Le Top End, c’est quoi ? Il s’agit de l’extrémité nord du Northern Territory, c’est à dire la région de Darwin, réputée pour ses paysages sauvages protégés par certains des parcs nationaux les plus iconiques d’Australie dont le célèbrissime Kakadu. Pour le billet invité du mois de juin, je cède la parole à Hallu, fidèle commentateur du blog, qui vous livre un compte-rendu détaillé de sa visite du Top End en tour organisé.
En début d’année, je me suis retrouvé dans une situation que beaucoup de résidents étrangers en Australie subiront : avoir des jours de vacances à disposition (dans mon cas, une semaine à Pâques) et une grosse envie d’en profiter pour voir une partie de l’Australie mais personne avec qui partir. Dans mon cas tous mes potes étaient pris ou fauchés. Reste alors l’option de partir seul. Mais partir seul et louer une voiture, ça veut dire des frais considérables. J’ai donc envisagé le safari en tour organisé, en l’occurrence avec Adventure Tours. Ma destination : le Top End, telle qu’est nommée la moitié Nord tropicale du Northern Territory. Avril est le début de la saison sèche, où certes des orages sont encore possibles (les aborigènes et locaux les appellent les “knock’em down storms”), mais globalement il fait chaud, beau, pas trop humide, et gros avantage par rapport au milieu de la saison sèche : tout est encore vert et luxuriant. Au programme : 5 jours avec un groupe de 16 personnes, dans un 4×4 spécialement aménagé, à explorer Litchfield National Park, Kakadu NP et Nitmiluk (Katherine Gorge) NP.
Le vol Melbourne/Darwin est déjà très appréciable : pas un nuage dans le ciel, j’ai donc pu admirer depuis l’avion les immenses formations de dunes du Simpson Desert, où je rêve d’aller. Une fois à Darwin, la température et l’humidité frappent. Mais finalement on se douche et on se balade en short et claquettes, et c’est plutôt agréable. En revanche, bien que capitale du Northern Territory, Darwin n’est pas très animée. Passé 20h, les rues sont plutôt vides. J’ai testé un restaurant, pour enfin goûter au barramundi, délicieux, et au jewfish (en ceviche) très agréable également.
Le lendemain, début du safari avec départ de l’hôtel à 6h30 (ouch). Au début personne ne se parle, l’ambiance est un peu bizarre. Notre guide, Jeff, est une sortie de Crocodile Dundee en plus jeune, blond et bronzé. Mais malgré son âge (dans les 25 ans) bien vite on se rend compte qu’il sait tout sur tout : les plantes, les animaux, les légendes aborigènes, les villes et leurs anecdotes… un des gros plus de partir en tour organisé. Le 4×4 est climatisé, ce qui est plutôt indispensable ici, d’autant plus que nous aurons 5 jours de soleil et ciel bleu, avec des températures entre 35 et 40° l’après-midi. L’indice UV est compris entre 12 et 14, donc le bronzage se fait vite… Mais inutile de s’habiller en manches longues comme certains le préconisent, une bonne crème solaire suffit.
On débute le premier jour par la visite de Litchfield National Park, et ses nids de termites (“termite mounds“). Ils sont de deux sortes : les “cathedral termite mounds” et les “magnetic termite mounds”. Les premiers tiennent leur nom du fait qu’ils sont gigantesques (et impressionnants), les seconds du fait qu’ils sont verticaux, plats, et que l’arête supérieure suit la ligne Nord/Sud afin que les termites puissent être au frais toute la journée en se déplaçant vers la face du nid non exposée au soleil. Malheureusement le deuxième type de nid, ressemblant à des tombes, est masqué par les herbes grimpantes, et inaccessible en raison du marais, pas encore à sec. En revanche, la vision d’un wallaby pressé se déplaçant en sautant dans 10 cm d’eau (plof, plof) nous aura bien fait rire. On enchaîne avec des chutes d’eau (Florence Falls, Wangi Falls et Tolmer Falls) assez magnifiques, et la vision de plusieurs Yellow-spotted Monitors, des varans très rares selon Jeff car mis en danger par les fameux Cane Toads, ces crapauds introduits par les australiens dans le Queensland pour débarrasser les cannes à sucre (d’où leur nom) de coléoptères nuisibles. Finalement c’est un des plus gros désastres écologiques que connaît le continent australien, car c’est un crapaud venimeux, et les prédateurs qui s’en nourrissent meurent… sans compter qu’ils n’ont même pas rempli leur rôle en ce qui concerne les coléoptères… Jeff nous montre aussi les arbres utilisés pour faire les fameux didgeridoos, et on apprend qu’ils sont originaires du Top End, et que si l’on en voit dans le Red Center ou ailleurs, c’est uniquement pour attirer les touristes. Mais qu’on se le dise : le Didgeridoo est avant tout un instrument joué par les tribus du Top End. Sur le chemin du retour on assiste à des feux de broussaille déclenchés par les rangers pour favoriser les jeunes pousses, pratique d’origine aborigène et assez impressionnante.
On enchaîne par les Buley Rockholes, sorte de spa totalement naturel, et très agréable... surtout que l’eau doit être à peu près à 28/30°. En revanche c’est Pâques, il y a du monde. Je me rends compte qu’une française, Marine (dont j’ai oublié de prendre les coordonnées en partant, donc Marine, si tu nous lis…), fait partie du groupe. À partir de là, et des premiers repas, des liens commencent à se nouer avec un peu tout le monde. Le groupe est éclectique au possible : une française donc, en WHV, une famille de 4 danois aisés en plein tour du monde (même l’aîné de 14 ans parle couramment anglais), un duo de potes allemands, une mère de famille australienne et ses deux ados, une australienne de Melbourne travaillant à Singapour, un couple de néo-zélandais et une hollandaise en WHV. Le soir, un campement permanent nous attend, en fait constitués de mini-cabanes 2 places avec un lit de camp de fortune, et des commodités (douches, toilettes) du camping attenant. Finalement une bonne surprise pour moi qui m’attendait à des tentes. Repas sommaire sous une grande tente, et coucher de soleil magnifique, mais au lit à 21h, car une fois la nuit tombée, il n’y a pas grand chose à faire…
Deuxième jour début de la visite de Kakadu. Tout étant encore pas mal inondé, Jeff doit adapter lui-même le trajet en fonction des news qu’il reçoit de la part des park rangers ou d’autres guides, à savoir si telle route est ouverte ou non. On débute par Nawurlandja Lookout, d’où on a une vue superbe sur les formations rocheuses classiques du Top End, sur Arnhem Land (terre sacrée des Aborigènes, il faut un permis pour y pénétrer), et sur un billabong célèbre puisque c’est ici qu’a été tournée la scène où Crocodile Dundee sauve sa future dulcinée en tuant un crocodile avec son couteau… On enchaîne ensuite sur une balade qui nous prendra finalement toute l’aprèm : Gubara Pools Walk. Les “pools” sont en fait des piscines naturelles où l’on se baigne encore une fois avec plaisir, aux côtés de quelques poissons plus ou moins gros. Le paysage est assez idyllique, et on enchaîne sur une marche sportive dans un coin interdit sans guide, Gubara Rocks. On y découvre un “castle” en fait un amas de pierre, abritant une grande cave truffée de peintures aborigènes (d’où l’interdiction). Jeff fait alors escalader aux volontaires dont je fais partie l’amas rocheux, pour y découvrir une vue imprenable. Au passage on découvre une plante “marteau” qui se referme violemment quand on la taquine, et on lèche l’arrière-train de fourmis à l’abdomen vert et au goût acide et fruité.
Le troisième jour est consacré à l’art aborigène. Je ne m’y intéressais pas particulièrement au départ, mais c’est là qu’avoir un guide prend tout son sens : déjà parce qu’il nous amène à Nanguluwu, un coin où les touristes ne vont étrangement pas (peut-être parce que la route est un peu dure pour les 2 roues motrices), et où l’on découvre toute la richesse de l’art aborigène. “X-Ray art” où les os et autres organes des animaux/hommes sont représentés en transparence, “contact art” où l’on voit une superbe peinture d’un navire probablement anglais vu par les aborigènes, et l’art plus ancien, fait d’aplats de couleurs et de plusieurs couches de dessins en général. On apprend également que Kakadu recèle un des plus gros gisements d’uranium au monde, et que les peintures d’hommes difformes avec 6 doigts à chaque main et des coudes déformés sont probablement dues aux radiations frappants des personnes vivant longtemps près de ces gisements, hypothèse que nie avec force le gouvernement australien afin de ne pas effrayer les touristes. Direction ensuite le Anbangbang Shelter, nettement plus fréquenté, où l’on apprend de nombreuses choses sur les esprits et croyances aborigènes, très riches et amusantes. On apprend aussi des anecdotes radicalement inconnues des touristes : comme quoi National Geographic a payé un aborigène il y a quelques années pour peindre quelque chose et le filmer, le tout de manière illégale, et on apprend également que le fameux dessin de Namondjok que tout le monde contemple et que tous les bouquins montrent a en fait été repeint par un artiste contemporain, l’original étant trop dégradé ! J’apprécie beaucoup apprendre tous ces petits trucs, et je me dis que venir ici tout seul sans guide aurait clairement perdu de son intérêt.
En début d’après-midi, on entame une de mes plus belles visions de nature de l’Australie : les wetlands (marécages) de Yellow Water Billabong, le tout en bateau. Mois d’avril oblige, l’eau est bien plus haute que durant le coeur de la saison sèche, et la balade en bateau plus longue. Tout est superbe : la végétation, l’eau qui reflète le ciel bleu, les fleurs, les oiseaux, et 2 crocodiles (des “salties”), une femelle vue à distance malheureusement, et un mâle de 4 mètres de long, que l’on a pu approcher de très très près, puisqu’il laisse le bateau le coller, paisible. Une vision impressionnante, et une bonne dose d’adrénaline (j’étais sur le bord du bateau qui le collait, donc à moins d’un mètre de sa gueule…). Inoubliable, surtout qu’ils sont ici purement sauvages, pas comme ceux d’Adelaide River, qui sont dressés pour sauter hors de l’eau et attraper des morceaux de viandes suspendus à une canne à pêche… Je préfère nettement l’authenticité et la recherche (parfois non fructueuse certes) de l’animal.
La quatrième jour Jeff a dû se démener pour le programme : peu de choses sont ouvertes à Kakadu en cette période, notamment pas de Ubirr, pas de Jim Jim ou Twin Falls, tous trois inaccessibles. La solution de remplacement est donc de quitter Kakadu et d’aller à Umbrawarra Gorge Nature Park. On y trouve sur le chemin un Eastern Brown Snake mort, malheureusement le seul serpent que l’on aura vu du voyage, alors que le Top End en regorge. Les gorges en elle-mêmes sont petites mais superbes. Tout le monde plonge dans l’eau pour les explorer à la nage, mais préférant prendre des photos et ayant une sainte horreur de l’eau, j’y vais à pied, en mode “rock hopping”. Le “chemin” est difficile, et la traversée de la rivière acrobatique, mais le jeu en vaut la chandelle. Un bon petit coin isolé, où il est possible de faire de l’escalade.
Direction ensuite Edith Falls. Jeff est curieux de voir le coin, ravagé par un cyclone il y a deux ans. Et en effet, les dégâts sont considérables : tout une partie des arbres arrachée, un ilôt de débrits formé en plein milieu du point d’eau dans lequel se jette les chutes, les bordures d’accès inondées, et la baignade désormais interdite.
On rentre donc au campement en s’arrêtant à Katherine, ville un peu anecdotique, où les sources chaudes sentent les déjections et sont finalement peu attirantes. Le campement du soir lui est en revanche très isolé (nous sommes seuls) et riche en vie animale : geckos de toutes sortes, araîgnées, cockatoos, perroquets etc… On en profite pour gonfler les statistiques du Northern Territory, n°1 mondial de la consommation d’alcool par habitant, ce qui explique la vérification d’identité systématique à chaque achat d’alcool dans l’état (beaucoup de personnes étant fichées apparemment). On s’enfile du vin pétillant choisi par les néo-zélandais (et bougrement bon) et des bières au coin d’un feu de camp. Je discute avec Jeff et je lui demande pourquoi malgré toutes ses connaissances et sa passion de l’Australie il n’est pas ranger. Il m’explique que c’est franchement mal payé (de mémoire 40 000 $ à l’année avant les taxes, ce qui est bas pour l’Australie) et qu’ils prennent en priorité des gens diplômés plutôt que des locaux, et en priorité des aborigènes. Bref si vous avez comme candidats pour un poste de ranger à Kakadu : un aborigène pas local sans diplôme, un jeune ayant toujours vécu à Sydney fraichement diplômé et notre Jeff, local, qui connaît tout, mais pas diplômé, c’est bien Jeff qui sera le dernier choix… et c’est regrettable, même si au final ça nous fait un guide de qualité pour notre tour.
Le cinquième jour, balade dans Nitmiluk NP, avec un joli point de vue sur les Katherine Gorge. Végétation riche et luxuriante, de superbes salmon gums (le plus bel eucalyptus avec le ghost gum selon moi), on goûte aux bush passion fruits, on renifle de la menthe du bush, on admire les fleurs… plein de choses que l’on aurait pas pu voir en plein coeur de la saison sèche. Les wallaroos gambadants autour du visitor centre ne gâchent rien au spectacle. Ensuite à nouveau une croisière sur l’eau, cette fois au milieu des gorges. Et même si on ne voit qu’un seul crocodile, et de loin (un “freshie” cette fois, plus petit), les gorges sont vraiment magnifiques. De beaux murs rouges à pic, quelques plages de sable rouge, ça vaut vraiment les 75 $ de la visite, seul véritable moyen d’apprécier les gorges.
Autre avantage du tour organisé : on ne conduit pas, et on peut donc dormir pénard dans le 4×4 sur le long chemin du retour entre Katherine et Darwin. On s’arrête à Adelaide River pour prendre une photo du buffle (mort et empaillé) se faisant hypnotiser dans Crococile Dundee. Le soir, on se retrouve dans bar du coin, et on s’échange nos souvenirs autour d’un jug de bière et de quelques bouteilles de blanc. Et on retrouve ce même sentiment bizarre qu’en retour de colonie de vacances : un gros sentiment de nostalgie et de ne pas avoir envie de quitter nos compagnons, même si on ne les connaît que depuis 5 jours…
Au final, moi qui avais quelques craintes sur le tour organisé, force est de constater que ça vaut le coup. Je conseillerais juste de vous limiter à des tours par petit groupe (pas plus de 20) et d’éviter les tours en “coach” (en bus) qui là relèvent plutôt de l’industrie à touristes. On y trouve forcément quelques inconvénients comme la nourriture pas démente (mais sans aucun doute supérieure à celle d’un WHV qui vagabonde en van en se nourrissant de nouilles instantanées), le fait de se coucher tôt et de ne pas profiter de la soirée ou du coucher du soleil pour faire des balades, l’aspect parfois un peu “speed” des choses, mais tous ces défauts sont vites effacés par les connaissances du guide, que ce soit en endroits un peu “cachés”, en connaissances des plantes ou des animaux, et en histoire aborigène. J’ai tellement apprécié que je vais remettre ça, avec une autre compagnie cette fois, en octobre pour un trajet de 10 jours Adelaïde/Alice Springs comprenant les Flinders Ranges, Lake Eyre, Simpson Desert, et le Red Center.
PS : pour info tout ça m’a coûté 1000 $ pour les 5 jours comprenant les 2 balades en bateau, le logement et les repas, auxquels on rajoute le prix de l’avion Melbourne/Darwin et de deux nuits d’hôtel.
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Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !
Beau récit ! qui donne envie d’aller faire un petit tour dans cette région.
!
Partir avec une agence, j’ai été confrontée au même problème en Amérique du Sud une fois… et je ne l’ai pas regretté ! 4 jours dans les Andes à pied, un groupe de 12 avec 2 guides géniaux et, comme j’étais la seule à parler espagnol au milieu des Américains et des Anglais, j’avais plein d’explications et d’anecdotes bonus
Je pense juste qu’il ne faut pas prendre la première excursion venue avec l’agence du coin sinon on se retrouve vite dans un bus avec des stops photos uniquement. Celle-ci m’avait été conseillée par des locaux et autres fans de montagne.
Merci, et j’avais également fait des recherches de-ci de-là et évité soigneusement les tours avec trop de gens. Après il y a aussi beaucoup de tours délirants en Australie où pour 5 jours on va te demander de payer 3000 $ juste parce que c’est un groupe de 4 ou 5, et que tout est dans des hôtels reculés. Finalement l’offre de tours 5 jours en 4×4 de plus de 10 places, et abordable, est rare. Dans le Red Centre ou le Top End, il y a peut-être 2 ou 3 compagnies qui font ça, avec des prix dans les 1000 $ les 5 jours. Les opérateurs préfèrent soit des tours d’un jour depuis des villes clés, soit des tours en bus discount, soit les tours hors de prix que j’ai mentionnés.
J’ai bien aimé les anecdotes notamment celle des peintures d’hommes avec 6 doigts que je connaissais pas.
Il faut savoir que Kakadu met(tait ?) à disposition des guides gratuits sur place, ce qui est génial, d’autant plus que l’accès aux parcs nationaux du Territoire du Nord est déjà gratuit (sauf Uluru).
Merci pour ton feeback. Non c’est gratuit uniquement pour les résidents du NT malheureusement. Pour tous les autres c’est 25$ le pass (valable 14 jours).
En réalité vous avez tous les deux raison. Il faut bien le pass mentionné par Hallu pour visiter Kakadu, tout comme il faut payer AU$25 pour visiter Uluru (et là, ce n’est valable que 3 jours !). En revanche, comme l’a dit Steph, l’entrée à tous les autres parcs nationaux du NT est gratuite.
En fait, je n’ai pas le souvenir d’avoir payé l’accès à Kakadu en 2008. Je me souviens que nous avons cherché “l’honesty box” sans l’avoir trouvé et que mon road mate était agréablement surpris d’avoir l’entrée et le guide gratuit.