Abel Tasman : Inland Track

3873  250x 0128 setting out for the first time Abel Tasman : Inland Track Il y a quelques temps, je vous ai relaté l’émerveillement ressenti lors de mes 6 jours de randonnée sur l’Abel Tasman Coast Track, l’une des « Great Walks » les plus populaires de Nouvelle-Zélande. Mais ce que je ne vous ai pas dit, c’est qu’avant qu’on s’élance le long de la côte, il y a eu un coup d’essai dans le même parc, côté collines : bienvenue sur les sentiers esseulés de l’Inland Track.

L’Inland Track reprend exactement le même principe que la Coast Track, à savoir : il s’agit d’une traversée complète du parc national d’Abel Tasman sur un axe nord-sud. A la différence qu’au lieu de longer la côte pour aller de plage en plage idyllique, l’Inland vous garde dans l’intérieur du parc : la majorité de la randonnée se passe en forêt, et quelques points de vue dépassant de ci de là de la tonsure des arbres offrent une vue imprenable sur la côte. Il s’agit donc d’une marche très différente, permettant d’apprendre à connaître une autre facette de l’Abel Tasman mais aussi, et c’est important, d’éviter les foules ! Sur ce sentier, vous ne rencontrerez généralement pas un chat, alors même que des centaines de personnes se pressent sur le chemin côtier. De quoi satisfaire les amateurs de nature et de tranquillité (les asociaux comme moi, quoi).

Pour notre part, nous avions décidé de n’effectuer qu’une partie de l’Inland Track : l’idée était de commencer notre marche depuis la route de Canaan Downs, dans les collines, et de là suivre les sentiers jusqu’à rejoindre la côte à hauteur de Marahau, l’entrée sud du parc. Cet itinéraire ne nous prendrait que 2 jours / 1 nuit : une « grande » randonnée délibérément courte afin de tester notre matériel et de voir ce que ça fait de se balader avec 12 kilos sur le dos, avant de se jeter dans des marches plus longues comme la Coast Track. Si j’avais choisi l’Inland en guise d’entraînement ou de préambule, c’était pour deux raisons : 1. Nous habitions à proximité, et 2. J’avais déjà fait cette balade 3 ans auparavant… en une seule journée ! Bien sûr, cette journée avait été intense : 10H de marche, presque non-stop, pour arriver à Marahau sur les rotules avec les pieds en lambeaux, petite erreur de calcul oblige (cf. l’article « Leçon de remise en forme » pour les curieux). Mais ma logique à moi, ce coup-ci, était la suivante : si j’ai pu la faire en une journée en dégustant ma race, on doit bien pouvoir la faire en 2 jours sans le moindre problème. Faux.

3875  600x 0137 the first viewpoint Abel Tasman : Inland Track

Le soleil brille lorsqu’on se met en route pour le début de la balade. Sans pitié, on a mis Alex à contribution afin qu’il nous dépose à Canaan Downs. Sur le parking, on lui dit au revoir, on le regarde s’en aller et puis on enfile nos sacs pour commencer à marcher : le début du chemin se présente sous forme d’une vieille piste de 4×4 à demi-recouverte d’herbe offrant des vues tous azimuts sur les collines et champs environnants, des pâturages bien verts où broutent paisiblement quelques moutons bien blancs. La première heure est facile, peinarde, tranquille, et après ça monte raide : la piste se change maintenant en sentier en bonne et due forme et part aussi sec à l’assaut des collines. Un dernier regard sur le vallon et, au loin, les montagnes encore enneigées de Kahurangi National Park, et nous disparaissons sous les arbres pour poursuivre notre montée dans une forêt dense où nous passons de la lumière à l’ombre. Les arbres sont typiques de la Nouvelle-Zélande : de grands hêtres moussus se mélangent aux silhouettes courbes de fins dracophyllums. Dracophyllum ? Quel drôle de nom ! Il signifie « feuille de dragon » en latin, et dans le langage courant le dracophyllum est aussi appelé « spiderwood » (bois araignée) – tout un programme ! Il s’agit d’arbres à l’allure primitive, avec des troncs minces et multiples couronnés de touffes de « palmes ». Leur apparence est frappante, et ils sont sans doute l’une des caractéristiques les plus intéressantes des bois néo-zélandais.

