Retour à Cradle Mountain

Si tu es un vieux lecteur fidèle et irréductible de ToothbrushNomads.com, tu te souviens peut-être de l’article cinglant que j’avais écrit lors de ma première visite de Cradle Mountain, joyau du tourisme tasmanien. A l’époque, conditions météo douloureuses et abondance de touristes s’étaient ligués pour me dégoûter de ce site naturel listé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, une seconde visite me fera-t-elle changer d’avis ?

Cette fois, c’est avec une certaine familiarité que j’aborde mon arrivée dans le parc national de Cradle Mountain – Lake St Clair : je connais déjà un peu les lieux, et surtout je connais maintenant beaucoup mieux la Tasmanie et l’Australie en général. Le souvenir de ma dernière expérience de ce coin célèbre est toujours vif dans ma mémoire, et je suis donc préparée aux infrastructures assez conséquentes qui font partie intégrante du site – caravan park et autres lodges. De fait, je n’ai pas à souffrir le même « choc » que lors de ma première visite. Et puis, j’ai pris de la bouteille en matière de voyage, et c’est sans grande difficulté que je déniche un discret recoin où pratiquer le grand art du camping sauvage et gratuit, même aux abords de la plus grande attraction touristique de l’état. Ni vues ni connues, nous dînons en tête à tête avec un possum avant de fermer les yeux sur l’oreiller et nous mettre instantanément à ronfler.

Le lendemain nous réserve une étonnante surprise, étant donné que jusque lors nos deux mois en Tasmanie s’étaient placés sous la triste constatation d’être tombées sur l’été le plus pourri depuis des dizaines d’années : aujourd’hui se lève ce que les australiens appellent « a bluebird day ». Du grand soleil dans un ciel bleu sans le moindre nuage à l’horizon. C’est sans hésitation qu’on se rend illico au parking de Dove Lake pour contempler la lumière douce du début de matinée sur Cradle Mountain : eh oui, alors que la dernière fois le brouillard était si dense que je n’avais même pas pu voir la célèbre montagne en entier, cette fois-ci ses pics crantés se révèlent à moi dans toute leur splendeur par-dessus l’eau bleue du lac.

Après un rapide petit-déjeuner, on se met en route. Cradle Mountain est la sentinelle à notre sentier à travers les herbes hautes et jaunes des rives du lac. On visite le « boat shed » au bord de l’eau. Les touristes commencent à arriver par gros groupes, mais nous avons tôt fait de les laisser derrière nous en empruntant le chemin qui mène le long du lac Lilla jusqu’à Wombat Pool. Ca monte, ça descend, la forêt est tantôt dense et obscure, tantôt parsemée et lumineuse, comme d’habitude en Tasmanie je débusque bientôt un serpent (probablement un tiger snake) qui prend la fuite aussi sec. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, et l’on s’extasie tout particulièrement devant Wombat Pool dont l’eau peu profonde révèle toutes les nuances couleur thé si caractéristiques de bien des ruisseaux et étangs australiens, alimentés en tanins par les arbres environnants. Le chemin attaque ensuite pour de bon la montée jusqu’à Marions Lookout. En route, vue sur Crater Lake. Pour accéder au point de vue lui-même, une montée si raide qu’elle en relève presque de l’escalade, avec des chaînes pour aider les randonneurs dans les passages les plus délicats : si l’ascension est aisée pour nous, qui ne portons que des « day packs », il en est autrement pour ceux qui s’attaquent aujourd’hui à l’Overland Track et portent donc un sac à dos rempli de matériel de camping et de provisions pour une semaine !

Nous atteignons bientôt Marions Lookout, où tout Dove Lake s’étale à nos pieds. Au loin, on distingue encore le parking où nous avons laissé la voiture, minuscule. Hanson Peak domine la chaîne de la rive d’en face, et de l’autre côté on distingue un peu du bleu du lac éponyme. Et puis, bien sûr, à l’autre bout de Dove Lake, la forme majestueuse et omniprésente de Cradle Mountain, dont l’aspect épineux suggère l’usure de millénaires. On prend une pause pour savourer plus longuement cette vue divine, avant d’attaquer la descente : un sentier abrupt nous permet de rejoindre les rives de Dove Lake, dont nous allons faire tout le tour pour rejoindre la voiture. Ici le chemin est plat, la progression facile, on profite du soleil, de l’ombre des arbres, on s’arrête pour déjeuner sur un banc au bord du lac, retrousser nos pantalons et aller se tremper les gambettes dans l’eau froide. On croise un échidné qui fouille le sous-bois à la recherche de nourriture, et en fin d’après-midi on retrouve le parking. Mais notre journée en extérieur n’est pas tout à fait terminée : je tiens à rester sur place pour voir si le coucher de soleil donnera des nuances intéressantes à la montagne et pour faire un peu de « spotlighting », c’est-à-dire chercher à voir des animaux nocturnes. On a beau se cailler sur le parking (la température diminue rapidement à mesure que le soleil descend), on tient bon. C’est raté pour le coucher de soleil, dont l’angle n’est pas vraiment favorable à l’illumination des sommets, mais notre promenade au clair de lune avec nos lampes frontales se révèle beaucoup plus fructueuse : sur le sentier, on déniche un quoll !  Il s’agit d’un petit marsupial carnivore de la taille d’un chat et au pelage sombre tacheté de blanc. Le quoll, surpris par la lumière de nos torches, a tôt fait de prendre la poudre d’escampette. Nous décidons d’en faire de même, et sur la route pour revenir à notre coin camping secret, wombats et pademelons apparaissent brièvement dans les faisceaux de nos phares.

