Dans l’épique saga de la découverte de la grande randonnée en Nouvelle-Zélande, je vous ai déjà conté 2 épisodes : la Coast Track et l’Inland Track du parc national d’Abel Tasman. Entre les deux, il s’est toutefois glissé un autre interlude nature dans l’intérieur des terres, au creux du Kahurangi National Park, pour arpenter la vallée de Cobb. Une chance pour moi de rattraper mes erreurs de l’Inland en diminuant le niveau de difficulté. Mission réussie ? A vous de voir !
Petite piqûre de rappel pour ceux qui n’ont pas suivi : lors de notre première randonnée d’entraînement sur l’Inland Track, je me suis rendu compte trop tard que j’avais placé la barre bien trop haut pour ma compagne, un peu moins casse-cou et indestructible que moi. S’en est suivi une marche certes très belle, mais néanmoins trop dure pour être véritablement agréable pour elle, sentiers ravinés et truffés de boue et de racines obligent.
Du coup, avec la marche suivante, dernier entraînement avant notre départ pour 6 jours sur la Coast Track, j’ai passé bien plus de temps à potasser les prospectus de la DOC (Department of Conservation, l’office des parcs nationaux) pour trouver une petite randonnée tranquille et plutôt facile, histoire d’éviter de dégoûter complètement ma copine de venir courir dans la forêt avec moi. Nous voici donc en route de bon matin pour la Cobb Valley Track : un chemin plat de 14 km qui, au creux d’une vallée, suit le cours d’une rivière jusqu’à rejoindre une petite hutte non loin d’un lac. Pour y arriver, il va falloir d’abord se taper 2H de route : le sentier démarre de l’autre côté de la colline de Takaka, dans la région de Golden Bay. La route bitumée monte en lacets au sommet de cette mini montagne, et lorsque l’on redescend de l’autre côté la brume matinale se dissipe peu à peu pour révéler des morceaux de campagne ensoleillée dans la vallée. La journée s’annonce bien.
La route, elle, s’annonce un peu tendue : une fois la colline de Takaka franchie, nous dévions rapidement de l’autoroute pour nous engager sur une petite route rurale étroite qui s’enfonce dans les collines du Kahurangi, à flanc de falaise, surplombant le cours tumultueux de la rivière Cobb. C’est très beau, et très impressionnant ! Autant dire qu’entre les lacets et les virages à angle mort nous ne roulons pas trop vite, surtout quand le bitume laisse place à une surface de graviers. C’est à la fois une sensation de regret et de soulagement que d’arriver au sommet de la route, où l’on s’arrête quelques minutes pour contempler une vue superbe sur Cobb Dam : ce lac artificiel a été créé par un barrage, et si ordinairement je ne suis pas fan des modifications apportées par l’Homme aux paysages naturels, pour le coup je veux bien faire une exception. Etendue d’eau bleue nichée entre des chaînes de montagnes encore saupoudrées de neige, le réservoir est splendide.
Pour notre part, on remonte à bord de notre fidèle véhicule (enfin… fidèle, c’est vite dit) et l’on continue la route qui nous emmène jusqu’à l’autre bout du lac, le long de sa rive sud. A la fin de la route, nous laissons la voiture sur un parking : ici démarre le sentier menant dans les tréfonds de la Cobb Valley. Quelques weka fourragent dans les environs, mais nous les laissons vite derrière nous en nous engageant sur la track : la piste est exactement comme je le voulais, agréable, facile et douce. L’environnement qui nous entoure est très beau lui aussi, et pendant les 2 heures qui suivent nous alternons entre passages à travers des forêts de hêtres, et passages à découvert sur les étendues herbeuses qui entourent la rivière Cobb. Ces derniers offrent de jolies vues non seulement sur le cours de la rivière, toujours aussi vif, mais aussi sur les montagnes qui nous encerclent de part et d’autre et donnent un cachet imposant et souverain aux lieux. Si dans l’Abel Tasman il règne presque parfois une ambiance d’île tropicale, dans la Cobb Valley on se rappelle plutôt pourquoi la Nouvelle-Zélande est le pays du Seigneur des Anneaux !
