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France

Le monde souterrain

0324_le_grand_rex Dimanche dernier, Samuel, Julia et moi sommes descendus pour une petite balade dans les carrières du Puiselet, sous les bois de Fontainebleau. L’occasion de revenir en images et en pensées sur ce drôle d’univers qu’est celui de l’exploration urbaine…

Partir en explo, c’est d’abord revêtir sa tenue de travail : nos habits cataphiles sont tachés, troués, abîmés, trop larges ou défoncés ; ce sont des fringues qui ont déjà tout vu et n’ont plus peur de rien. Au sommet de cet uniforme dépenaillé s’ajoute la couronne de la frontale, protubérance troisième œil sans laquelle rien ne serait possible.

En bas, on évolue dans l’univers muet de l’obscurité, dans un dédale de couloirs sans repères et sans sons, un vide au creux de la terre. Ici, j’ai conscience d’être dans un monde qui n’est pas le mien, et dont seul le guide comprend les secrets que j’aperçois en simple spectactrice.

0328_digger A la sortie d’une courte chattière, on débouche parfois sur de vastes salles. Dans l’éclat monocorde de nos lampes électriques, ces habitacles troglodytes paraissent ternes, mornes et fades. Ils ne cèdent pas leurs charmes au premier regard. Il faut alors prendre le temps de s’arrêter. Des entrailles d’un sac poussiéreux et bousillé, on extraie précautionneusement la petite boîte de fer qui renferme notre plus précieux trésor : le briquet grille la première mèche, et les bougies passent de main à main ; on se disperse pour les disposer dans des niches et les planter dans le sable. A leur lueur, la salle semble muer et s’éveiller à une nouvelle vie de flamme et d’ombre, qui l’enrobe de teintes orangées et réhausse ses reliefs.

C’est à ce moment que les appareils photo s’échappent de leurs sacoches pour venir se visser sur des trépieds et tenter de capturer la vision d’un éphémére sanctuaire. Les clichés sont mis en scène, installation de l’éclairage oblige, pourtant il semble difficile de qualifier d’artificiel un résultat obtenu par des moyens si rudimentaires qu’ils en paraissent tout naturels.

0331_deau_et_de_sable A l’obscurité et au silence s’ajoute un troisième élément omniprésent : la fraîcheur. Si les 15° ambiants sont propices à la marche et au mouvement, ils deviennent vite un froid insidieux et pénétrant après une dizaine de minutes passées assis dans un squat, à goûter l’étrange sérénité qui règne en ces lieux désertés.

En bas, je l’admets, je ne me sens pas toujours si à l’aise. A la vue de gigantesques pavés de roc récemment effondrés du plafond, ou même simplement de Samuel qui dégage une chattière bouchée en pelletant des brassées de sable à foison avant qu’on ne s’enfile dans l’étroit conduit dont tous les contours sont faits du même sable… des filaments d’angoisse m’effleurent parfois à cette sensation oppressante donnée par le poids des centaines de mètres cube de matière suspendue au-dessus de nos têtes à la force de la portée.

Au monde souterrain, je viens en humble visiteur, parfois incertaine de savoir si j’aime réellement cela ou non. Mais ce que je sais, c’est qu’à l’esprit ouvert, l’exploration urbaine est bien plus qu’il n’y parait.

Galerie photo Galerie photo : Exploration urbaine

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Discussion

Un commentaire sur “Le monde souterrain”

  1. Brr, tu me fais froid dans le dos mais les photos sont magnifiques!

    Ecrit par Stef | 20 September 2009, 03:48

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