Un matin brosse-à-dent dans la salle de bain. Et soudain, Emilie, la bouche débordante de dentifrice : « hey ! y’a des chevaux dans le jardin ! ». Je lève le regard vers la fenêtre et mes yeux confirment la désolante vérité : il y a en effet un groupe de juments placides en train de renifler nos fleurs et nos buissons et de chier sur notre pelouse. Leur clotûre de fil de fer, qui borde notre arrière-cours, s’est cassé la gueule durant la nuit.
Grâce à ces perdues, on passe un début de matinée axé rigolade, à les repousser dans leur pré à grand geste des bras, à mettre de longs fouets dans les mains d’Emilie pour qu’elle fasse clotûre humaine, à aller chercher des vieux bouts de corde pourris qu’on noue ensemble pour constituer une barrière de fortune en attendant que tout ceci soit réparé. Et puis, on en profite pour connaître quelques instants privilégiés avec les poulains, qui viennent chercher les caresses.
Au quotidien, on vit avec les traits de caractère individuels de « nos » chevaux. Betina, une jument de chasse à courre, nous évoque une vieille impératrice irrascible : quand la nourriture atterrit dans sa mangeoire, elle baisse les oreilles en arrière et frappe du sabot sur le sol tout en mangeant.
Quay Largo, le cheval attitré de Peter, est une vraie plaie qui aime à mâchouiller tout ce qui se trouve à portée de son museau : brosse, pull, main. Il se plait également à attraper sa bassine d’eau et la balancer à l’autre bout du box quand l’envie lui prend. Au début, ces tics paraissent énervants. Mais avec le temps, on remarque comme un air de tristesse sur sa belle tête, et on se dit qu’il doit simplement s’ennuyer.
Et puis il y a Vanquisher, dont le nom plein d’arrogance (on pourrait le traduire par : « la conquérante ») fait contraste à sa nature trouillou. Un jour, paniquée par la présence d’un troupeau de vaches de l’autre côté de la route et l’approche d’un orage, elle décide de sauter la barrière de son pré : je me retourne juste à temps pour voir son superbe bond et réaliser qu’elle me fonce dessus au grand galop. Heureusement, comme souvent, de grands gestes des bras sont suffisants à la re-diriger, et je finis par la récupérer avec un licol.
Il y a aussi des instants tendres. Bodle, une jument discrète qui vient se tenir tout contre moi quand je nettoie son box. Je la surnomme « Cuddle » (câlin). Fresco, peut-être mon préféré d’entre tous, un magnifique bai brun au regard doux. Il y aussi ceux dont le nom semble parfait : Bellissimo avec sa longue crinière soyeuse et ses grands yeux sombres, Capricious et son comportement tyrannique à l’heure du repas (n’hésite pas à mordre ses rivales et botter si nécessaire), Finesse qui préfère qu’on lui parle doucement quand on la longe.
La liste est encore longue.
Galerie photo : Northern Warmblood Stud




























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