Une randonnée en solo, plus de 36 km parcourus en 2 jours à travers les vallées et les sommets du Kahurangi National Park, et pendant 48H une succession de panoramas tous plus époustouflants les uns que les autres. Internaute, si tu as envie d’en prendre plein la vue, c’est ici et maintenant.
Comme tu l’as déjà compris si tu lis ToothbrushNomads régulièrement, ma partenaire et moi n’avons pas tout à fait le même niveau en randonnée. Et par “pas tout à fait le même niveau”, je veux bien sûr parler du niveau de masochisme
Par une superbe matinée d’été, je laisse donc Cécile derrière moi pour prendre seule la route du Kahurangi. La voiture abandonnée, les hostilités commencent ma foi fort paisiblement : il est 9h lorsque je m’engage sur le paisible sentier boisé qui suit le cours du Flora Stream, un beau petit ruisseau d’eau claire.
Jusque là, tout va bien. Le chemin alterne entre plat et douce descente, il est bien formé, et me fait visiter différents refuges : Flora Hut, et Upper et Lower Gridiron Shelters. Ce dernier, simple bivouac profitant de l’abri naturel fourni par d’immenses blocs de pierre, et à peine adapté par l’homme avec une table, une plate-forme de bois pour dormir et un morceau de tôle pour améliorer l’imperméabilité des lieux, est particulièrement sympa.
Comme toujours (ou presque) en Nouvelle-Zélande, j’enchaîne plusieurs traversées de torrent grâce à des ponts suspendus (“swingbridge” en anglais) bien pratiques, que je ne me lasse jamais de photographier.
Après une petite pause déjeuner (comprenez : une barre de muesli), il serait temps d’attaquer les choses sérieuses. Peu à peu, je quitte le cours de la rivière Flora pour emprunter la Bullock Track, qui s’attaque à monter la colline avec entrain. Dans la forêt, des panneaux moussus marquent l’intersection avec un autre chemin, la Cobb Ridge Track.
Je débouche bientôt sur des clairières d’herbe haute, plus ou moins marécageuses : Peat Flat. Sur la carte, j’avais repéré l’endroit comme un possible emplacement de camping. Il n’est toutefois que 14h30, et je décide donc naturellement de continuer ma marche. Le sentier, maintenant classifié “route”, devient discret et boueux, envahi d’herbes et de plantes, et par à l’assaut de Peel Ridge. De nouveau, ça monte sec, mais la récompense est à la hauteur de l’effort fourni avec des vues imprenables sur Cobb Dam, magnifique lac artificiel que j’avais déjà pu admirer sous un autre angle lors de notre randonnée sur la Cobb Valley Track.
La marche se poursuit le long de la crête, toujours plus haut, jusqu’à ce que soudain je passe sur l’autre versant de Peel Ridge : je laisse le lac derrière moi, et les étendues dégagées de la crête dévoilent maintenant Arthur Range, ma destination du lendemain.
Les lieux sont sublimes, mais la fatigue commence à me rattraper – il faut dire que les 15 kg que j’ai sur le dos (matériel de camping, tout ça tout ça, des essentiels comme le téléobjectif qui à lui seul pèse 1,2 kg…) n’aident pas. Mes pieds et mes épaules sont las, mais il n’y a d’autres choix que continuer à marcher vers la destination que je me suis fixée pour la nuit : Lake Peel.
Bon choix, non ? Ce lac est situé dans un cirque glaciaire, et constitue un cul-de-sac au fond d’une vallée. Le site est superbe, et il n’y a personne. En vérité, je n’ai pas croisé âme qui vive depuis que j’ai quitté les environs débonnaires de Flora Stream. Il est plus de 18h, et c’est un plaisir sans bornes autant qu’un soulagement salvateur que de poser mon sac, planter la tente et démarrer un petit feu pour faire le dîner.
Le terrain n’est pas idéal – là où le sol est plat et dégagé, il est aussi bien trop humide pour planter la tente, et il faut donc se résigner à dormir à moitié sur le tussock, ce qui fournit un sol assez inégal. Mais bon. Au vu du panorama qui m’attend au réveil, à l’aube, je ne vais pas trop me plaindre :
J’ai dormi comme un loir dans mon nouveau duvet, et c’est donc seulement au matin que je me rends compte à quel point il a fait froid durant la nuit. La tente est couverte d’une couche de gel craquant, et le ruisseau voisin dégage de la vapeur dès que le soleil vient à le frapper.
