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Australie

Les possums

Le possum est le tout premier mammifère australien à avoir été reconnu comme un marsupial par les colons européens en 1770 : eh oui, tout comme le kangourou, le possum dispose d’une poche ventrale dans laquelle il élève ses bébés !

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Animal qui paraît de prime abord à la croisée entre singe (agilité) et rongeur (dentition), le possum est une créature arboricole, c’est à dire qui vit dans les arbres. Il se distingue par ses yeux ronds, ses oreilles pointues, sa fourrure épaisse et sa longue queue utilisée pour assurer son équilibre ou s’aggriper à des branches (selon les espèces). Ses pattes postérieures sont équipées d’un pouce opposable qui favorise ses talents de grimpeur.

Si les possums qu’on voit le plus fréquemment sont souvent d’une couleur grise, selon les espèces et les individus, leur fourrure peut en réalité couvrir des teintes allant du noir au roux, en passant par des pelages zébrés ou tirant sur le vert ! De manière générale, les poils du ventre sont plus clairs que ceux du dos.

Côté taille, on va des Mountain Brushtail bien gras et bien poilus qui peuvent peser jusqu’à 3 ou 4 kilos, aux tous petits Pygmy Possums qui ne font pas plus de quelques grammes…

Possum ou opossum ?

Souvent, quand on parle de possums, on est tenté de rajouter une première syllabe pour former un mot similaire et plus familier : “opossum”. C’est une erreur qui se comprend : les premiers européens à débarquer en Australie ont fait la même !

A cette époque (1770), l’opossum sud-américain était un animal déjà connu des voyageurs, qui l’avaient découvert au Brésil deux siècles auparavant. En conséquence, quand les colons ont pour la première fois rencontré un possum en Australie, ils l’ont tout naturellement baptisé “opossum” pour sa ressemblance au marsupial américain. Ce n’est que quelques années plus tard que les zoologues et biologues de l’époque s’apercevront qu’il existe en réalité une différence majeure entre les espèces des deux continents : les opossums américains sont carnivores, les possums australiens herbivores.

Entre temps, les nouveaux australiens, toujours friands de diminutifs, avaient déjà commencé à abréger l’appellation “opossum” en “possum”. En 1980, l’Australian Mammal Society décide d’officialiser cette déformation distinctive : si “opossum” est le nom des espèces sud-américaines, “possum” sera celui des espèces australiennes. La Nouvelle-Zélande adopte la même convention l’année suivante, et tout le monde y voit plus clair !

Une famille à tiroirs

Les deux espèces les plus communes sont le Common Brushtail Possum et le Common Ringtail Possum (un peu comme leur nom l’indique, quoi !). Ils sont les plus nombreux, les plus répandus, les plus étudiés, et tout simplement ceux que tout un chacun a le plus de chance de rencontrer – en ville comme à la campagne !

Ce que moins de gens réalisent, en revanche, c’est que les possums constituent une famille beaucoup, beaucoup plus étendue que ces deux spécimens… A commencer par les différentes espèces de Brushtail et de Ringtail : eh oui, il n’y en a pas qu’une de chaque !

  • Brushtail Possums
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    • Common Brushtail
    • Mountain Brushtail
    • Short-Eared Brushtail
  • Ringtail Possums
    • Common Ringtail
    • Daintree River Ringtail
    • Green Ringtail
    • Herbert River Ringtail
    • Lemuroid Ringtail
    • Rock Ringtail
    • Western Ringtail

Ce total de 3 espèces de Brushtails et 7 espèces de Ringtails est déjà impressionnant, mais pourtant la famille possum ne s’arrête pas là…

  • Autres possums
    • Leadbeater’s Possum
    • Striped Possum
    • Scaly-tailed Possum
    • Pygmy Possums
    • Honey Possum

Toujours pas convaincu par cette famille à rallonge ? Ouvrons un dernier tiroir : les possums sont de proches cousins des Gliders (des sortes d’écureils volants, 6 espèces : Yellow-bellied, Sugar, Mahogany, Feathertail, Squirrel, Greater) et des Cuscus (plus présents en Nouvelle-Guinée, on en dénombre 2 espèces en Australie : Common Spotted et Southern Common).

Cette fois, c’est tout, nous avons enfin fait le tour ! Par souci de concision et de clarté, dans le document suivant, nous allons nous concentrer sur le Common Brushtail et le Common Ringtail, c’est à dire les possums que vous serez sans aucun doute amené à rencontrer.

Habitat

Les possums, dans leur grande variété d’espèces, ont colonisé chaque recoin de l’Australie dans différentes proportions. Le plus répandu est de loin le Common Brushtail qu’on retrouve dans tous les états : à travers la Tasmanie, dans l’est du Queensland, du New South Wales et du Victoria, dans le nord et le sud du Northern Territory et du Western Australia. Quelques populations isolées occupent également le centre du pays.

Bien que cette colonisation paraisse impressionnante, il faut avoir conscience qu’avant l’arrivée de l’homme blanc, le Common Brushtail habitait le pays d’est en ouest, du nord au sud, presque sans aucune interruption. Actuellement, si ces possums sont abondants dans le sud-est du pays, ils le sont moins ailleurs. Le Common Ringtail, quant à lui, vit uniquement dans l’est, depuis l’extrême nord du Queensland jusqu’à la Tasmanie.

Et les autres possums, alors ? Souvent, leur habitat se limite à des zones géographiques précises et isolées : le Leadbeater’s habite les forêts des Yarra Ranges (VIC), le Scaly-tailed le nord-ouest du Kimberley (WA), le Striped la péninsule du Cape Yorke (QLD), etc. Beaucoup de ces possums là sont des espèces rares ou en danger, mais certains sont également présents en Papouasie Nouvelle-Guinée.

En plus d’avoir une région où vivre, ces petites bêtes ont bien évidemment des maisons. Le Common Brushtail, opportuniste, réquisitionne les troncs d’arbre creux. Le Common Ringtail, en revanche, se montre un peu plus entrepreneur et se construit un nid (appelé drey) en arrangeant des brindilles et branches de façon à former une sphère dans laquelle il pourra se blottir.

Vie quotidienne

A l’exception du Green Ringtail, parfois actif durant la journée, les possums sont tous strictement nocturnes : la journée se passe au fond du repère, à dormir, et l’activité commence seulement une fois la nuit venue.

Enfin, activité… c’est vite dit ! On estime que près de la moitié du temps que le possum passe éveillé est simplement consacré à se tenir tranquille, assis sur une branche. Le possum occupe le reste de son temps à faire sa toilette, se promener et bien sûr se nourrir. Si le Common Ringtail est strictement herbivore et consomme principalement des feuilles d’arbres, le Common Brushtail touche à tout : fleurs, fruits, bourgeons, herbes et même parfois insectes sont ajoutés au menu.

Typiquement, les Common Brushtails quittent leur nid une ou deux heures après le coucher du soleil, et le regagnent juste avant l’aube. Les Common Ringtails, quant à eux, sont moins tardifs : ils tendent à quitter leur nid 3/4 d’h après le coucher du soleil, et le regagner sur les coups de minuit. Dans les deux cas, les éléments peuvent affecter cette routine bien huilée : s’il pleut des cordes ou qu’il y beaucoup de vent, un possum peut attendre des heures avant de mettre le nez dehors, voire même ne pas sortir du tout ! L’hiver, ils rentrent au nid quelques heures plus tôt qu’en été.

S’il arrive parfois que plusieurs possums partagent le même arbre, ils n’en sont pas moins des créatures essentiellement solitaires et ne recherchent activement la compagnie qu’au moment de l’accouplement. Par la suite, le Common Ringtail forme des groupes familiaux composés d’un père, d’une mère et de leurs enfants (et parfois d’une seconde femelle) pour prendre soin des petits. Le Brushtail, en revanche, se passe de cette formalité !

Un bébé possum nait après 16 à 18 jours de gestation. Comme tous les marsupiaux, il vient au monde minuscropique (entre 1 et 1,5 cm de long pour 0,2 – 0,3 grammes) et dépourvu de poils, à un état semi-embryonnaire… ce qui ne l’empêche pas de se hisser jusqu’à la poche ventrale de sa mère pour s’accrocher à un téton !

De là, le développement des Common Ringtails est plus rapide : après 42 jours, ils ne sont plus attachés au téton. Au bout de 6-7 mois, ils sont sevrés. Entre 8 et 12 mois, ils deviennent indépendants, et à 14 mois peuvent à leur tour se reproduire. Le Common Brushtail, en revanche, reste attaché au téton pendant 80 jours (le double !), et s’il se sèvre au même age, peut attendre ses 18 mois avant de devenir indépendant. Il commence à se reproduire entre 1 et 2 ans.

