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Australie

Le Victoria en feu : nouvelles du front

Raintank Il y a déjà près de 3 semaines, le Victoria s’enflammait. Nous vous avons déjà décrit la dévastation dans ces pages, les villes rasées de la carte, les forêts réduites en cendres, les animaux déshydratés aux pattes brûlées. Mais aujourd’hui, où en sommes-nous ?

Le bilan des décès, comme prévu, a encore monté. Le chiffre officiel est maintenant de 210 morts. Les aides du gouvernement s’organisent : des milliers de dollars mobilisés afin de donner un petit coup de pouce à des familles qui ont tout perdu, et n’ont peut-être même plus sur eux de papiers pouvant prouver leur identité. Australiens (et autres nationalités sans aucun doute) ont eux aussi mis la main au porte-feuille pour apporter leur contribution à la cause. De nombreux objets hétéroclites (allant du chargeur de téléphone aux vêtements en passant par les jouets pour enfants) ont été donnés à ceux dans le besoin. L’appel au logement est lancé : en attendant de pouvoir rebâtir leurs maisons perdues, certains se réfugient dans des caravanes – elles aussi, souvent données ou prêtées par des amis et autres bons samaritains anonymes.

Dans cet enfer, j’ai de la chance. Finalement, tous les gens que je connaissais dans la région vont bien. Ils s’en sont sortis, et ils ont même réussi à sauver leurs maisons. Pour eux comme pour la majorité des moins chanceux, la vie continue. La “résistance” s’organise. Mais le danger, lui, n’est pas passé : l’été est encore là, et avec lui le soleil et les températures extrêmes. Ce week-end, les conditions seront de nouveau favorables au départ de feux : du vent, une chaleur de 40°, peut-être un orage capable de faire frapper la foudre. Cette fois, c’est la région de Daylesford qui s’inquiète et vit dans l’attente sous une épée de Damoclès dont ils ne peuvent savoir si elle sera bien réelle. L’ordre a déjà été donné de fermer 400 écoles. Les citoyens sont priés d’évacuer avant demain, ou de rester et combattre l’incendie si incendie il doit y avoir.

035_The_Lake.jpg Pour moi, la région de Daylesford, c’est avant tout la ferme de Peter. Encore une fois, c’est un endroit dont j’ai arpenté les rues et les bois et appris à aimer les habitants qui se retrouvent à la merci d’une étincelle. Et si Daylesford est, pour le moment, encore épargnée, les feux qui continuent à brûler au coeur du Victoria sont maintenant délimités par une frontière imaginaire de pas moins de 1100 km. Wilson’s Promontory, l’un des parcs nationaux les plus connus de l’état, a déjà perdu un quart de sa superficie sous les flammes.

Alors, oui, jusqu’ici Black Saturday, le 7 février 2009, reste la date-choc de cet enfer. Mais n’oublions pas qu’au-delà de ce coup de semonce, la lutte continue, et la menace demeure.

J’aimerais vous laisser sur un témoignage direct des feux qui ont dévasté les environs de Marysville. Ci-dessous, transcrit et traduit par mes soins, vous trouverez le récit que m’en a fait Georgina, la patronne de Kingbilli.

“On a survécu, et c’est un sacré miracle. Marysville et Narbethong ont été rasé de la carte, la moitié de Buxton y est passé aussi. Le feu a rugi des deux côtés de l’autoroute et à travers les montagnes, puis a traversé Cathedral Lane (nb : la rue de Kingbilli) samedi soir. Ce samedi-là, j’ai passé tout l’aprèm et la moitié de la nuit à cavaler dans les collines, à crier pour essayer de rameuter nos chevaux et nos lamas. La fumée était si épaisse que je ne voyais pas à plus de 2 ou 3 mètres devant moi. Les animaux ne voulaient ni venir ni bouger, ils étaient complètement terrorisés… et moi j’étais totalement essouflée, j’avais mal partout, je n’en pouvais plus. C’était une nuit atroce. Mais on est enfin parvenu à rassembler les bêtes autour des points d’eau, j’ai pu m’asseoir aux côtés de Graffiti (nb : sa jument attitrée), et ensemble on a regardé le feu s’approcher.

Cette nuit là, l’incendie s’est arrêté à quelques centaines de mètres de nous, mais il a calciné Cathedral Range, de l’autre côté de la route, et menaçait sérieusement de franchir cette dernière pour venir embraser nos champs. Mais ça n’est pas arrivé, et on s’est dit qu’on était sorti d’affaire… jusqu’à ce que les grandes plantations de pins du bout de la rue prennent feu. Tout le monde pensait que l’incendie s’étendrait à toute la longueur de la rue. La plupart des gens qui habitaient après nous ont été évacués.

Mais il ne s’est rien passé.

Nous n’avions ni téléphone ni électricité jusqu’à lundi après-midi. Mon téléphone portable ne captait aucun réseau jusqu’à mardi dernier. Tout le monde nous croyait morts. Tout le monde se demandait si on était encore là, et si j’allais rester. Bordel, plutôt crever ici que partir. Cet endroit, c’est tout ce que j’ai.”

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