping sont fermés. Un peu « comme par hasard », les employés du terminal de ferry de Cape Jervis se sont bien gardés de nous prévenir avant que nous n’achetions nos billets et ayions effectué la traversée… à AU$170 l’aller (il faudra compter autant pour le retour), nous bourses se sont bien allégées, et voilà qu’on apprend que certaines des randonnées qui nous intéressaient ne seront pas même accessibles à nos petits pieds voyageurs. Malgré tout, on rentre dans le centre, histoire de bavarder avec la personne de service. C’est encore pire : hébétées, on l’entend nous déblatérer qu’il nous faudra payer pour voir les pingouins, payer pour voir les koalas, payer pour voir les lions de mer, payer pour tout. « Ce sont des animaux sauvages dans leur habitat naturel ! » s’exclame-t-elle avec dédain à nos airs ahuris. Et quand on lui parle avec poésie de randonnée indépendante et de rencontres animales réellement sauvages (et gratuites) au détour d’un chemin, elle prend un petit sourire mesquin pour ajouter : « vous ne verrez rien, alors ».
Sans voix, nous battons en retraite. Bien sûr, on sait que cette mégère a tort : cela fait un an et demi que nous explorons le bush australien, après tout. Il est inconcevable qu’une île entière pourrait être vide d’expériences naturelles, sauvages, libres. Mais sa méchanceté nous a troublé, c’est la première fois que nous rencontrons tel personnage – qui plus est à peine arrivées dans une nouvelle région. Notre première impression de Kangaroo Island se voit entachée de cette rencontre négative, et on se sent indéniablement prises pour de bons gros pigeons bien gras dont la seule utilité est de venir se faire déplumer par le Dieu Tourisme. La sensation est infecte.
Carte en main, on repère un petit bout de vert le long de la côte : Lashmar Conservation Park. Jamais entendu parler, c’est bon signe. On engage notre voiture sur les routes de terre qui y mènent. Le trajet est court, et le chemin nous amène dans une petite oasis de verdure. Quelques wallabis décampent dans les fourrés : nous n’avions encore jamais vu cette espèce (Tammar Wallabies), qui a disparu du continent mais habite encore en force les bois de Kangaroo Island. Leur pelage gris tire sur le roux au niveau des bras et des épaules, et ils ont des traces blanches sur le museau. En arrêt, ils nous guettent depuis leurs refuges de buissons. Leurs mimiques curieuses ramènent un sourire à nos lèvres, et on se gare dans l’herbe, sous un arbre. Dans la douce lumière du crépuscule, on explore brièvement nos environs : un océan bleu nacré se répand sensuellement sur une longue plage de sable blanc. Nous sommes les seules à nous tenir là sous le ciel rosé. Ce coin de paradis tout à nous nous met du baume au cœur, et on revient au camp soulagées pour s’activer à rassembler du bois et démarrer un feu.
Bientôt, nos écuelles sont vides tandis qu’on se réchauffe encore à la lueur des braises. Un craquement s’échappe des fourrés. Wallabi ? Après quelques instants de silence, un petit éternuement nous parvient, suivi d’un drôle de cri d’oiseau. On échange des regards interrogateurs. Il n’y a qu’une seule chose à faire : armées de nos lampes frontales, on fait le tour du périmètre à la recherche des vadrouilleurs du soir. Notre courte balade nous fait apercevoir quelques wallabis de sortie, mais c’est seulement en revenant à la voiture qu’on découvre l’origine du bruit : une drôle de tache blanche se tient dans les rochers, sur la pente de la colline à côté de laquelle nous avons garé notre véhicule. Temps d’arrêt… et réalisation stupéfaite : c’est un pingouin ! On s’approche, et on l’observe : c’est bien un adorable « little penguin » (également appelé « fairy penguin ») qui nous regarde depuis son antre, entre deux rochers. Sans le savoir, nous avons établi notre camp à moins de 10m de son nid… ! C’est seulement maintenant qu’on remarque qu’effectivement, ça sent le poisson…
Encore éberluées, on s’en va s’étaler sur notre matelas. Première journée à Kangaroo Island ? La pire des introductions, et l’une de nos meilleures nuits de camping. Voilà qui s’annonce comme un séjour ambivalent !
Galerie photo : Dudley Peninsula
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !