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Australie

Les wombats

Mais qu’est-ce que le wombat ? Ce petit « tank sur pattes » a été comparé à un blaireau, un ourson, une marmotte ou encore un cochon (!). Le wombat n’est bien évidemment rien de tout cela : c’est un wombat ! Son seul point commun avec tous les animaux précédemment cités : c’est un mammifère.

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Oui mais… blaireaux, marmottes, ours et cochons sont tous des mammifères placentaires : comme avec l’être humain, l’embryon grandit bien au chaud dans le ventre de la mère pendant plusieurs mois et nait petit mais bien formé, prêt à effectuer sa croissance à l’extérieur. A l’inverse, le wombat est, à l’instar de la plupart des mammifères australiens, un marsupial : le petit nait à un état embryonnaire après une période de gestation très courte (un mois) et poursuit sa croissance dans la poche ventrale de sa mère pendant plusieurs mois.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il n’y a pas que les kangourous qui ont des poches ! Wombats, koalas et possums en sont également équipés.

La famille

067_Calin_NB.jpg Génétiquement, la créature la plus proche du wombat est le koala : tous deux appartiennent à la superfamille des Vombatoidea. Celle-ci se subdivise ensuite en Vombatidae (les wombats) et Phascolarctidae (les koalas). Leurs similarités se trouvent au niveau de leur queue, leur poche ventrale, leur estomac et leur sperme.

Cette petite leçon de généalogie ne s’arrête pas là : la famille Vombatidae se divise en trois branches, pour trois espèces distinctes de wombats.

  • Bare-Nosed Wombat. L’espèce la plus répandue, réside dans l’est du Victoria et New South Wales ainsi qu’à travers la Tasmanie (environ 1 millions d’individus en tout). On dénombre trois sous-espèces : ceux du continent, ceux de Tasmanie et ceux de Flinders Island.
  • Southern Hairy-Nosed Wombat. Avant l’arrivée des européens, ils habitaient du sud-est du Western Australia jusqu’à l’est du South Australia. Maintenant, il ne reste que quelques populations dans les plaines du Nullarbor et en South Austraia (environ 350.000 individus).
  • Northern Hairy-Nosed Wombat. Avant l’arrivée des européens, ils habitaient du nord du Victoria au sud du New South Wales, ainsi que dans le sud-est du Queensland. Il ne subsiste maintenant qu’une unique population au Queensland, dans l’Epping Forest National Park (seulement une centaine d’individus : il s’agit là d’une espèce en danger imminent de disparition – l’accès au parc national est de fait réservé aux scientifiques).

Ci-dessous, nous allons nous concentrer sur le Bare-Nosed Wombat (plus souvent appelé Common Wombat en toute simplicité), qui est le spécimen que nous avons eu l’occasion de fréquenter et également celui que verront la plupart d’entre vous une fois en Australie.

Le physique

Mesurant environ 1m de long et 25 cm de haut, l’adulte pèse en moyenne 26 kilos mais peut atteindre jusqu’à 40 kilos. Les wombats de Tasmanie sont plus petits (81 cm de long pour environ 20 kilos). Ceux de Flinders Islands sont encore légèrement plus petits (78 cm de long pour environ 18 kilos). Ils sont bâtis un peu comme des tanks poilus et mignons (si si, ça peut se faire) : trapus, costauds, compacts.

Leur pelage peut prendre de nombreuses couleurs différentes, du blanc crémeux au noir en passant par différentes nuances de brun et de gris (ces dernières couleurs sont les plus communes).

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Fidèles à leur réputation de tanks, ils ont des poils assez rugueux (deux fois plus gros qu’un cheveu humain) et une peau très épaisse : 1cm d’épaisseur au niveau du pelvis, ce qui signifie qu’un wombat n’aura aucun problème à littéralement écraser la tête d’un prédateur (renard, chien…) d’un coup de cul bien placé. Ils ont la tête dure également histoire de pouvoir bourriner en poussant rochers, branches et autres obstacles hors de leur chemin.