A cela, il faut ajouter que le Common Ringtail élève généralement deux petits en même temps (et plus rarement 3 ou 4), tandis que le parent Common Brushtail élève un seul bébé à la fois, rarement deux. Pourtant, les Common Brushtails sont bien plus nombreux et répandus que les Ringtail… cela s’explique entre autre par un taux de mortalité juvénile moins élevé, et par leurs grosses facultés d’adaptation.

Poss’hommes

Malheureusement, l’histoire des possums et des hommes suit le même schéma que celle des hommes et des marsupiaux australiens en général.

Au temps des aborigènes, la cohabitation se faisait sans peine. Les possums étaient chassés pour leur viande et leur fourrure, mais les aborigènes s’assuraient également de la survie de l’espèce : le possum fait partie des esprits présents dans leurs croyances spirituelles, et plusieurs sites étaient de véritables sanctuaires où la chasse était interdite.

Cet équilibre, comme tant d’autres, a été bouleversé par l’arrivée de l’homme blanc : auparavant simplement chassés, les possums deviennent très vite exploités pour satisfaire l’industrie de la fourrure. Labellées “opossum”, “putois”, “blaireau” et même “Chinchilla d’Adelaïde”, les fourrures de possum sont exportées jusqu’en Europe et en Amérique. Le nombre total de peaux ainsi vendues demeure un mystère, mais quelques chiffres-exemples suffisent à donner une idée : en 1906, c’est pas moins de 4 millions de peaux qui sont vendues à Londres et New York.

C’est cette même industrie de la fourrure qui engendrera une autre catastrophe écologique dans un pays voisin : de 1837 à 1959, des milliers de possums australiens sont délibérément introduits en Nouvelle-Zélande dans le but d’y créer une industrie. Dans cette contrée clémente dépourvue de prédateurs naturels et riche en ressources, les possums prospèrent : aujourd’hui, ils y sont plus de 70 millions (soit près de 20 possums pour un humain). L’éco-système néo-zélandais n’est pas conçu pour inclure des possums, et une bonne partie de la végétation endémique souffre de leurs ravages. De même, ils entrent en compétition directe avec certains oiseaux au niveau de la consommation des ressources, puisqu’ils se nourrissent des mêmes baies.

Brushtail Possum dans les jardins botaniques

En conséquence, le possum est maintenant considéré comme une vermine en Nouvelle-Zélande, et tout est fait pour l’exterminer. On estime que la lutte contre le possum coûte NZ$60 millions chaque année. En comparaison, la vente de la fourrure de possum néo-zélandais génère seulement NZ$20 millions.

En Australie, la situation actuelle est différente : le possum est endémique et protégé. Pourtant, certains le considèrent comme agaçant : poussé hors de son habitat naturel par le déffrichement, le possum est devenu un habitant des villes autant que des campagnes. Bien souvent, il élit domicile sous un toit et cavale bruyamment dessus toute la nuit, au grand dam des locataires. Cette vie urbaine est également dangereuse : les risques de finir entre les crocs d’un chien ou écrasé sous les roues d’une voiture sont décuplés.

Cette présence marquée du possum en ville est également trompeuse : il est très facile de penser que l’animal est aussi abondant qu’il l’a toujours été, et ne souffre pas de la civilisation moderne. Pourtant, même le Common Brushtail n’est plus aussi commun qu’il l’était avant l’arrivée de l’homme blanc, et certaines populations ont disparu : le déffrichement est un problème constant pour ces animaux qui vivent dans les arbres. Comme les autres animaux endémiques à l’Australie, ils souffrent aussi de l’introduction de nouveaux prédateurs (chiens, renards et chats), d’accidents de la route, d’appâts empoisonnés destinés aux lapins et de compétition avec ces mêmes lapins au niveau de la nourriture. Le bétail participe aussi à la destruction du sous-bois dense favorisé par certaines espèces.

Bibliographie

Pour en apprendre plus sur les possums, nous vous recommandons les lectures suivantes, à partir desquelles cet article a été rédigé :

  • Possums: the Brushtails, Ringtails and Greater Glider, Anne Kerle, publié par UNSW Press.
  • The Mammals of Australia, Ronald Strahan, publié par Reed New Holland.

Liste des espèces que nous avons personnellement observées : Common Brushtail Possum, Common Ringtail Possum, Feathertail Glider.

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