Ca peut paraître étrange, dit comme ça, mais une question récurrente à l’esprit des voyageurs sur le départ est la suivante : que va-t-on manger sur les routes ? Un peu comme si vivre en mode nomade nous condamnait à une existence faite de nouilles instantanées et de barres de chocolat. Détrompez-vous !
Au quotidien, c’est sans doute le réchaud de camping qui sera votre seul moyen de cuisson. La plupart de ces réchauds fonctionnent avec une canette de gaz, et ne disposent que d’une seule plaque. Il faudra donc éviter de vouloir cuisiner des plats compliqués nécessitant de faire cuire plusieurs choses à la fois. Les canettes ayant une autonomie assez limitée, il faudra aussi penser à se faire un stock – elles sont généralement vendues par pack de 4 (AU$15 chez Mitre10 ou Bunnings), ce qui devrait vous durer une dizaine de jours. Si vous avez un van bien équipé, vous aurez peut-être la chance d’avoir un meilleur réchaud : certains ont deux plaques et sont alimentés par des petites bouteilles de gaz en fonte qui peuvent durer des semaines, voire des mois.
En dehors du réchaud que vous avez à bord, vous pourrez parfois bénéficier des barbecues gracieusement mis à disposition dans de nombreux lieux publics (parcs municipaux ou nationaux, bords de mer). Certains sont à gaz, d’autres sont électriques, certains sont payants (AU$1-2), d’autres gratuits. A vous de les tester ! Globalement, ils marchent tous sur le même principe, et il suffit d’appuyer sur un gros bouton vert pour les enclencher. Par contre, rappelez-vous bien que ce sont des BBQ : ils cuiront votre viande, vos œufs et vos légumes à même la plaque, mais ils seront beaucoup moins efficaces pour faire bouillir une casserole d’eau.
Dernière option dans l’arsenal des moyens de cuisson nomades et sans aucun doute l’alternative la plus profondément satisfaisante : le feu de camp ! Vous ne pourrez pas le faire partout, mais de nombreuses aires de camping de parcs nationaux le permettent au sein des « fireplaces » indiquées. Pour le faire démarrer, mieux vaut toujours garder allumettes ou briquet dans la voiture, et un peu de papier journal pour le faire prendre plus facilement. Le feu de camp permet non seulement de cuire son dîner mais fournit aussi de la chaleur et une ambiance inoubliable. N’hésitez pas à donner plus de goût à votre repas en jetant directement oignons et pommes de terre dans les braises ! Par contre, faites bien attention de respecter les consignes de sécurité liées au feu en Australie : ne faites jamais de feu les jours de « Total Fire Ban », et assurez-vous toujours d’avoir bien éteint votre feu avant de partir (noyez les braises dans une grosse dose d’eau, et recouvrez le tout de terre). Plus d’informations à ce sujet dans l’article Attention au feu.
OK, vous maîtrisez maintenant le réchaud de camping, vous repérez tous les barbecues publics à 300m à la ronde d’un seul coup d’œil et vous êtes un as pour faire prendre un feu. Tout ça, c’est bien beau, mais le véritable nœud du problème ne se trouve pas tant au niveau de la cuisson des aliments que de leur conservation. Eh oui, encore une fois, à moins d’avoir investi une belle somme dans un van bien équipé, vous n’aurez pas accès au moindre frigidaire durant votre épopée australienne. Bien sûr, il n’est pas difficile d’acheter une petite glacière pour compenser, mais celle-ci sera difficile à garder froide : vous ne pourrez pas utiliser de freezepack faute d’accès à un congélateur, et bien qu’il soit possible d’acheter des glaçons par sac dans la plupart des stations service, ces derniers auront tôt fait de fondre, générant parfois des petites inondations si vous avez opté pour une glacière souple premier prix (feu mon téléphone portable en témoigne, paix à son âme).