A l’heure du déjeuner, nous faisons une pause au bord de l’eau, à côté de Chaffey Hut : celle-ci, laissée à l’abandon depuis plusieurs années, est dans un état proche de la ruine. Elle se tient toute de traviole, dégage une odeur poussiéreuse et ne renferme que des vieux matelas de mousse à moitié pourris entre ses quatre murs percés de multiples trous, planches mal jointes obligent. Autant dire qu’on mange dehors, à côté de la rivière ! La météo est indécise, le ciel hésite entre nuages et soleil et la brise est fraîche. Après un moment de détente au bord de l’eau, on reprend notre chemin. Peu à peu, les espaces découverts ne sont plus composés d’herbe verte, mais des brins dorés du tussock. Le paysage prend des couleurs plus chaudes, presque automnales, devient un peu plus exotique, se coule de clément à sauvage. On ne croise que trois personnes en tout. Sur notre chemin, on trouve aussi un autre refuge rustique, Tent Camp : cette fois il ne s’agit même pas d’une hutte, mais simplement d’une ossature de bois recouverte d’une toile épaisse et rugueuse formant un abri sombre et basique. Là encore, on dira simplement « non merci » !
Notre destination à nous n’est plus très éloignée, et bien plus confortable : après un dernier passage en forêt, nous atteignons Cobb Hut : il s’agit d’une toute petite hutte, avec des lits pour 4 personnes, entièrement faite de tôle. Dehors, les murs sont vert vif, le toit rouge. Elle est pleine de charme, cette petite hutte, et paraît tout droit sortie d’un conte de fée ou d’une épopée fantastique. Son seul défaut ? Elle n’est pas équipée d’un poêle à bois, et il est donc impossible de la chauffer. Tant pis ! Au moins, ici, il n’y a personne. Avec la rivière qui coule derrière la hutte, où nous allons chercher de l’eau pour notre dîner, et la clairière voisine qui offre un dernier aperçu des montagnes sous un pan de ciel bleu, on croirait s’être déniché un véritable jardin secret. Le fin du fin ? La hutte étant classifiée « basique » par la DOC, il est totalement gratuit d’y dormir ! Pour une fois, nous ne planterons donc pas la tente, et on profite pleinement de notre « petite maison dans la prairie ».
Vous vous rappelez le pan de ciel bleu que je viens tout juste de vous décrire ? Eh bien, c’est le dernier ciel bleu que nous verrons de toute la rando ! Le lendemain, le temps est gris, humide, le brouillard lourd coule jusqu’au fond de la vallée et il bruine légèrement. On paresse dans notre petite hutte (en bons rats de bibliothèque, nous avions justement emmené de la lecture au cas où !) avant de se décider à revêtir nos vestes imperméables pour une petite sortie jusqu’au lac Cobb, à une demi-heure de là de l’autre côté d’une petite colline où les palmes sèches des dracophyllum, étalées sur le sol du sous-bois, me rappellent momentanément les tapis d’écorce d’eucalyptus que l’on trouve dans les forêts australiennes. Nostalgie.
Le lac Cobb, nous n’en verrons pas grand-chose : par ce temps maussade, l’eau est grise, et l’autre rive du lac a disparu, gobée par la brume. Quelques canards glissent sur la surface de l’eau, puis s’envolent et s’éloignent à grands cris. La visibilité est limitée, les rives du lac complètement détrempées, nous décidons de ne pas nous lancer dans une circumnavigation qui s’annoncerait probablement relativement pénible (et puis rappelons-nous, je suis là pour me faire pardonner de l’Inland Track, pas nous relancer dans de nouvelles galères !). On rentre à la hutte, mais ce ne sera pas notre seule sortie de la journée : un peu plus tard, une nouvelle demi-heure de marche dans une autre direction nous emmène jusqu’à Fenella Hut. Fenella, c’est tout le contraire de notre hutte à nous : elle est moderne, spacieuse, peinte de couleurs discrètes, et équipée d’un poêle et d’une gazinière. Mais du coup, elle est aussi « envahie » !
