// Mount Bogong : au toit du Victoria

Australie

Mount Bogong : au toit du Victoria

Vue sur Bogong A Mountain Creek, sur les rebords de la vallée où se niche la petite ville de Mount Beauty, nous campons dans l’ombre piquée du Mount Bogong. Nous avons beau être arrivés plein de fatigue et de ras-le-bol après une grosse journée de route, du moment où nous avons planté nos sardines ici, nous nous sommes confiés une mission : il nous faut monter le Mount Bogong. Le sentier s’annonce beau, long et ardu, des caractéristiques propres à attirer le randonneur masochiste comme un aimant. Mais ce qui fait vibrer nos cœurs d’amoureux du bush, c’est aussi un chiffre : à 1986m, le Mount Bogong est le plus haut sommet de l’état.

Le réveil nous tire des sacs de couchage à 6H30. Il s’agit de partir tôt pour ne pas avoir à se presser. On petit-déjeune tranquillement et on tcatche avec deux « papy montagne » aux jambes dépourvues de toute graisse. Ils sont là pour installer une antenne temporaire au sommet du Bogong, ce à l’occasion d’une course à pieds qui va se dérouler demain : une tripotée d’allumés du sport va non seulement cavaler jusqu’au sommet, mais continuer jusqu’à la finish line de Mount Hotham, à 60 km de là. Et quand je dis 60 km, je parle bien de montagne et pas de plat. Le record de vitesse à cette épreuve ? 7 heures.

Pour notre part, du haut de nos 25 ans mous du bide, on se fait tout petit et on s’en va modestement longer la piste de 4×4 qui nous amènera au début du sentier, à un kilomètre de là. Celui-ci nous promettra alors 6 km de pure grimpette jusqu’au sommet. Pour y aller et en revenir, on prévoit de mettre toute la journée, soit bien plus de 7 heures…

Passage à guet

On s’enfonce dans la forêt. Des ruisseaux vivaces traversent la piste de 4×4 à plusieurs endroits, les touffes luxuriantes des fougères arborescentes débordent des bois. Des petits ponts de bois nous permettent de traverser tous les passages humides sans se mouiller les pieds, et on atteint très vite le début du sentier. Là, ça ne rigole plus : ça commence raide, et les dizaines de bâtons de marche abandonnés au pied de la pancarte témoignent de la sueur versée par nos prédécesseurs. On se choisit chacun une canne, et c’est parti ! Notre randonnée débute dans des forêts drues et vertes de hauts eucalyptus qui s’élancent des tréfonds fouillis d’un sous-bois dense, d’un sol épaissi de couches emmêlées d’écorce et de branchages déchus.

Couple de Gang Gang Cockatoos C’est dans ces bois que l’on a la chance d’observer deux couples de Gang-Gang Cockatoos qui se nourrissent aux noix portées par certains buissons bas. Ces oiseaux à la fois flamboyants et discrets vaquent à leurs occupations en silence, et leur nature placide me permet d’approcher jusqu’à 1m50 d’eux pour mieux les regarder… et tenter de les photographier bien sûr ! Benoît, qui marche devant, aperçoit également un oiseau-lyre. Sous nos pas, de petits scinques se font souvent la malle à vive allure.

On atteint Bivouac Hut, le point de mi-chemin, après 3 heures de marche. La petite hutte ne paie pas de mine, mais à l’intérieur on découvre un poêle à bois en fonte, quelques paquets de nouilles chinoises stockés dans un placard en cas d’urgence, et une bouteille de whisky malheureusement vide. On s’y sent bienvenus, et même si le temps est au beau pour le moment, c’est là qu’on s’installe pour casser la croûte.

Après la hutte, le paysage change. La forêt n’est plus la même : ici, la végétation est plus basse, et les tapis de fleurs sauvages contrastent avec les troncs blancs et fantômatiques des arbres morts. Peu à peu, on commence à apercevoir des fenêtres de vue entre les branches squelettiques des bois, des chaînes bleutées qui disparaissent au loin. Bientôt, on se retrouve à découvert : le dernier quart de la marche se déroule à une altitude à laquelle arbres et buissons ne poussent plus. A la place, de vastes prairies pentues d’herbe, de roc apparent et de bouquets de fleurs blanches, oranges, jaunes et même violettes, le tout couronné par un panorama splendide sur les Alpes.

