Le koala, tout le monde connaît. Avec le temps, ce marsupial aux faux airs de nounours est devenu une icône internationale, un symbole de l’Australie et de sa faune seulement surpassé par l’incontournable kangourou. Pourquoi le koala est-il si bien aimé ? Certains pensent que cela vient de sa ressemblance avec un ours en peluche, justement, et d’autres vont jusqu’à théoriser que c’est peut-être parce que ses proportions corporelles sont similaires à celles d’un bébé humain.
En réalité, le koala reste souvent un mammifère incompris : si le kangourou est célèbre pour sa poche, peu de gens réalisent que le koala est lui aussi un marsupial qui dispose d’une poche ventrale dans laquelle élever ses bébés. Le koala est également un animal unique au monde : il n’en existe qu’une seule espèce, seulement en Australie. Son cousin le plus proche est un autre marsupial australien, le wombat.
Bien qu’issus du même groupe (les Vombatiformes), wombat et koala sont très différents : là où le wombat creuse des tunnels dans la terre, le koala passe son temps à la cîme des arbres. Ses griffes aiguisées, ses bras musclés et son corps trapu font de lui un excellent grimpeur.
Le koala est un habitant de la côte est, depuis le nord du Queensland jusqu’à l’ouest du Victoria, et on trouve également quelques populations isolées en South Australia, particulièrement sur Kangaroo Island. Bien que ce territoire soit vaste, la répartition du koala est inégale : concentré principalement dans le Victoria et la région de Brisbane, ses autres populations sont souvent des colonies dispersées dans des poches de forêt parsemées.
L’omnipotence de l’eucalyptus
L’eucalyptus et le koala sont indissociables : arbre le plus emblématique de l’Australie, l’eucalyptus fournit au koala non seulement son habitat, mais également sa nourriture. En effet, le koala se nourrit exclusivement de feuillage, et s’il lui arrive de goûter à d’autres arbres (acacia, melaleuca et même pin), l’eucalyptus n’en demeure pas moins son plat de résistance et compose 90% de son régime.
Si on l’examine de plus près, cette relation apparaît rapidement comme surprenante : pleines de toxines et difficiles à digérer, les feuilles d’eucalyptus ne sont pas un mets de choix pour grand monde… en plus, leur valeur énergétique est très faible. Pour couronner le tout, la communauté scientifique tend à penser qu’un herbivore, pour rester efficace, doit peser au moins 20 kilos. Le koala est en dessous de cette limite, avec un poids allant de 5 à 15 kilos.
Mais alors, comment fait-il ? Tout d’abord, il se montre très difficile sur le choix de sa nourriture : les feuilles sont examinées, reniflées, choisies avec soin. Le koala établit des préférences non seulement pour certaines espèces d’eucalyptus, mais aussi pour des arbres particuliers. Quand on voit un koala manger pour la première fois, on est toujours étonné de le voir rejeter des feuilles semblant identiques à celles qu’il avale… en réalité, ses sens et son expérience sont bien supérieurs aux notres en la matière, et il sélectionne ainsi les feuilles les plus nutritives et les moins toxiques.
En plus de maximiser son apport d’énergie en privilégiant les feuilles de qualité, le koala est aussi un champion quand il s’agit de minimiser les dépenses d’énergie : il n’est actif que 4 heures par jour ! Le reste du temps, vous le verrez se laisser bercer par le vent, endormi dans la fourche d’un arbre. Quand il daigne bouger, ses mouvements sont lents et réfléchis. Enfin, si son cousin le wombat est considéré comme le plus intelligent des marsupiaux, les scientifiques voient le koala comme le parent pauvre niveau intellectuel : il dispose d’un cerveau de petite taille et à la structure simplifiée. Ce cerveau, qualifié de primitif, est très économe en matière de dépenses d’énergie.
Chlamydia, le fléau
Doté d’une espérance de vie allant de 10 à 18 ans, le koala est toutefois susceptible de mourir d’autre chose que son grand âge : tics porteurs de toxines, leucémie, cancer lymphatique, chute fatale depuis le sommet d’un arbre, accident de la route et prédateurs (chiens sauvages principalement). Mais parmi tous ces dangers se détache un fléau bactériel : la chlamydia.
Il existe plusieurs types de chlamydia, et les symptômes sont multiples :
- dommages oculaires. Surnommé “pink eye” ce syndrôme peut mener à un ulcère de la cornée susceptible de rendre le koala aveugle.
- infections urinaires. Surnommées “wet bottom” ou “dirty tail”, ces infections peuvent s’étendre à la vessie puis aux reins, et causer la mort.
- problèmes respiratoires. Pneumonie ou rhinopharingite.
- baisse de fertilité. La chlamydia est également une maladie sexuellement transmissible pouvant rendre les koalas stériles.
D’où vient la chlamydia ? Il est difficile d’en être certain, mais différentes études menées par des scientifiques laissent à penser que la bactérie fût introduite par l’intermédiaire du bétail européen importé en Australie avec les premiers colons. Ces derniers ont également contribué au déclin du koala en le chassant pour sa fourrure, et en détruisant son habitat par le biais de déffrichement intensif.