Une dizaine de personnes se sont établies dans la hutte, et le poêle fait feu de tout bois : à l’intérieur, l’atmosphère est presque équatoriale. On s’assoit sur les bancs qui entourent la table communale, et une tasse de thé au creux des mains, on discute avec les autres randonneurs : ce sont presque tous des kiwis, qui sont en train de se livrer à un trip épique de plus d’une semaine traversant des endroits assez obscurs du parc. Mes yeux se mettent à briller d’envie et de la bave me tombe du coin des lèvres à entendre tous ces récits de longue marche le long de crêtes aussi aiguisées qu’une lame de couteau, et Cécile quant à elle ne peut que rouler des yeux en pensant à toutes les tortures que lui réserve un avenir avec moi.
Ce moment de répit bien au chaud ne peut toutefois pas s’éterniser, et bientôt on chausse de nouveaux nos bottes détrempées pour aller arpenter des sentiers qui le sont tout autant, en direction d’un tarn voisin. Qu’est-ce qu’un « tarn », me direz-vous peut-être ? C’est simplement le nom que l’on donne aux étangs en milieu alpin. Celui-ci est censé être propice à la baignade, mais vu que 1. Ça caille, et 2. Nous n’avons pas besoin de nous baigner pour être trempées, on passe pour aujourd’hui ! Le détour vaut toutefois le coup : depuis le tarn, nous avons vue sur des chaînes caressées par le brouillard, et au loin la petite silhouette réconfortante de Fenella Hut. Très atmosphérique !
De retour à Cobb Hut, nous n’avons qu’une hâte, celle d’enlever nos vêtements gorgés d’eau pour enfiler nos vêtements de rechange, délicieusement secs. Aaah… quel bonheur. Alors que Fenella était presque étouffante de chaleur et de monde, Cobb Hut est toujours aussi calme, solitaire… et un peu froide, quand même ! Un dîner et un thé tous deux biens chauds nous requinquent un peu, puis il est temps de se mettre au lit en se blottissant bien au fond de nos sacs de couchage respectifs. Cécile dormira plutôt bien dans le sien, un sac synthétique aussi énorme que chaud, mais pour ma part je me les gèle un peu toute la nuit : mon sac premier prix tout fin n’est pas très adapté aux nuits néo-zélandaises à plus de 900m d’altitude dans les montagnes. Au réveil, mes jambes sont douloureuses d’être restées crispées toute la nuit dans la même position pour tenter de garder leur chaleur.
Le lendemain, après le petit-déj, il est temps de repartir : aujourd’hui, on rentre. Le temps est toujours aussi gris, et on a beau attendre un peu au cas où cela s’éclaircisse, il faut bien finir par se rendre à l’évidence : le retour se fera sous la pluie. C’est aussi ça, la Nouvelle-Zélande ! On se met en route, et en l’espace de quelques minutes on se retrouve complètement trempées des pieds à la taille : les tussocks qui entourent le sentier sont en effet couverts de gouttes d’eau, et il est impossible de passer sans les effleurer. Tant pis ! Avec la pluie qui est tombée hier et dans la nuit, le sentier lui-même s’est maintenant transformé en minuscule ruisseau : de l’eau coule de partout sous nos pas. Le niveau des vrais ruisseaux, quant à lui, a augmenté. Les passages à gué que nous avions dû franchir pour arriver jusqu’à la hutte avaient été plutôt aisés dans l’ensemble, grâce à des pierres émergentes judicieusement placées. Ces mêmes pierres qui sont maintenant sous l’eau ! Il faut donc maintenant faire preuve d’un peu plus de concentration et d’un bon sens de l’équilibre pour passer sans se casser la figure. Pour éviter de devoir carrément marcher dans l’eau jusqu’aux chevilles ou aux genoux, nous allons parfois en reconnaissance en amont et en aval du sentier afin de trouver des passages nous permettant de garder les pieds (relativement) au sec.
