Ben Lomond National Park, je n’en savais que 3 choses : 1. Ce parc protège le second plus haut sommet de Tasmanie, 2. Il contient une station de ski et 3. « il n’y a rien à voir là-haut, il n’y a même pas d’arbres » dixit une de mes connaissances australiennes bien intentionnée qui devait pourtant mal me connaître. Parce que moi, quand on me dit qu’il n’y a rien à voir, j’y vais !
L’avertissement résonne encore dans nos têtes lorsque l’on quitte Launceston par une fin d’après-midi fraîche et nuageuse. On s’arrête dans une banlieue quelconque, le temps d’acheter quelques provisions, puis on s’extirpe de la ville : avec ses 100.000 habitants, Launceston est la plus grande cité de Tasmanie après la capitale, Hobart. Autant dire que « s’extirper » n’est pas si difficile que ça, et nous roulons de nouveau très vite sur des routes comme on les aime bien là-bas : un ruban d’asphalte qui sillonne des champs verdoyants (ah oui, ça flotte en Tasmanie) entrecoupés de forêts sombres avant d’aller s’entortiller d’une série de virages qui nous permettent d’attaquer la montée dans le parc national de Ben Lomond.
Première impression : pas d’arbres ? Comment ça pas d’arbres ? Au sommet peut-être, mais en attendant la route est bel et bien avalée par une forêt aussi haute que dense. Des milliers d’eucalyptus à l’écorce humide se referment autour de nous. Nous avons pris de l’altitude, et il plane maintenant un épais brouillard qui accentue la sensation d’être enveloppé, enserré par l’environnement, un sentiment à la fois réconfortant et presque un peu inquiétant.
On se parque sur le site de camping, vide. Une petite hutte se tient là, tranquille, dans les bois. A l’intérieur, un foyer de cheminée et deux tables de pique-nique. Un refuge bienvenu dans cette atmosphère humide où il règne un froid de canard : les doudounes sont de sortie, et nous avons hâte de nous mettre à la préparation du dîner pour nous réchauffer. On récolte du bois et je profite de la cheminée pour faire un feu. On comprend vite pourquoi une belle couche de suie recouvre le manteau de ladite cheminée, qui a un mal fou à tirer : comme en prime tout le bois est pétri d’humidité, mon feu a tôt fait d’enfumer la hutte ! Heureusement, en persistant un peu, la fumée finit par s’atténuer suffisamment pour que l’atmosphère soit de nouveau vivable, et les flammes du feu commencent à nous réchauffer un peu. C’est aussi ce moment là que le temps tasmanien décide de nous prouver combien il est changeant : le brouillard se lève, et notre hutte se pare des couleurs du soleil couchant.
Malgré le froid à affronter dehors, on en profite pour gravir quelques marches jusqu’au point de vue voisin, où le panorama que l’on obtient sur les champs et collines de la campagne environnante se révèle somptueux en cette heure où le feuillage des eucalyptus semble briller comme de l’or chauffé à vif :
A partir de là, je peux déjà conclure qu’une fois de plus, aller là où il n’y a « rien à voir », ça poutre. Mais reste encore la journée du lendemain, et la rando !
Après une nuit froide mais reposante, on prend un rapide petit-déjeuner et on démarre ma fidèle voiture pour rejoindre un parking situé un peu plus haut, d’où débute un sentier permettant de rejoindre le plateau de Legges Tor : avec ses 1572m, Legges Tor est le second plus haut sommet de Tasmanie après le Mount Ossa, 1617m, sur l’Overland Track. En plus, la météo est avec nous : le brouillard a disparu comme il était venu, et soleil et ciel bleu promettent une excellente journée de marche.
Ici, c’est vrai, il n’y a plus d’arbres : normal, nous sommes maintenant passées dans un milieu alpin, altitude oblige ! Devant nous, d’énormes amoncellements de roche dominent l’horizon, d’imposantes falaises de pierre qui donnent tout son sens au mot « abrupt ». On s’engage sur le sentier lui-même rocailleux où ne demeurent plus que quelques buissons de part et d’autre du chemin. Cela ne veut toutefois pas dire qu’ici il n’y a plus de vie, au contraire : nous sommes accompagnées de petits oiseaux, un piaf au plumage brun anodin mais à l’œil clair et vif (« tasmanian scrubwren »), et un autre au poitrail bellement frappé d’orange (« flame robin »). La beauté de ce dernier paraît si éphémère et délicate qu’il est difficile d’accepter qu’il puisse vivre dans un environnement aussi difficile que cette montagne pelée au cœur de la Tasmanie, dans les 40ème rugissant.
