// Kiffe la campagne

Australie

Kiffe la campagne

Stef et son foin Dans nos étables, y’a 9 chevaux, c’est ceux qu’on travaille en c’moment : dans les paturages voisins, y’en a des douzaines et des douzaines encore, des juments et leurs ptits poulains, des plus grands qui attendent leur tour à l’écurie. Emilie s’occupe de 6 des chevaux par jour, ça veut dire qu’elle doit taffer 8-10 heures quotidiennes environ, et qu’on a qu’un seul jour de libre par semaine – ici, la semaine des 35h, connaît pas.

Et moi ? Ben moi, j’fais tout. J’sais pas monter à cheval, alors je suis palefrenière, je suis jardinière, je suis femme de ménage, j’peux tout faire. J’commence mon taf à 7H30-8h, j’arrête vers 16H30-17h, à part pour quelques ptits trucs supp’ parfois, d’ci d’là. Partage de routine ? Allons-y.

J’me lève, j’avale ma tasse de thé bien sucré, ptét un bon bol de muesli, pis hop c’est parti. Direct la réserve de bouffe pour ch’val, t’amènes ta nana avec toi parce qu’il faut être deux pour sortir un sac de lupins (un genre de graines) de 40 kg de son bidon et jusqu’à la brouette. Ensuite tu laisses ta belle filer à ses propres tâches, et toi tu vas prépares 11 seaus de bouffe – deux rations de lupins, trois d’eau, et tu les abandonnes là parce que faut qu’ça trempe pour un temps. Mais ça veut pas dire que tu peux traîner maintenant, parce que ça c’est que dalle.

Colt Alors j’file, et j’vais arracher deux grosses bottes de foin du tas, j’les empile sur mon trolley et j’les tire jusque dans mon étable, j’prends mon couteau et j’coupe les fils qui tiennent mon foin en place, j’les enlève pour pas qu’les chevaux les bouffe – ça s’rait pas facile à digérer, ça. Je prends un tiers de ma botte et je vais la mettre dans la mangeoire d’un des dadas, pis j’fais pareil ensuite pour tous les autres – faut qu’j’aille chercher une troisième botte, deux ça suffit pas. Et puis quand tu rentres dans un box, le cheval vient vers toi, il est curieux et il est gourmand, il chope un bout d’foin au passage et commence déjà à machouiller, et toi tu dois le faire reculer pour aller déposer le reste où il faut. T’as du foin plein les habits en moins d’deux, des épis qui gratouillent, mais t’as l’habitude, tu fais plus attention. Quand t’as fini, tu chopes une dernière botte et tu vas la traîner à l’autre bout de la ferme, pour aller nourrir les deux étalons qui y résident. Tu nettoies leurs bassines d’eau avec une bonne brosse pour virer la boue et tu re-remplis. T’as pas d’bol ce matin : un robinet te pète entre les mains et l’eau jaillit en fontaine à pleine puissance vers le ciel, t’essaies de revisser mais tu peux pas, tu finis trempé et tu vas couper l’arrivée d’eau avant d’arriver à faire quoique ce soit, et ça te retarde, et parfois ça te fait chier et tu t’énerves, ça te retarde mais ça n’attend pas. Quand c’est réglé, tu reviens aux écuries, tu soulèves un sac de 20 kg de granulés et tu vas en donner une ration à chacun – et t’as beaucoup de chevaux qui savent bien tourner et reculer, même si t’as besoin de les pousser un peu, pour te laisser accèder à la mangeoire, mais t’as Quay Largo qui veut pas t’laisser passer, qui veut fourrer le museau dans la boîte directos, qui essaie de te mordiller au passage, tant qu’à faire. Tu lui fous un gnon et tu râles, et tu lui verses et tu ressors.

Maintenant t’as fini de t’occuper de la bouffe pour le moment, alors tu vas chercher ta brouette, un accessoire spécial (ptite pelle + panier avec long manche) et tu rentres de nouveau dans les box pour aller ramasser le fumier – exit, on nettoie tout. Les chevaux te cassent pas les couilles, ils sont tous occupés à s’empiffrer, nickel. Quand t’as fini tu vas vider ta brouette – manuellement, avec une fourche, dans une remorque, pis tu laisses ça – ça attend qu’un mec vienne samedi pour aller la vider dans un champ avec un tracteur. Toi tu t’en fous, tu t’casses, tu vas vérifier le niveau d’eau dans chaque bassine dans les box, et en rajouter si besoin est.