Le sentier On continue à monter. Benoît et Nanie on prit de l’avance. Seule à l’arrière, j’aperçois soudain un type qui arrive vers moi sur le sentier. Il a un chapeau sur la tête, un sac sur le dos et un sourire aux lèvres. Rien qu’à sa démarche, à sa façon de se tenir, on sent que ce type, c’est un australien du coin, un montagnard qui a sans doute battu ces chemins de ses semelles des centaines de fois au cours de sa vie. Il a la foulée détendue, les bras qui se balancent un peu, le pas presque chaloupé. Il a l’air heureux comme un canard à la flotte, totalement dans son élément.

On se croise et on se met à discuter. Il a vécu quelques années en Dordogne, et notre conversation se fait dans un mélange sans queue ni tête de français et d’anglais. C’est lui qui m’explique le pourquoi du comment du panorama que j’ai sous les yeux : car si les montagnes sont sublimes, leurs pentes ne sont pas moins couvertes du manteau gris des forêts mortes. Ce que j’ai sous les yeux, c’est tout simplement le résultat des incendies de 2006. Trois frappes de foudre ont allumé les bois. Au début, les feux étaient petits. Les locaux désiraient une intervention pour les éteindre, mais le National Parks and Wildlife Service (NPWS, office des parcs nationaux) a refusé : trop d’argent à dépenser pour des feux qui ne « menaçaient rien ». Dans les jours et semaines qui suivirent, les petits feux ont grandi jusqu’à devenir une fournaise parcourant plus de 300 km jusqu’à la frontière du New South Wales. Il a alors fallu claquer des millions de dollars pour les combattre, et les forêts mettront des années avant de s’en remettre. Mon montagnard sympathique me dit tristement qu’il ne les reverra jamais telles qu’elles étaient. Il n’est pas étonnant que les australiens surnomment parfois le NPWS le « Sparks and Wildfires Service » (office des étincelles et incendies)…

Ce sombre aparté ne suffit toutefois pas à tempérer notre joie à l’arrivée au sommet : après plus de 5H de sentier bien raide, nous y voilà ! Nous sommes sur le toit du Victoria, aussi haut qu’il est possible d’aller avec ses petites gambettes dans cet état. Les montagnes s’étendent à 360° autour de nous, à nos pieds, couche sur couche de chaînes bleutées, de pics et de vallons. Où que l’on regarde, à perte de vue, il y a des montagnes. Du sommet du Mount Bogong, il serait aisé de se prendre à l’illusion que l’Australie est un pays montagneux. En réalité, les Alpes ne couvrent même pas 1% de ce gigantesque territoire…

Victorieux au sommet du Mount Bogong

Mais voulez-vous savoir comment l’on parvient à se rappeler qu’on est encore en Australie ?

A 1986m d’altitude, on lutte encore pour ne pas bouffer de mouches !

Galerie photo Galerie photo : Alpine National Park

Partagez ce billet sur :
  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Wikio FR
  • Google Bookmarks
  • Digg
  • Live
  • MySpace
  • del.icio.us
  • StumbleUpon
  • Technorati
  • MisterWong
  • viadeo FR
  • Blogosphere
  • Scoopeo
Ce billet vous a plu ? Abonnez-vous à mon flux RSS !

Discussion

Aucun commentaire sur “Mount Bogong : au toit du Victoria”

Réagissez !

Envie d'un avatar personnalisé ? Il suffit de vous inscrire sur le site Gravatar !
Fil RSS Vous pouvez également vous abonner au fil RSS des commentaires.

Archives

Lonely Planet Award


© 2006-2010 Toothbrush Nomads,
tous droits réservés.
propulsé par Wordpress
thème par The Masterplan