Le débat éclate parfois entre les voyageurs : peut-on vraiment lier des relations plus que superficielles au cours de son épopée, et est-il possible de garder le contact avec tous ceux qu’on laisse si rapidement derrière soi ? Allez, dressons un petit bilan des amitiés dans le voyage !
De prime abord, le voyage peut donner l’apparence d’être un art solitaire : on vit son aventure, on est libre, on compte avant tout sur soi-même, et surtout on sait pertinemment que tous les endroits traversés, toutes les personnes rencontrées, relèvent de l’éphémére. Un jour ici, le lendemain ailleurs, tel est le pain quotidien du voyageur.
Pourtant, peut-être étrangement, je n’ai jamais tant renoué avec le genre humain qu’en commençant à voyager. Ce qu’il faut réaliser, c’est qu’en prenant la route, on aquiert sur le chemin un nouvel état d’esprit, et que ce dernier est souvent propice aux rencontres. En devenant nomade, en sortant de notre zone de confort, on accepte implicitement de s’exposer. S’exposer à quoi, à qui ? A tout et à tout le monde, bien sûr.
De fait, on finit par rencontrer des gens qui n’auraient sans doute jamais croisé notre chemin autrement. Peut-être parce que l’on est seul, parce que l’on est dans une situation que d’aucuns pourraient qualifier de précaire (le backpacker moyen, après tout, n’a pas énormément d’argent et dort le plus souvent dans sa voiture), on est davantage poussé à aller vers autrui : par l’envie de compagnie, par un sentiment de solidarité qui se renforce à chaque galère rencontrée, par un désir de partager qui augmente à chaque nouvelle découverte.
Et en tant que voyageur, on semble également bénéficier auprès des résidents rencontrés d’un statut particulier : le voyageur est un itinérant qui réveille chez tout un chacun un instinct d’hospitalité. Souvent, j’ai ressenti cette impression qu’avoir fait le choix d’être nomade me faisait bénéficier d’une certaine bienveillance de la part de parfaits inconnus. Leur gentillesse semble encore plus forte quand on est un « ptit jeune », et que ce statut semble activer l’instinct de paternité ou de maternité qui sommeille en nos aînés. Combien de « parents » adoptifs d’un jour, d’une semaine ou d’un mois trouvés sur les routes et dans les foyers chaleureux d’HelpX ?
Peut-il paraître fou de parler d’étrangers en ces termes ? Les relations tissées au fil du voyage m’ont toujours paru sincères, et surtout étonamment rapides à devenir profondes. Est-ce une réaction à l’éphémére que de sauter les étapes du protocole social pour aller droit à l’essentiel ?
Malgré ces belles paroles et ces nobles sentiments, j’ai souvent lu les témoignages de voyageurs français qui estimaient impossible de garder le contact avec les gens rencontrés au cours de leurs pérégrinations, et de fait jugeaient finalement les relations tressées superficielles. Est-ce vrai ? Je l’ignore, nous avons tous une histoire qui nous est propre. Pour ma part, l’expérience est totalement différente.
A un certain degré, il est exact de dire que je n’ai gardé que très peu de contacts soutenus avec mes amis et connaissances australiens ou néo-zélandais. Il n’y a vraiment qu’une ou deux personnes avec qui j’échange des e-mails réguliers. L’une d’elle (Rasma, qui a écrit ici sur les incendies de février à Marysville) n’était qu’une simple collègue de travail, pourtant nous prenons toujours plaisir à nous donner des nouvelles. L’autre, Alex, est et restera mon daddy kiwi.
Passé ce duo qui aime à prendre la plume pour écrire, j’ai gardé contact avec d’autres par l’intermédiaire de Facebook, qui permet même à ceux qui ne sont pas trop portés sur la rédaction de longues lettres, ou n’ont tout simplement pas le temps de les composer, de continuer à donner des nouvelles : grâce à cela, j’ai pu voir les photos du trip aux USA d’Yvonne, des travaux que Craig effectue sur sa maison de Brisbane, ou encore des serpents attrapés par Georgina de Kingbilli. Toutefois, même Facebook demande à ses utilisateurs un minimum d’accès et d’intérêt pour le web. Quid alors de tous ces gens que je connais qui ne sont pas des accrocs du clavier ? C’est simple, il y a bien des gens à qui je ne donne pas de nouvelles, et réciproquement.
Mais, est-ce suffisant à qualifier les relations que nous avons développées en notre temps de superficielles ? Personnellement, je ne le crois pas. Ces gens, je me rappelle très bien d’eux, et encore aujourd’hui je pense toujours à eux avec la même affection. Je n’ai pas besoin d’emails ou de cartes postales pour me rappeler de notre relation, et je peux vivre dans la certitude que le jour où je repasserai par chez eux, ils m’accueilleront à bras ouverts. Mon expérience du retour chez Peter, plus d’un an après l’avoir quitté et sans jamais se donner de nouvelles, me l’a déjà prouvé.
J’ajouterai qu’il ne faut jamais oublier que nous sommes les voyageurs : c’est nous qui entrons et sortons de la vie des gens à notre guise, sans préavis et parfois sans lendemain. C’est avant tout à nous de faire les efforts pour continuer à faire vivre ces relations au-delà de l’éphémére. C’est à nous d’écrire ou de revenir à l’improviste, et de montrer que dans nos têtes au moins, on ne faisait pas que passer.
Enfin, au-delà des autochtones, les routes vous feront également rencontrer des tonnes de français ! Et avec eux, c’est encore plus facile : nous allons tous retourner au même pays ultimement, et rien ne nous empêche de s’y revoir. Là encore, le temps semble s’effacer, et entre lifteurs on se remémore nos souvenirs de roadtrip comme si c’était hier, même si cela fait un an qu’on ne s’était pas vu, même si l’on n’avait passé que 3 minuscules semaines ensemble (n’est-ce pas Van !). C’est suffisant.
Qui plus est, faire partie d’une communauté en ligne, dans mon cas en tenant le blog et en étant un membre actif du forum AA, m’a permis d’entretenir des correspondances longue-distance avec une vaste collection de voyageurs français en partance pour, ou de retour de, l’Australie. A Adelaide comme à Paris, ce fut parfois l’occasion de rencontrer certains d’entre eux le temps d’un verre : ils s’appellent Mathieu, Claire ou Rémi, et ont tous des projets et des ressentis plein la tête. Dans un bar ou sur une plage, on est libre d’échanger nos rêves.
Australiens, néo-zélandais, français ou tout simplement citoyens de la planète Terre, tous ensemble les différents acteurs de cette vaste clique de voyageurs forment une grande famille dont vous n’êtes pas prêt de vous débarrasser !




























tres bien raconte, comme d’hab
Rentre depuis 2 mois, votre site continue de me faire voyager ! keep going !
Vision que je partage, et qui est bien partagée !
très belle article, pleins d’émotions
c’est toujours un grand plaisir de te lire
une pensée “chaleureuse” d’Australie car je sais qu’à Paris c’est pas le top coté méteo
Merci à toi ! Et surtout, bon voyage en terre australienne