En général, il s’est écoulé déjà deux heures en un rien de temps, à ce stade.

Emilie et Vanquisher au matin

C’qui veut dire que tes lupins sont probablement prêts, mais tu t’en occupes pas tout de suite parce qu’il y a toujours des boulots « spéciaux » pour lesquels on te réquisitionne – tu vas aller nettoyer un gros abreuvoir en ciment dans un champ, ou tenir un des chevaux pendant que ta belle prend une seringue en plastoc pour lui jicler de l’eau dans la bouche et nettoyer, ptét que tu vas le brosser après, lui curer les sabots, tout ça, ou alors tu vas choper ta pelle et ta brouette, pour ramener de la sciure dans les box et bien la répartir et aplatir. Pis vient un moment où t’as plus de trucs et de machins, et ne reste donc qu’à aller nourrir les juments et poulains. Tu prends un seau d’lupins, et tu le donnes au seul couple mère/fils qui a un pré à lui tout seul. Ca, c’est facile. La suite, moins.

Stef et son tracteur T’entasses et tu cales 4 seaus dans ta brouette, pis hop, pousse pousse. Tu rentres dans le pré et c’est le moment galère de ta journée : t’as 10 bacs à remplir qui sont dispersés dans l’pré, et t’as une dizaine de juments, avec la dizaine de poulains correspondants, qui sont tous affamés et gourmands, qui viennent tous se coller à toi et renifler, qu’essaient de fourrer le museau dans tes seaus directos, qui t’empêchent presque d’avancer jusqu’aux bacs, et toi t’essaies tant bien qu’mal d’y arriver convenablement, pis d’un coup tu lâches tout : tu viens d’avaler une mouche et tu la recraches par terre bruyamment, ça te gonfle parce que des mouches t’en as autant que des chevaux autour de toi, et elles veulent toutes te bourdonner à l’oreille, se poser sur ta paupière ou venir se faufiler dans ta bouche, ton nez. Mais c’pas grave, tu continues, et si par malheur il a plu, c’est que d’la gadoue par terre, c’est trop boueux et ta brouette s’enlise, alors tu portes tes seaux 2 par 2 et puis voilà, y’a qu’à faire suffisamment d’allers-retours pour vider les 10. Et puis un jour, ça tombe sur ton quota de malchance pour le mois, tu te prends un coup de hanche d’une jument, c’est pas méchant mais c’est trop costaud un ch’val – t’es foutu par terre, t’as les boules et tu regardes qu’y’a aucun autre bestiau autour, parce que tu veux pas finir piétiné par accident. Alors pas l’temps d’jurer, pas le temps d’pleurer, tu te relèves et ton fut’ est plein d’eau et de terre, t’as quelques lupins sur l’épaule et faut redresser la brouette pour continuer la route.

Pause déjeuner, 1H30 de tranquillité.

L’aprèm, plus cool, parfois plus chiant – l’aprèm, tu dois de nouveau nourrir les chevaux des écuries, et les sortir dans leurs prés pour la nuit, mais sinon tu fais d’autres tafs. Parfois t’as du pot, tu t’occupes de l’arrière-cours et ça te plaît de façonner un joli jardin à partir de cette étendue de mauvaises herbes à l’abandon – tu chopes ton rateau, tu prends tes gants, tu crées un chemin de terre à partir de rien, et ça le fait. Et parfois c’est du désherbage difficile, tu dois manier la fourche pour ramollir la terre avant de pouvoir manuellement arracher les herbes. Ou alors c’est des tâches ménagères, c’est fastoche mais ça te gonfle un peu de nettoyer les vitres, passer le balai, polir une armoire à la cire.

Et puis, pouf, c’est la fin de la journée, et tu vas mater les Simpsons.

Et bien que cet aperçu de quotidien puisse sembler pénible à lire, c’est en réalité une vie satisfaisante, où tu sais que tu bosses dur et bien, et que t’es utile. T’apprends à connaître tous les chevaux, à t’en occuper, tu retiens les instructions particulières pour la bouffe, tu sais qui est blessé, tu remarques des p’tites choses, et tu sais que t’es bon, qu’t’es fiable et qu’t’assures.

Coucher de soleil

Tu kiffes la campagne.

Galerie photo Galerie photo : Northern Warmblood Stud

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