3882  600x 0147 cabbage tree bush Abel Tasman : Inland Track

A l’heure du déjeuner, on quitte brièvement la forêt pour déboucher sur une grande clairière. Mine de rien, nous sommes maintenant à un peu plus de 1000m d’altitude et le bassin de Moa Park constitue une enclave subalpine au cœur de la forêt. Ici, ce sont les buissons et le « tussock », ces touffes d’herbe dorée, qui dominent autour d’un petit ruisseau peu profond où Cécile a l’occasion de nettoyer un peu la coque de boue qui recouvre une de ses bottes après un faux pas sur le sentier humide de la forêt ! Non loin se trouve un refuge : une ancienne hutte laissée à l’abandon, ce ne sont que quelques plaques de tôle fournissant un toit et quatre murs qui doivent être bienvenus en cas de mauvais temps. Nous n’en aurons pas besoin : il fait toujours aussi beau (et chaud !) et nous cassons la croûte dehors dans l’herbe. Pitta, salami, tranche de cheddar : nous voici rassasiées. Après un peu de farniente au soleil nous reprenons la marche. Jusqu’ici tout va bien, très bien.

3885  600x 0153 the view from porter rock Abel Tasman : Inland Track

De retour dans la forêt, nous arrivons bientôt à un détour. On laisse nos sacs sous le couvert des arbres à côté du sentier, et on s’en va le dos léger jusqu’à Porter Rock : un gros bloc de granite dépasse brutalement des arbres, et en l’escaladant nous obtenons notre première vue sur l’océan et la superbe côte de l’Abel Tasman. En direction du sud, nous voyons Marahau, Motueka et la baie de Tasman s’étaler à nos pieds, et même Nelson à l’horizon. En direction du nord, les collines s’écartent juste assez pour révéler un aperçu d’Awaroa Inlet, un estuaire où sable et eau s’enchevêtrent en une complexe calligraphie. On en prend plein les yeux avant de revenir au sentier principal… et là, c’est le drame ! Enfin, pas tout de suite, mais presque. Cécile, qui n’a pas autant l’habitude que moi d’aller crapahuter par monts et par vaux, commence à avoir un coup de barre. C’est anodin, mais le problème c’est que ce petit coup de mou va vite être aggravé par l’état du reste du sentier : la présence de larges flaques de boue et d’une quantité invraisemblable de racines prêtes à faire trébucher le randonneur inattentif demandent une concentration constante pour savoir où on met les pieds. A cela s’ajoute un dénivelé assez raide : cette fois, on descend, mais cela n’en rend la tâche de ne pas glisser que plus difficile, d’autant que le sentier a été ravagé par les méfaits de l’érosion, et par conséquent devient plutôt raviné par endroits. Après 3 ans de balades en Australie, et une première fois épique sur l’Inland lors de mon premier séjour en Nouvelle-Zélande, ce chemin défoncé ne me perturbe pas plus que ça. Cécile, en revanche, peine à suivre et la fin de journée se transforme en véritable épreuve d’endurance pour elle. De cette dichotomie, il faut bien tirer une conclusion : l’Inland Track n’est pas adaptée aux débutants, et c’était une erreur de ma part de la choisir comme randonnée d’entraînement.

3889  600x 0157 beautiful details Abel Tasman : Inland Track 3897  600x 0173 castle rocks hut in the morning light Abel Tasman : Inland Track

Heureusement, sur les coups de 17H nous déboulons hors de la forêt dans la petite clairière qui accueille la hutte de Caste Rocks. Il n’y a personne. D’ailleurs, depuis que nous avons dit au revoir à Alex ce matin, nous n’avons pas vu âme qui vive sur ce chemin : nous sommes seules. En termes d’éviter les foules, l’Inland Track remplit donc son contrat. Son autre avantage vis-à-vis de la Coast Track, c’est que comme ce n’est pas une Great Walk, elle est beaucoup, beaucoup moins coûteuse : dormir dans la hutte de Castle Rocks revient à peine à NZ$5/personne/nuit. Planter la tente à côté, comme nous le faisons, est gratuit. J’abandonne brièvement Cécile sur le porche de la hutte pour aller faire un petit saut jusqu’au point de vue de Castle Rocks, qui donne son nom à la hutte : encore un morceau de sentier explosé qui monte raide, avec en prime des ajoncs sur le côté histoire de bien s’écorcher la main quand on glisse et qu’on essaie de se rattraper. Aïe ! C’est pas grave, ça vaut le coup quand même : dans la lumière diminuée du couchant une vallée se déroule sous mes pieds jusqu’à déboucher sur Marahau. Sans aucun doute l’un des plus beaux panoramas du parc !