Ils ont de petits yeux et une mauvaise vue : le wombat voit bien… jusqu’à 1m devant lui. Au-delà, il détecte seulement le mouvement (et, bien sûr, les sons et les odeurs). Il est donc assez facile de s’approcher d’eux : il suffit de rester immobile quand ils redressent la tête pour guetter et ils ne vous verront pas.

Et puis, bien sûr, ils ont de longues dents pour brouter et de longues griffes pour creuser !

Les burrows

339_Wombatville.jpg Il s’agit des tunnels-terriers dans lesquels les wombats résident. Jusqu’en 1960, on ne savait que peu de choses sur les burrows… que s’est-il passé en 1960 pour changer la donne, alors ? C’est simple et cocasse : un jeune adolescent inspiré a décidé d’aller ramper dans les burrows et de noter les observations qu’il y faisait !

Côté taille, on va de burrows d’1,50m à 30m de long ! En moyenne, ils couvrent un espace allant de 2,5m² jusqu’à 8m². Ils s’enfoncent sous terre jusqu’à 1 ou 2m de profondeur. Un wombat motivé peut creuser son burrow à une allure de 2m par nuit.

La déco peut se composer d’un tas de terre près de l’entrée (tout ce qui a été creusé pour créer le burrow, logique), d’un coin d’herbe aplati non loin (un sit où le wombat aime à venir s’asseoir) et, à l’intérieur, de brindilles, écorce et feuillage servant de lit.

Un burrow, où ça ? Les sites privilégiés sont les pentes et les endroits où la terre est à nue (sous un arbre déraciné par exemple, ou sous une avancée rocheuse). Ils exploitent toute faiblesse naturelle du sol qui permet de faciliter un peu leur travail. De manière générale, bien que les wombats s’aventurent dans les plaines et les clairières pour se nourrir, ils préférent creuser leur burrow à l’abri des arbres.

Les + et les – … le burrow est le sanctuaire du wombat : un chez soi qu’il lui est aisé de défendre contre les prédateurs, qui peut le protéger des feux de forêt et où la température est stable et agréable/fraîche en toutes circonstances. En revanche, les burrows présentent un risque niveau innondation ou effondrement.

Côté températures… les burrows ne dépassent jamais la barre des 25° : ça tombe bien, car au-delà de cette température, les wombats commencent à souffrir de la chaleur. Ainsi, même en plein été quand les températures durant la journée peuvent atteindre les 35°-40°, il fait toujours seulement 25° sous terre. Le wombat attend toujours la nuit et ses températures plus fraîches pour sortir : en été, il attend jusqu’à minuit avant de pointer le bout de son nez ! A contrario, en hiver, les températures étant refroidies et la lumière faible, les wombats commencent à sortir de leur burrow vers 15-16H. En parlant de froid, il faut noter qu’en hiver, quand la température peut tomber à zéro, il fait toujours 4° dans le burrow. Le wombat supporte facilement ces températures moindres.

Vie quotidienne

054_A_Quiet_Wombat.jpg La vie du wombat est simple : il dort, s’éveille en fin d’aprèm et sort du burrow pour sonder l’air. Une fois satisfait qu’il fait bon et qu’il n’y a pas de danger à craindre (cela peut prendre quelques minutes ou une heure),il s’aventure dehors pour de bon. Les activités nocturnes hors du burrow sont élémentaires : manger, se gratter (avec la patte ou contre un morceau de bois) et laisser des ptites crottes partout (scats en anglais). Si les jeunes (moins de 2 ans) déposent leurs scats sous le couvert de buissons, les adultes en revanche les laissent en évidence sur des tas de terre, des branches, des rochers, etc… et s’en servent comme repères de navigation ainsi que marque de leur territoire. Entre cette position en évidence et la quantité déposée chaque nuit (entre 80 et 100 scats !), il est facile pour un observateur de croire qu’il y a bien plus de wombats dans les parages que ce n’est réellement le cas ! Pour finir ces occupations, il arrive que les wombats prennent également des bains de poussière.