Toute cette histoire ne vous parait pas très séduisante ? C’est vrai, avoir froid, être trempé, ce n’est pas très agréable. Mais pourtant, cette météo révèle aussi une nouvelle beauté dans le paysage qui nous entoure, une beauté faite de brume s’enroulant autour des sommets et de dizaines de cascades éphémères qui jaillissent des pentes de la vallée. Une impression de puissance sauvage, indomptable, mais pas pour autant menaçante.
Et puis, vous vous souvenez de Chaffey Hut, le refuge délabré qui ne nous avait pas du tout convaincues à l’aller ? Maintenant, c’est devenu à nos yeux un véritable palace ! Rendez-vous compte : à l’intérieur, c’est sec. SEC ! On s’y arrête pour le déjeuner avec une joie indicible, le temps de manger un bout, se faire une bonne tasse de thé pour se réchauffer un coup et tenter désespérément de « sécher » l’intérieur de nos bottes en les bourrant de papier journal trouvé là. Après, ne reste plus qu’à glisser une nouvelle fois nos petits petons dans leur intérieur toujours humide et froid, et marcher les derniers kilomètres jusqu’à notre van, où nous pourrons à nouveau revêtir nos vêtements de rechange sec avant de prendre la route pour rentrer à la maison.
Bilan de la Cobb Valley Track ? Le sentier était facile, les conditions météo un peu moins. Alors que je pensais que la pluie et les passages à gué rendus difficile par la montée des eaux poseraient des problèmes à Cécile, elle ne s’est jamais plainte et a gardé le sourire et le sens de l’humour jusqu’au bout. Pas de doute, on va en faire une grande randonneuse !
Galerie photo : Cobb Valley Track
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !
Kahurangi je connais personne qui le fait. Apparemment y a très peu de routes qui y passent, les sentiers sont très longs, du coup personne n’y va. Tu peux le faire de l’autre côté aussi en passant par Karamea, qui semble être un coin très paumé que personne ne fait (et donc que tu as ou bien vas faire je suppose ? lol).
D’ailleurs tu connais peut-être un bouquin nommé NZ Frenzy (celui sur l’île du Sud). Si non, c’est fait par un américain qui a passé 5 ans en NZ, et qui a compilé les coins cachés et reculés, tout en évaluant aussi les coins touristiques, avec des trucs pour éviter la foule, que faire quand il ne fait pas beau etc… C’est très bien fait, c’est un langage clair (il ne se prive pour dire que Abel Tasman à part la partie Nord, ce n’est pas à faire, que les sandflies sont très chiantes, plus que ce que les guides prétendent), et c’est couplé à des endroits qu’il a rajouté sur google maps, et à des photos flickr. Y a vraiment des trucs que je n’aurais jamais trouvés par moi-même (type une fresque géante Maori planquée derrière un café dont seul le gérant connaît la route ou presque).
Non, je ne connaissais pas NZ Frenzy, j’essaierai de me renseigner dessus.
!
Comme l’a dit Steph, Karamea est un effet paumée. Je n’y ai pas encore été, mais j’en rêve déjà depuis un moment.
J’ai fait d’autres randonnées dans le Kahurangi, je vous en parlerai dans les mois qui viennent
Les NZ Frenzy sont dispo dans les boutiques “Bivouac Outdoor shops” en NZ : http://www.nzfrenzy.com/ , il en a fait un sur l’île du Nord aussi. C’est un petit bouquin en noir et blanc, pas donné non plus (25 $NZ), mais c’est truffé d’infos utiles, il les a écrits entre autres parce qu’il en avait marre des infos trop vagues du DOC ou de l’absence d’infos sur certains sites. J’ai le sentiment que ça va te plaire =)
J’ai téléchargé les chapitres gratuits qu’il donne en échantillon sur son site, effectivement ce guide a un bon petit capital sympathie. Mais fondamentalement, ça ne peut pas être pour moi : je voyage toujours sans guide !
Quelle adorable conclusion. Oui, courage, Cécile !
Je rebondis sur le commentaire de Hallu. De 1, je te confirme que Karamea est plutôt isolé mais renferme l’Oparara Bassin qui est une pure merveille ! Et de 2, merci la référence de NZ Frenzy, ça a l’air super intéressant même pour moi qui ne suis plus en NZ