3891  600x 0163 a fantastic view from castle rocks Abel Tasman : Inland Track

De retour à la hutte, on monte la tente vite fait bien fait et on teste pour la première fois le repas déshydraté : il suffit de faire bouillir de l’eau avec notre petit réchaud, verser dans le sachet, refermer ce dernier et attendre 20 minutes pour déguster un plat de poulet avec du riz. Le résultat, sans être extrêmement gastronomique, est tout à fait acceptable compte tenu de la rapidité et facilité de la préparation, et surtout de la légèreté du produit qui nous permet de ne pas être chargées comme des mules. Un thé après le dîner, quelques carrés de chocolat pour le moral des troupes, et on se couche tôt pour récupérer.

3899  400x 0177 multiple creek crossings Abel Tasman : Inland Track 3901  400x 0180 watery steps Abel Tasman : Inland Track

Le lendemain, je suis debout à 6H30 pour repartir grimper à Castle Rocks et prendre une photo du lever de soleil, pendant que Cécile grappille quelques précieuses minutes de sommeil supplémentaire. Petit-déjeuner à la hutte, et il est temps de partir… oui mais sauf que, il faut d’abord ranger la tente qui est clairement moins facile à démonter et surtout replier qu’elle ne l’a été à mettre en place. Après un petit moment de confusion, Cécile la Sagace retrouve méthodiquement tous les plis nécessaires à assurer le bon compactage de la tente et nous voici parties. C’est tout de même un peu mieux que ma technique à moi, qui consisterait à m’énerver, en avoir marre et bourrer la tente dans son sac en la faisant par la même dépasser de partout… j’ai peut-être l’avantage niveau marche avec ma capacité à crapahuter par tous temps tous terrains le sourire aux lèvres, mais quand il s’agit d’organiser le matériel et faire les choses intelligemment, vive ma moitié !

3907  600x 0196 final descent to marahau Abel Tasman : Inland Track

Le programme de notre seconde journée de marche : 15 bornes jusqu’à Marahau, principalement en descente. C’est le retour du sentier pourri plein de boue et de racines (comme je les aime, en fait, il faut l’avouer), mais heureusement aujourd’hui Cécile a repris un peu de poil de la bête et nous avons dépassé le pire des passages érodés, rendant la progression un peu moins difficile. Manque de pot Cécile se découvre quand même un nouvel ennemi : le passage à gué ! Au fil de la journée on traverse un certain nombre de ruisseaux, certes minuscules, mais impliquant néanmoins de négocier des passages un peu casse-gueule sur des rochers mouillés. Notre première pause de la journée est pour le déjeuner à Holyoake Shelter. Il y a 3 ans, le refuge n’était qu’un abri misérable et rustique, à l’extérieur basique et mal entretenu et à l’intérieur sombre et crasseux. Maintenant, il a disparu pour laisser place à un tout nouveau refuge, flambant neuf, bien construit, propre et lumineux. Quel choc !