Comment faire, alors ? Le plus simple est d’adapter votre alimentation à ces nouvelles exigences. Tant que vous ne stockez pas de trop grandes quantités et que vous prenez soin de placer vos provisions à l’ombre, vous pourrez sans problème consommer fruits et légumes frais. Mon système D préféré ? Placer la caisse de légume sur le sol, derrière les sièges avant de ma voiture, et la recouvrir avec ma doudoune d’hiver pour mieux l’isoler ! Si vous avez un van, le mieux est d’abriter le tout sous votre lit.
Bien sûr, le succès de cette méthode dépend aussi des températures ambiantes : en hiver, vous n’aurez pas de problème pour tout conserver pendant plusieurs jours, et vous pourrez même vous permettre d’avoir du cheddar, par exemple. En été quand la canicule tape dans les 40°C, ça devient plus compliqué et le cheddar se transforme vite en beurre fondu malgré toutes les précautions… Quelque soit le moment de l’année, les produits très frais (viande, yaourts) deviennent réservés aux jours de fête, et ne s’achètent que pour consommation le jour même, ou au pire le lendemain. Quand la chaleur est trop forte ou que votre itinéraire vous emporte loin de tout magasin pendant plus d’une semaine, il faudra compter sur des produits qui ne périment pas : riz, pâtes, conserves, et côté légumes pommes de terre, oignons, patates douces et carottes, qui se conservent plutôt bien.
Notez également que vous serez toujours dans l’obligation de surveiller votre consommation d’eau, afin de ne pas être à sec avant d’atteindre le prochain point de ravitaillement. A cette fin, privilégiez les nouilles chinoises et le riz pour accompagner vos plats : ils n’ont pas besoin d’autant d’eau que les pâtes pour cuire. Un petit fond suffit aux nouilles chinoises, et le riz peut se cuire par absorption (2 volumes de riz pour 3 volumes d’eau) afin de ne pas gaspiller la moindre goutte !
Pour finir, voici un exemple tout à fait personnel d’une alimentation de roadtrip !
Au petit-déjeuner, on ne vante plus les mérites de l’indétrônable muesli, qui donne de l’énergie toute la journée. Personnellement, j’aime le combiner avec des corn flakes pour lui donner un peu de croquant. Bien sûr, sans réfrigération, difficile d’avoir du lait à verser dans votre bol de céréales… A la place, vous pouvez simplement utiliser un doigt d’eau chaude, ou acheter du lait en poudre (« powdered milk ») à diluer dans de l’eau. Si c’est jour de fête, on se la joue souvent à l’australienne : oeufs et bacon si d’humeur salée, pancakes si d’humeur sucrée !
Le déjeuner est généralement tout simple et pris sur le pouce : du pain avec du fromage et de la tomate, suivi d’une banane ou d’une orange. Investir dans un pot de beurre de cacahuète ou de Nutella selon les goûts peut aussi varier les plaisirs ! En randonnée, les barres de muesli sont bien pratiques.
Le dîner, c’est donc le seul moment où on fait vraiment la cuisine ! Quelques idées de petits plats :
Bon appétit bien sûr !
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !
Et pour les non véhiculés? Des idées?
A priori les non-véhiculés ont accès à une cuisine normale dans leur hébergement et peuvent donc manger ce qu’ils veulent non ?
Je pensais plutôt à ceux qui prennent la route avec juste un sac à dos et une paire de chaussures
Généralement, les non-véhiculés vont dans des auberges de jeunesse, font des colocs ou du WWOOFing, et de fait ont accès à une cuisine. Si tu veux parler de partir seul avec son sac sur les routes elles-même en mode stop + camping, je suppose que les mêmes règles qu’en roadtrip s’appliquent… mais en pire, vu qu’il faut tout trimballer sur son dos ! Pas évident, d’autant qu’il ne faut pas négliger la nécessité d’avoir assez d’eau pour boire et cuisiner (et dieu sait que l’eau part vite quand il fait chaud).
Oui, c pour ça que je voulais savoir si vous aviez des suggestions. Faudra que je trouve la solution sur place, surtout pour l’eau.