Côté repas, ils se nourrissent d’herbe, de mousse et même de champignons, et mâchouillent parfois de l’écorce ou des bouts de bois pour s’aiguiser les dents et les maintenir à la bonne longueur – elles poussent continuellement. S’il a neigé, le wombat creuse la neige jusqu’à arriver aux pousses se cachant en dessous. A noter que, comme beaucoup d’animaux australiens adaptés à la sécheresse, le wombat boit très rarement : en général, l’humidité contenue dans les plantes qu’il déguste lui suffit. Il boit directement à la source seulement si les plantes ne lui apportent pas suffisamment (quand elles sont trop jaunies et desséchées par exemple).

Durant la nuit, le wombat peut parcourir jusqu’à 4 km au cours de ses pérégrinations. Malgré son air bonhomme, il marche assez rapidement et est capable de pointe de vitesse de 40 km/h s’il se sent menacé et prend la fuite !

De la naissance à l’âge adulte

068_Grosse_gratouille.jpg Le wombat nait après seulement 30 jours de gestation. Malgré sa taille minuscropique (15 mm de long pour 0,5 gr) et son état embryonnaire (peau rose sans fourrure, yeux fermés, etc), il arrive à se hisser jusque dans la poche ventrale de sa mère où il se met aussitôt à téter 24/24. Il dépend entièrement de sa mère pour maintenir sa température corporelle également : il ne sera capable de générer sa propre chaleur qu’à l’âge de 7 ou 8 mois. Ci-dessous, nous allons suivre son évolution pas à pas :

  • 1 mois : 7 cm, 5 gr. Les oreilles et les pattes antérieures se développent. Il est toujours attaché au téton de sa mère en permanence et boit fréquemment.
  • 3 mois : 100-110 gr. Les yeux, les naseaux se développent et les oreilles se détachent de la tête. Les premiers poils apparaissent : moustache et sourcils, c’est tout !
  • 4 mois : 380-400 gr. Les yeux sont maintenant ouverts.
  • 5 mois : 750-800 gr. Une fine fourrure le recouvre enfin et les dents poussent. Il boit souvent le lait de sa mère, mais n’est plus attaché au téton de manière permanente.
  • 6 mois : 1-1,4 kg. Il continue à grandir et la fourrure à pousser lentement. Il commence à pointer le bout du museau ou d’une patte en dehors de la poche. Davantage de dents poussent.
  • 7 mois : 2-2,5 kilos ! Il commence enfin à sortir de la poche, mais reste toujours tout contre sa mère.
  • 8 mois : 2,7-3,4 kg. Il commence à s’éloigner (un peu) de sa mère… mais pas trop. Il essaie également ses griffes en creusant de ci de là. Ses oreilles paraissent toujours trop grandes pour lui, et son museau trop long !
  • 9-10 mois : 3,6-6,4 kg. Il quitte la poche ventrale pour de bon. Il téte encore (et peut continuer à téter jusqu’à ses 15 mois), mais mange déjà beaucoup d’herbe. Il grignotte aussi les scats de sa mère, qui lui procurent les bactéries essentielles à une bonne digestion…

Peu à peu, le wombat devient de plus en plus indépendant et explorateur, et continue à grandir. Il a toujours besoin d’être rassuré ou protégé par sa mère de temps en temps.

  • 12-15 mois : 7,3-11 kg (12 mois), 12-19 kg (15 mois). Enfin sevré. Le wombat devient ensuite entièrement indépendant… parfois quasi-immédiatement, et parfois après encore plusieurs mois près de maman !
  • 18 mois : 16,8-24 kg. C’est un jeune adulte indépendant. Il continue à prendre de la carrure avec le temps, et peut peser jusqu’à 40 kilos au final. Leur espérance de vie est d’environ 20 ans (des wombats en captivité ont vécu jusqu’à 26 ans).