De tous, le symptôme le plus inquiétant de la chlamydia est la baisse de fertilité : si des koalas porteurs de la maladie sont introduits dans une colonie saine, il suffit de quelques années pour que la bactérie contamine la majorité de leurs congénères. Stérilité oblige, la population ne parvient plus à se renouveler, et le nombre de koalas diminue drastiquement en une courte période. Heureusement, le tableau n’est pas entièrement noir : avec les générations, les défenses immunitaires évoluent, et rendent nos ours en peluche de plus en plus résistants à la bactérie. A terme, la reproduction reprend son cours, et la population recommence à prospérer. Malgré tout, le taux de reproduction d’une telle population ne parviendra jamais à égaler à nouveau celui d’une population saine.
Trop de koalas…
Comment pourrait-il y avoir trop de koalas ? Nous avons parlé du fléau de la chlamydia, capable de décimer une population en l’empêchant de procréer, et le grand public tend à percevoir le koala comme un animal vulnérable à protéger. Et pourtant, dans certains cas, le koala prolifère au point de se nuire…
En effet, parmi les populations saines, le koala est un excellent reproducteur : avec un taux de reproduction de 80% dans les habitats privilégiés et la capacité de donner naissance à un petit par an pendant une dizaine d’années (de la maturité sexuelle au décès), les koalas sont capables de doubler leur population en l’espace de seulement 3 ans. Les femelles disposent également d’un instinct maternel très développé, qui fait d’elles d’excellents parents : grâce à leurs bons soins, les jeunes ont toutes les chances de survivre jusqu’à l’âge adulte.
Pourquoi est-ce un problème ? Le cas de Quail Island répond à cette question par une démonstration pratique : au début des années 1930, 165 koalas fûrent introduits sur cette petite île (1000 hectares) au large de Melbourne. En 1943, un visiteur dresse un portrait horrifiant de la situation : les koalas se sont reproduits à merveille, mais cette augmentation de la population a également signifié qu’il fallait nourrir davantage de bouches. Les feuilles d’eucalyptus ont été consommées jusqu’à la dernière, les arbres dépérissent et les koalas meurent de faim. Il faut dire que si on extrapole sur la capacité des koalas à doubler leur nombre tous les 3 ans, ces 165 koalas originels devaient être devenus près de 3000… soit 3 koalas par hectare ! En 1944, le gouvernement cède à la pression du grand public et applique la seule solution au problème : déporter les koalas ailleurs, une mesure du nom de translocation.
… ou trop d’hommes ?
Efficace depuis plusieurs années et malgré quelques scandales, la solution de translocation ne le restera pas pour toujours : tôt ou tard, les habitats convenant au koala viendront à manquer. Le plus gros problème auquel l’espèce fait face en matière de risques d’extinction est avant tout le déffrichement qui a accompagné l’arrivée de l’homme blanc.
Des centaines de milliers d’hectares de forêts sont passés à la tronçonneuse depuis le début de la colonisation, et le déffrichement poursuit son cours : production de papier, de carton, de copeaux, de meubles… le monde est gourmand en bois. Il faut également faire de la place au développement urbain : une vaste partie des forêts qui s’étendaient auparavant de Brisbane à Surfers Paradise ont cédé à l’avancement des villes et des banlieues. Le déffrichement est l’une des causes de la réparition inégale du koala, qui se retrouve confiné à des poches de forêt intactes.
Cette expansion de la civilisation moderne pousse certains koalas à vivre aux abords des villes, dans de pauvres bosquets. Des études comparatives entre ces colonies des villes et des populations sauvages sont sans appel : le taux de reproduction du koala urbain est incroyablement bas (environ 20%) comparé à celui du koala en milieu naturel (80%). Les causes sont multiples : les koalas des villes ont davantage de chance de se faire écraser par une voiture ou attraper par un chien. Leur environnement aliénant est aussi pour eux source de stress, ce qui rend beaucoup de femelles infertiles. Cette combinaison d’un taux de natalité en chute libre et d’un taux de mortalité anormalement élevé résulte en des populations incapables de se renouveler et ultimement vouées à l’extinction.
Le koala est un des nombreux animaux dont l’évolution au cours des 200 dernières années doit pousser à remettre la civilisation moderne en question. Auparavant, les aborigènes faisaient partie intégrante de la chaîne écologique du pays, et leurs activités de chasse contrôlaient la prolifération des koalas sans pour autant les menacer. Aujourd’hui, l’homme blanc, malgré toutes ses connaissances et ses prouesses technologiques, ne parvient toujours pas à retrouver cet équilibre naturel, et demeure pris en tenailles entre le dilemme de koalas trop nombreux ici, et disparus là-bas.
Bibliographie
Pour en apprendre plus sur le koala, nous vous recommandons les lectures suivantes, à partir desquelles cet article a été rédigé :
- The Koala: Natural history, conservation and management, Roger Martin & Kathrine Handasyde, publié par UNSW Press.
- Koalas, Tony Lee, in Australian Geographic N°23.




























Oh des konalas ! :D Il n’y en a jamais trop ! D’ailleurs c’est un des animaux que j’ai le moins vu en Australie ! :’-(
Ils sont discrets, oui… je crois n’en avoir vu que 4 ou 5 fois en deux ans. J’aime cette relative rareté en réalité, elle rend chacune de ces rencontres un peu plus spéciales encore, un peu plus inoubliable…