3916  200x 0211 blisters Abel Tasman : Inland Track Après le déjeuner, le sentier devient de nouveau plus facile, la boue et les racines se font maintenant rares, le sol est bien plus sec sous nos pieds : normal, les bois sont maintenant moins denses, plus ouverts à la lumière du soleil, et par conséquent moins humides. Cerise sur le gâteau, on profite maintenant de plusieurs points de vue sur la côte : on voit la pointe d’Anchorage, la silhouette bossue d’Adele Island qui dépasse des flots bleus de la baie de Tasman, et les sables de Marahau qui se rapprochent de plus en plus à chacun de nos pas. Voilà de quoi motiver les troupes, d’autant que le soleil brille toujours aussi fort dans le ciel ! La descente se poursuit inlassablement, jusqu’à ce que soudain, presque sans préavis, on rejoigne la Coast Track. Le contraste est saisissant, la différence instantanée : brutalement, nous voici sur un chemin large, plat, bien entretenu, et fréquenté par d’autres randonneurs que nous ! Pour la première fois depuis que nous avons commencé notre rando, nous croisons d’autres personnes. D’ici, on le sait, il n’y aura plus aucun problème pour rejoindre Marahau si ce n’est faire taire nos pieds fatigués. Mais peu importe, on a une excellente raison de continuer à avancer.

A Marahau, il y a un café. Deux bières bien fraîches, s’il vous plait !

galerie Abel Tasman : Inland Track Galerie photo : Abel Tasman Inland Track

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Déjà 4 commentaires sur ce post, on attend le tiens !

  1. En effet vu les quelques photos ça a l’air du sérieux comme piste. Et vu que c’est surtout de la forêt avec un fort dénivelé, ça doit être ça qui décourage les touristes. Y a peut-être aussi le fait qu’ils sont tous avec leur Lonely Planet à la main qui ne doit leur parler que de la coastal walk…

    En arrivant en Australie j’ai été choqué de tous les aménagements le long des pistes (mon expérience des randos étant surtout la chaîne des Pyrénées, où là les boardwalks, les escaliers ou les grillages au sol n’existent pas), surtout en Tasmanie et dans le Victoria. Dans le Top End, y a des sections plus roots avec traversée de rivière etc… Mais au pays des kiwis ça a l’air différent niveau aménagement, en dehors des great walks en tout cas, et je pense que je vais me prendre des bonnes chaussures de marche étanches. J’en ai un peu marre de foutre en l’air une paire de tennis chaque fois que je fais un voyage lol.

    Hallu 24 May 2012 at 10:33 Reply
    • Il y a des pistes nature en Australie aussi, je trouve, simplement ça varie beaucoup de sentier à sentier, et les pistes plus nature ne sont pas les plus connues. Pour prendre un exemple dans le Victoria : dans les Grampians, la randonnée jusqu’aux Pinnacles est très connue, du coup dans certains endroits (Grand Canyon) il a un peu trop d’infrastructures pour aider le passage. En revanche quand on va faire d’autres randos comme le mont Difficult (ou même Hollow Mountain) on est tranquille, avec un sentier super sympa et quelques passages de “rock scrambling”. Pour ce qui est de la Tasmanie, les boardwalks sont parfois une bénédiction pour éviter de se retrouver dans l’eau et la boue jusqu’aux genoux (par exemple à South Cape Bay !).

      En Nouvelle-Zélande, du coup, c’est un peu pareil comme tu l’as déjà compris, des marches très bien entretenues comme les Great Walks, et d’autres où il faut affronter pas mal de boue, beaucoup de racines, et des passages à gué plus ou moins casse-gueule (ça c’est clairement un plus gros problème ici qu’en Oz !).

      Toothbrush 24 May 2012 at 21:44 Reply
  2. Ahah Stef, vu ce que j’avais entendu, j’aurais effectivement fait la Coast Track pour m’entraîner pour l’inland, mais bon, vous y êtes arrivés :)

    Stephanie_flyaway 24 May 2012 at 21:04 Reply
    • Oui, c’était sans doute très idiot de ma part que de faire l’inverse. Je me suis laissée aveugler par la logique de “si j’ai pu la faire en 1 journée, la faire en 2 jours ça devrait être facile” + vouloir commencer par une marche de 2 jours avant de se lancer dans une grande randonnée de 6 jours, notamment au cas où il y ait un souci niveau matériel. Ceci dit il y a eu une seconde marche d’entraînement avant la Coast Track, et cette fois je l’avais beaucoup mieux choisi… même si la météo n’avait pas coopéré ! Mais ça, c’est une autre histoire, pour la prochaine fois ;)

      Toothbrush 24 May 2012 at 21:46 Reply

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A propos

Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.

Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.

Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !

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