Après une grosse session photo et un bon petit-déj, je remballe mon barda, rendosse mon sac et me remet en marche : il est 8h15, et le chemin qui m’amène à suivre le sommet de Peel Range offre des vues à 360° sur les chaînes environnantes et les vallées boisées encore baignées de brume…
Je descends rapidement jusqu’à Balloon Hut, puis continue ma route vers Salisbury Lodge. Entre les deux, j’alterne entre étendues herbeuses et bosquets où la roche calcaire se mêle à la végétation pour créer de véritables sculptures naturelles…
Le “lodge” est une hutte spacieuse et bien équipée, dont les fenêtres révélent une vue parfaite sur ma prochaine destination : Gordons Pyramid, 1489m. Je fais une pause pour grignotter une barre de muesli, et je prends bien la mesure de tout ce qui m’attend aujourd’hui. La veille n’était qu’une mise en bouche. Aujourd’hui, c’est la pièce de résistance.
Il est environ 11h quand je quitte Salisbury. Je profite des environs immédiats de la hutte, où le terrain est encore facile et plat, et le paysage très agréable entre herbes hautes, étangs et montagnes.
J’ai beau savoir que la journée va être longue, que le sentier va être rude et que j’ai toujours mal aux pieds de la veille, je ne peux pas m’empêcher de faire un petit détour par les Potholes, des dépressions causées par l’affaissement de la roche calcaire souterraine, victime de l’érosion.
Il est ensuite temps d’attaquer l’ascencion de la fameuse pyramide. La première étape se passe en forêt. Mais pas n’importe quelle forêt, oh non. Le sentier est basique, plein de bourbiers, de racines et de roche qui ne demandent qu’à faire glisser ou trébucher le randonneur inadvertent, et surtout il est raide. Mais Raide. Avec un grand R. Très, très raide.
Tellement raide, en fait, que peu à peu les racines et les blocs de roche deviennent bien pratiques pour se hisser ! Mais ce passage plus ou moins cauchemardesque n’est que le début de la montée. Il reste encore pas mal de chemin à faire, et il sera raide jusqu’au bout.
J’arrive enfin au sommet, sur les coups de 13h. Mon sac tombe lourdement au sol, mais plutôt que de m’asseoir je sors l’appareil photo pour tenter de capturer la vue qui s’offre à moi !
L’appareil rangé, je me pose une vingtaine de minutes le temps de déjeuner et reprendre mon souffle, mais je sais que je ne peux pas me permettre de perdre trop de temps. La route est encore longue, certains nuages commencent à se faire bas et touchent légèrement le sommet de pics plus éloignés… par prudence, mieux vaut toujours se méfier de la météo en montagne, qui peut être très changeante. Il ne ferait pas bon être perdu dans la pluie et le brouillard ici ! Je reprends mon chemin, pour descendre du sommet par son autre versant.
Après avoir perdu un peu d’altitude, je jette un dernier regard en arrière vers cette foutue Gordons Pyramid, qui m’en aura fait bien baver !
Il ne faut toutefois pas se faire d’illusions : le Kahurangi n’en a pas encore fini avec moi ! Le chemin franchit plusieurs crêtes, montant et descendant entre chacune. L’une d’elle est tellement radicalement raide que je m’arrête un moment à son pied, incertaine d’être encore sur le sentier. Mais il n’y a nulle part ailleurs où aller, et je me hisse donc à la force des bras, parfois à l’appui de mes genoux, pour arriver jusqu’en haut de cet amas de pierre et de plantes, quasi vertical. Pas de doute : ils sont fous ces néo-zélandais. Mais encore une fois, le panorama en vaut la peine… cap sur Arthur Range !
Le bas d’Arthur Range est doté d’un certain charme, un air de “jardin de pierre” avec tout ce roc apparent…
Et puis, tout d’un coup, c’est fini. Un dernier pas m’amène sur la crête d’Arthur Range, et à mes pieds une nouvelle vue incroyable se dévoile : toute la baie de Tasman se déroule loin en contrebas… !
Il est 16h, le gros de la marche est maintenant derrière moi. Il ne me reste plus qu’à doucement redescendre des montagnes pour rejoindre le parking, non sans faire une longue pause à Mount Arthur Hut auparavant, où un charmant couple de kiwis m’offre une bonne tasse de thé. A 18h, je retrouve enfin mon van et ne reste plus qu’à rentrer – crevée, autant que ravie.
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !
Magnifique Steph ! That’s supeeerb !
Wahou! MAGNIFIQUE.
Merci ! A quand un passage en Nouvelle-Zélande pour vous deux ?
Très bientôt! Nous vendons la voiture, passons deux semaines en N-C chez des copains, et on file venir te voir
J’ai vraiment hâte de découvrir la N-Z après toutes ces photos qui mettent l’eau à la bouche!
Sweet ! Préviens moi quand vous passerez par Wellington, ce sera un plaisir d’aller boire un verre / faire une balade / un repas / whatever avec vous
No worries!
Rho la la maintenant c’est sûr : je veux aller faire des randos en NZ l’année prochaine quand j’y serais !
Merci
Mission accomplie !
Viens-tu en NZ en WHV ?
Non en oz en WHV et ensuite en NZ en touriste.
C’est ca la vie et puis c’est tout!