Notre ascension est rapide, et le manque de végétation aide à dévoiler des vues extensives sur les environs. Bientôt, nous arrivons sur le plateau de Legges Tor : OK, ce dernier n’est peut-être « que » le second plus haut sommet de Tasmanie. Mais l’impression de marcher sur le toit de l’état est saisissante, car ici nous ne nous trouvons pas sur un sommet à pic à l’équilibre précaire mais sur un vaste plateau d’une étendue de 14 km de long par 6 km de large. De quoi bien se balader ! L’ensemble du plateau se trouve à une altitude de plus de 1300m. Certes, il n’y a pas d’arbres à cette hauteur, mais cela ne signifie pas pour autant que la flore n’est pas intéressante, bien au contraire. En plus des buissons nous trouvons ici une grande variété d’herbes et de mousses entourées d’innombrables petits ruisseaux qui se divisent en fins filaments. Des blocs de roc couverts de lichen dépassent de partout, et des poteaux marqués par le temps et le climat inclément ouvrent la voie, nous indiquant le chemin à suivre dans cette immensité montagneuse.
Au bout d’un moment, nous trouvons une trace plus importante de civilisation : une hutte au pied d’un amas rocheux, au bord d’une mare. Elle a été construite en tôle et peinte en vert, elle ne manque pas de charme. Non loin, deux kangourous à la fourrure dense et duveteuse nous observent avant de s’en aller de quelques bonds. Qui a dit que les kangourous ne vivaient que dans le désert ? Certainement pas ! Ici, sur les sommets de Tasmanie, exposés au vent, au froid et à la neige, ils s’en sortent tout aussi bien que dans les plaines arides de l’outback. Notre marche continue encore un peu, jusqu’à un grand cairn (tas de pierres) marquant le sommet. Plus loin, nous pouvons maintenant distinctement observer d’autres traces de civilisation : les remontées de la station de ski. C’est la fin de la promenade pour nous, il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour et redescendre tranquillement jusqu’à la voiture pour quitter le parc de Ben Lomond.
Effectivement, il n’y avait rien à voir. Du tout.
Galerie photo : Ben Lomond National Park
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !
Je ne l’ai pas fait celui-ci mais c’est vrai qu’il fait envie… Et je ne comprends pas trop pourquoi le quart Nord-Est de la Tasmanie n’est pas plus populaire : Bay Of Fires, Mount William, Ben Lomond… Parmi les plages les plus belles du monde, des “forest kangaroos”, toujours des oiseaux et des wallabies, pas âme qui vive, des endroits où camper à foison… alors qu’un coin comme Cradle Mountain est blindé (enfin relativement).
Je suis curieux de savoir s’il y a vraiment des gens qui s’en servent de cette station de ski… Ça a pas l’air d’être des pistes bien marquées, mais ça doit être bien sympa l’hiver avec de la neige.
La station de ski est sur l’autre versant de Ben Lomond, que je n’ai pas pris en photo. Je pense qu’elle est utilisée, simplement elle est petite et à mon humble avis ne doit pas attirer d’autre public que les Tasmaniens – les touristes étrangers ne viennent pas en Australie pour faire du ski, et les australiens du continent ont des stations plus importantes dans les Alpes du Victoria et du New South Wales.
Je confirme ce parc national est tout simplement magnifique! La vue en haut du plateau avec la mer de nuage nous a donné une de nos plus belle vue de Tasmanie et pourtant le niveau est élevé
Je trouve que pour un endroit où il y a rien à voir tu en as vu pas mal! C’est “marrant” de voir comment on passe à côté de certaines choses quand on habite juste à côté!
N’est-ce pas ? Malheureusement je pense que cet état d’esprit du “il n’y a rien à voir” n’affecte pas seulement les locaux. J’ai plusieurs fois lu/entendu des voyageurs commenter qu’entre tel et tel endroit, tu faisais 300 km sans rien voir d’intéressant. Ce n’est jamais vrai, de mon expérience, mais les gens ont facilement tendance à faire ce raccourci s’ils ne connaissent pas la région et qu’il n’y a pas d’attraction touristique hyper publicisée sur le chemin !