Des routes et des bougies

2293  200x 219 Blue Boy Des routes et des bougies Qu’il est bon, qu’il est doux, de retrouver la vie des routes. Le bitume néo-zélandais nous aspire vers le sud, laisse nos yeux s’abreuver à la vue de la puissante rivière Buller aux flots clairs. Nos promenades nous emmènent dans la forêt enchantée de Johnsons Creek, et le long de la côte battue par les vents de Cape Foulwind le bien-nommé, jusqu’à la colonie d’otaries de Tauranga Bay. Sur la côte ouest, on découvre les jungles verdoyantes du Paparoa National Park, qui descendent jusqu’aux falaises mordues par l’océan, aux roches sculptées par l’érosion de Pancake Rocks. On campe au bord de mer (et d’autoroute !), face au couchant, non loin de Barrytown. Demain, les ennuis commencent.

Au réveil, on décide de mettre les voiles pour aller petit-déjeuner ailleurs, dans le seul but d’échapper aux fameuses sandflies qui continuent à nous harceler chaque fois que nous campons non loin d’un point d’eau. Oui, mais Blue Boy (notre van), lui, il a autre chose en tête : une belle grasse mat’. Le moteur hoquète et grince lamentablement, sans parvenir à démarrer. Il y deux semaines, il nous a déjà fait le coup chez Alex : il s’agissait d’un problème de bougies qui nous a coûté NZ$370 de réparations chez le garagiste glandu du coin. Aujourd’hui, quinze jours plus tard, rebelotte.

Dans ce genre de cas, ça ne sert à rien de s’énerver. Aussi frustrant soit le sentiment de s’être fait joliment arnaqué, le garagiste glandu responsable n’est pas là pour endurer notre colère. Au lieu de se laisser aller à la bougonnerie, on met le café à chauffer : finalement, on prendra notre ptit-déj ici, voilà tout ! Une fois le ventre plein, il faut passer à l’action pour rejoindre la civilisation. Heureusement, on est donc au bord de l’autoroute ! En deux minutes, on arrête le premier 4×4 à passer par là. Le conducteur descend, on lui explique notre cas. Il nous suggère alors la pratique d’un art ancestral : le Tow Start.

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Littéralement, « tow start » veut simplement dire « démarrer en étant remorqué ». En fait, c’est exactement le même principe que dans le film Little Miss Sunshine : le van peut démarrer, mais seulement en deuxième ou troisième. Comme nous n’avons pas de famille à rallonge à disposition pour pousser, ni de colline à dévaler en l’occurrence, nous allons gagner de l’élan en nous faisant remorquer par le vaillant 4×4. Nous pourrons alors enclencher les vitesses, et faire démarrer Blue Boy. Notre sauveur va chercher une vieille corde pourrie dans son coffre. Elle casse deux fois, mais la troisième est la bonne : on est remorqué, on roule et… on démarre ! On peut alors s’arrêter pour détacher la corde : le tout, c’est de laisser le moteur tourner.

On remercie notre sauveur, et on repart chacun vers nos propres destinations. Pour nous, il s’agit de Greymouth, la prochaine ville principale. Comme souvent, notre timing est impeccable : c’est samedi, les garages sont fermés pour le week-end. On laisse le moteur tourner, le temps d’acheter une corde de remorquage à nous. Et puis, on réfléchit : sans van capable de démarrer tout seul, que va-t-on faire ? Sur un coup de tête, on décide de traverser l’île d’ouest en est pour se rendre à Christchurch, la plus grande cité de l’île sud : on espère y trouver des garagistes un peu moins cons. Et puis, surtout, on a un contact auprès d’hôtes HelpX dans la région, ce qui nous ferait un endroit où nous poser le temps que notre monture d’acier soit réparée – ou, si le pire arrive, un endroit où rester si notre van choisit de lâchement décéder.

2286  250x 218 To Arthurs Pass Des routes et des bougies Notre décision prise, on bifurque donc vers l’intérieur des terres. La route qui traverse l’île passe ici par le Arthur’s Pass National Park. On suit le large cours du fleuve Taramakau vers les montagnes. Les pics de certains sommets sont encore tachés de neige. Il fait un temps magnifique, quelques nuages blancs moutonnent dans le ciel azur. L’air est frais, les ruisseaux alpins nous régalent de leur cours bleu pur, bleu crystal. L’endroit est vraiment magnifique, et c’est avec grand regret qu’on sait qu’on doit se contenter de le traverser à la va-vite pour cause d’ennuis mécaniques… Malgré tout, on s’arrête le temps du déjeuner et d’une courte balade à travers la forêt jusqu’à Bridal Veil Falls. La promenade est superbe, mais à notre retour il nous faut bien évidemment à nouveau héler un bon samaritain pour nous remorquer et nous faire démarrer… notre corde est mise à profit, pas de doute !

La route qui s’étire devant nous est sans doute la plus belle que nous ayons parcouru en Nouvelle-Zélande jusque lors, et certainement la plus majestueuse. A travers les vastes plaines d’herbe sèche nichées au cœur des montagnes ; sensation de grands espaces, de puissance et de liberté. L’ombre géante des gros nuages blancs qui voguent dans le ciel file sur la plaine. Le soleil et le vent animent de vagues et de remous le tapis de tussock doré.

2288  200x 220 Devils Punchbowl Des routes et des bougies A mesure que l’on se rapproche de la côte est et qu’on s’éloigne du relief montagneux du centre de l’île, tout devient de plus en plus sec et poussiéreux, jusqu’à rejoindre les immenses plaines jaunies qui entourent Christchurch. Enfin, nous atteignons la ville. On s’arrête à une station essence, où le proprio jette un œil à notre Blue Boy. Il n’est pas vraiment mécano, mais il fait de son mieux pour nous aider. Rapidement, il trouve un fusible qui a sauté et le remplace par un neuf. Il nous explique qu’il ne sait pas si c’est là la cause de notre problème ou un symptôme, et qu’il faudra qu’on amène le van à un auto-électricien pour avoir un diagnostic en bonne et due forme. On le remercie, et on reprend la route. Nous n’avons pas vraiment envie de passer une nuit en ville, et on poursuit donc notre chemin en direction de la Banks Peninsula, où habitent les hôtes HelpX avec qui nous avons déjà échangé quelques e-mails. Bien sûr, il est un peu tard pour débarquer chez eux à l’improviste, et nous avons donc l’intention de simplement camper dans les environs pour la nuit.

On trouve notre bonheur sur les rives paisibles du lac Forsyth : des arbres bien étoffés nous offrent de leur ombre et de l’intimité, et la vue sur le lac et les collines qui l’entourent est jolie et apaisante après cette longue journée un peu mouvementée. La lumière chaude du coucher de soleil enveloppe la scène, et alors qu’on contemple tout cela depuis la rive on s’aperçoit que ce soir, il y a une cerise sur le gâteau.

Il n’y a pas de sandflies.

galerie Des routes et des bougies Galeries photo : West Coast ; Arthur’s Pass National Park

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A propos

Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.

Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.

Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !

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