Le lendemain matin, en mode « la satisfaction engendre la paresse », on se fait un petit-déjeuner de pancakes avant d’aller vagabonder sur le court sentier de la « Enchanted Walk », une balade en forêt le long de Pencil Pine Creek. Au bout, on débouche sur une pelouse derrière l’un des lodges, et l’on y rencontre un adorable échidné, trop jeune pour avoir le bon sens de se rouler en boule et ne plus bouger, et que l’on peut donc à la place regarder se dandiner. Notre visite à Cradle Mountain touche à sa fin. Le bilan ? Une excellente randonnée, des panoramas époustouflants, un environnement naturel magnifique, une faune abondante, un temps parfait. Alors, oui, Cradle, c’est sûr que ça reste touristique et par conséquent un peu trop fréquenté à mon goût, et bien sûr que c’est loin d’être le seul endroit d’exception en Tasmanie/Australie, mais tout de même… c’est fou ce que 4 ans et un peu de soleil peuvent changer ;)

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Déjà 9 commentaires sur ce post, on attend le tiens !

  1. Super le site reprend de l’activité ! :)
    Je te souhaite le but ultime, pouvoir vivre de ta passion (de ton blog et de tout ce qui tourne autour), courage la route est déjà bien tracée !

    Samuel 28 March 2012 at 12:20 Reply
    • Merci Sam :)

      Toothbrush 28 March 2012 at 22:35 Reply
  2. Tu n’es peut-être plus une hippie asociale (dixit ton article d’il y a 4 ans) :)
    Good to see you back ;)

    Stephanie_flyaway 28 March 2012 at 16:44 Reply
    • Je me ramollis avec l’âge, argh !

      Toothbrush 28 March 2012 at 22:35 Reply
  3. The blog is back!
    Merci pour cet article, ça nous fait toujours rêver!! :D

    Djphil 29 March 2012 at 10:11 Reply
  4. J’ai eu à peu près la même expérience à Cradle Mountain : temps magnifique, des animaux, mais aussi beaucoup de gens. Et c’est vrai que quand tu fais les plages magnifiques de Tasmanie où y a pas un chat (notamment vers Bay Of Fires) et que t’arrives à Cradle, ça change. Y a moins de monde à Lake St Clair j’ai trouvé, mais Cradle a plus de charme avec ses nombreux lacs et ses espaces ouverts. Pour du sauvage faut faire South West National Park, ou Franklin Gordon Wild Rivers. En revanche ce que je n’ai pas aimé à Cradle c’est que les touristes étaient quand même bien bruyants. A Freycinet y avait un peu de monde aussi (sauf sur la plage, touristes trop faignants pour y descendre) mais ils savaient se tenir.

    Hallu 3 April 2012 at 03:20 Reply
    • Je n’aime pas beaucoup les touristes de Freycinet pour ma part, bien trop nombreux à continuer à donner à manger aux wallabis et pademelons, que ce soit sur la plage ou sur le parking (où les animaux, maintenant habitués, traînent souvent…). S’il y a bien une chose qui me met hors de moi, c’est ça ! Ces personnes choisissent délibérément d’ignorer toutes les pancartes rappelant qu’il ne faut pas nourrir la faune… soit ils ne savent pas que même un morceau de pain peut être mauvais pour la santé des marsupiaux (problèmes de reins pouvant être fatals), soit ils s’en foutent, dans tous les cas c’est inacceptable :(

      Toothbrush 3 April 2012 at 03:41 Reply
      • J’ai vu la même chose aussi à Freycinet oui, et c’est désespérant, je suis d’accord. On a ouvert un paquet de gâteaux en revenant à notre voiture au parking de Wineglass Bay, et le bruit du papier a fait venir illico un wallaby, tel un chien domestique. J’ai dû passer 5 min à expliquer à mes potes venus de France pour ce voyage que non, il ne faut pas lui donner à manger, et d’arrêter de me servir la phrase classique du “un petit bout ça peut pas lui faire de mal”.

        Hallu 3 April 2012 at 03:46 Reply
        • Oui, personne ne semble vouloir se rendre compte que c’est “un petit bout” multiplié par des milliers de touristes quotidiens ! Personnellement j’ai eu l’occasion de faire du volontariat dans un centre de réhabilitation animalier. Le problème numéro un c’était les animaux tués par des chauffards, et le problème numéro deux c’était ceux auxquels des gens avaient donné n’importe quoi à manger (pain, chips, biscuits, etc)… la majorité de ces animaux-là développent de tels problèmes rénaux qu’un jour ils ne peuvent même plus se lever pour marcher, et quand ce jour arrive même le meilleur des vétos ne peut plus rien faire pour eux, il faut les euthanasier. Peut-être que ça calmerait certains des petits touristes malins si eux aussi devaient consoler une “wildlife carer” en larmes parce qu’elle a dû une fois de plus éliminer un de ces animaux en phase terminale…

          Toothbrush 3 April 2012 at 04:00

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A propos

Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.

Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.

Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !

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