Les wombats se reproduisent à n’importe quel moment de l’année. Il y a bien une « haute saison » des naissances, mais elle varie selon les endroits : en New South Wales, les wombats naissent principalement de décembre à mars par exemple, tandis qu’en Tasmanie c’est d’octobre à janvier.

Les dangers

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  • Blessures diverses faites en creusant, en forçant son passage à travers les buissons, en se battant avec des prédateurs (dingos, chiens, renards) ou des congénères… ces plaies sont également susceptibles de s’infecter. Le wombat se fait alors un espèce de cataplasme en se roulant dans la boue, ce qui protège au moins la chair à vif des mouches.
  • Innondations pouvant affecter les burrows, surtout dans le cas de flash floods ou si ceux-ci ont été creusés dans les rives d’un fleuve jusque là asséché. Des pluies particulièrement diluviennes peuvent aussi faire s’effondrer une partie du burrow.
  • Sécheresse qui les prive d’une nourriture suffisante. Le taux de reproduction diminue aussitôt et le wombat affaibli par la malnutrition est plus susceptible d’être victime de ses prédateurs ou d’infections.
  • Feux de forêt : bien que les burrows offrent une certaine protection contre les feux (durant un feu dépassant les 360°, la température à 15 cm sous terre est de 72° seulement… on peut supposer que les burrows, qui vont jusqu’à plus d’1m de profondeur, restent à une température acceptable), les wombats peuvent souffrir du manque d’oxygène et leurs burrows peuvent partiellement s’effondrer, surtout s’ils ont été creusés sous un arbre déraciné : quand ces derniers brûlent, toute la structure du burrow se casse la gueule. De plus, même si un wombat survit à l’incendie, celui-ci le laisse sans nourriture et l’oblige à s’aventurer dans des territoires avec lesquels il n’est pas familier.
  • Les humains : principalement à la suite de conflits avec les fermiers (les wombats creusent pour passer sous les clotûres anti-lapins, et les lapins utilisent ensuite ces trous pous s’infiltrer également…). S’en est longtemps suivi un carnage légalisé : entre 1950 et 1966 c’est plus de 60.000 wombats qui sont massacrés dans le cadre d’une chasse à prime officielle dans l’état du Victoria.
  • Empoisonnement : le wombat mange parfois des appâts empoisonnés destinés aux lapins, encore une fois.
  • Déffrichement : destruction des forêts qui constituent l’habitat naturel du wombat afin de créer toujours plus de champs et de patures.
  • Accidents de la route : les fameux « roadkills » font de nombreuses victimes toutes les nuits, et très peu d’automobilistes prennent le temps de s’arrêter pour voir si leur victime n’a pas un bébé encore bien vivant dans sa poche…
  • Prédateurs : chiens, dingos et renards. Aucun de ces animaux n’est endémique à l’Australie… les dingos sont arrivés il y a 4000 ans avec les derniers aborigènes, tandis que chiens et renards sont un ajout récent : débarqués il y a 200 ans avec les premiers européens (qui ont aussi amenés les lapins…).
  • Parasites internes et externes : vers, tics, pous, puces, etc. Les plus dangereux sont ceux importés par les européens (surprise). Le pire d’entre eux et la mite mange (sarcoptes scabei) qui s’enterre dans la peau et y fait éclore ses œufs : énorme irritation/démangeaison, perte de fourrure, création de croûtes… affecte le visage et les yeux, rendant le wombat aveugle ou presque. Il devient faible et émacié, et meurt.
  • Autres maladies : arthrite, cancer, diabète, asthme et pneumonie.

Heureusement, tout ceci est peut-être en train de changer alors que de plus en plus de gens prennent conscience de la valeur de leur environnement.

Bibliographie

Pour en apprendre plus sur les wombats, nous vous recommandons les lectures suivantes, à partir desquelles cet article a été rédigé :

  • The Wombat: Common Wombats in Australia, Barbara Triggs, publié par UNSW Press.
  • The Secret Life of Wombats, James Woodford, publié par Text Publishing.
  • Secret World of the Wombat, Mitch Reardon, in Australian Geographic N°30.
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