Je n’ai jamais voyagé de cette façon là moi-même. Je t’encourage à être vraiment très, très prudente au niveau de tes réserves aussi bien que de ton équipement. L’été, on boit une quantité d’eau réellement incroyable les jours de canicule (on monte à +40°C en Australie). Le pays étant aride, on ne peut pas souvent compter sur la présence de ruisseaux pour se désaltérer, et en cas d’urgence même avoir un téléphone portable ne sauve pas forcément la mise vu que dans les coins paumés on a rarement du réseau. Je ne dis pas tout ça pour te dire “non, fais pas ça !” mais simplement pour que tu te prépares sérieusement
Après, réalistiquement, tu devrais toujours pouvoir trouver quelqu’un pour te prendre en stop et t’amener jusqu’à une ville quelque part, où faire le plein de provisions.
Oui de toute façon mon voyage sera surtout en lift et en stop donc ça ira. Mais parfois ce sera davantage de la rando pure. Je verrais bien
Perso, en mode grande randonnée, je prends généralement du muesli pour le petit-déj, un snack au déjeuner (barres de muesli, pain, fromage, chocolat, noix… ce genre de choses) et pour le dîner un repas déshydraté (petit, léger, et pas trop cher – on en a pour $10 le repas pour 2 en Nouvelle-Zélande). Malheureusement ça ne résoud pas le problème de l’eau, dont on a pas vraiment à s’inquiéter en NZ ! Idem niveau conservation des aliments, le fromage et le chocolat ne tiendraient pas le coup très longtemps dans l’été australien…
A noter que les packs de 4 canettes butane pour petit réchaud sont plutôt autour de 4-5$ que 15$ (4.48 à Big W, 4.50 à K-Mart Bunnings, etc.), et le réchaud autour de 14-15$.
Les gros réchauds (propane) demandent des bouteilles lourdes, qui sont certes rechargeables mais exigent d’avoir un extincteur (gaz sous très haute pression, en cas d’incendie ça balance fort) et de changer le tuyau reliant le réchaud régulièrement (tous les ans ou tous les 2 ans je sais plus), car il devient poreux avec le temps…
À quantité égale les deux gaz coûtent à peu près la même chose, et brûlent de la même manière et à la même température, il faut juste noter que le butane (canettes) fonctionne mal dans les basses températures (en dessous de 0°C) et en haute altitude. 1kg de butane en canettes de 220g (les packs qu’on trouve partout) coûte ~5,2$, 1kg de propane en bouteille de 3kg coûte ~15$ car on paye la bouteille, ensuite le refill (remplissage) de la bouteille est environ au même prix, parfois moins cher.
Pour conserver les aliments au frais pensez au frigo saharien (pot-in-pot fridge), il faut de l’eau mais ça marche : entre deux pots en terre cuite (un grand et un plus petit), si c’est des pots de fleur boucher le trou au fond avec un peu de ciment/colle/scotch/whatever, remplir de sable entre les deux pots, mettre les aliments dans le petit pot (obviously), recouvrir le tout d’un linge humide. L’astuce c’est de maintenir le sable et le linge humides (on peut utiliser un système de goutte à goutte pour les plantes si on est feignant), ensuite par évaporation de l’eau le contenu reste au frais (compter environ 15°C quand il fait 30-40°C dehors), plus l’eau s’évapore et mieux ça marche, le laisser en plein soleil est très efficace mais consomme beaucoup d’eau (pas cool).
C’est la même technique utilisée en vélo pour garder sa gourde au frais en la plaçant dans une chaussette mouillée (si vous voulez boire frais en voyage, utilisez cette technique sur une bouteille d’eau dans votre van !).
Cette technique n’utilise aucune électricité, aucun carburant fossile et est écologique (l’eau évaporée retourne dans l’atmosphère), par contre en australie vaux mieux éviter d’utiliser de l’eau potable pour ça surtout en période de sécheresse/restriction d’eau, de l’eau de mer ou de rivière suffit amplement. Plus d’infos : http://en.wikipedia.org/wiki/Pot-in-pot_refrigerator