Malgré les aux revoirs douloureux, le retour sur les routes nous fait aussi du bien. Alex derrière nous, un ruban d’asphalte devant : une nouvelle journée d’été pleine de soleil nous attend. Nous avons décidé de mettre le cap au sud en direction du Nelson Lakes NP, qui n’est pas bien loin d’ici. A mesure que l’on s’enfonce au sein des vallées entourées de collines boisées, le paysage nous séduit de plus en plus, et plutôt que de se laisser aller à la tristesse d’un départ, on se voue au plaisir du début d’un nouveau roadtrip. Alex, nous le reverrons, c’est déjà une certitude : nous repasserons par Motueka avant de quitter la Nouvelle-Zélande.
On se gare auprès des rives du lac Rotoiti. Plusieurs vacanciers occupent les abords de la jetée, où on peut louer des kayaks, mais nous avons tôt fait de laisser tout le monde derrière nous en nous engageant sur un sentier forestier. Il s’agit d’une petite boucle toute simple, aisée et brève, histoire de se remettre dans le bain de la randonnée en douceur après ce mois de paresse et de festins. Si modeste soit-elle, notre balade suffit à nous émerveiller : la forêt de bouleaux (« beech trees ») est parsemée de ruisseaux et de coulées, les épais feuillages des arbres dansent dans la brise, un tapis moelleux de feuilles brunies, de mousses et de buissons étouffe doucement le son de nos pas. Tout est luxuriant, tout est paisible, la forêt paraît magique : une nouvelle fois, il est aisé de comprendre pourquoi la Nouvelle-Zélande est le pays du Seigneur des Anneaux.
A travers les arbres, on rejoint un autre morceau de la rive du lac. Une plage de petits galets blancs accueille les vaguelettes d’une eau limpide. En arrière-plan, les flancs majestueux des montagnes de Saint Arnaud Range. C’est décidé : il faut qu’on se baigne ! On retourne au van, qui nous emmène un peu plus loin jusqu’à West Bay. Là, on enfile nos maillots et on va tremper les petons dans l’eau aussi claire qu’elle est froide. On prend notre courage à deux mains : l’endroit est tout simplement trop beau pour ne pas s’y baigner. On nage et on cahute dans les flots jusqu’à l’heure du dîner : on se prépare une bonne gamelle de pâtes que l’on savoure au bord du lac, à mesure que la lumière du jour s’efface et se dissout dans celle du crépuscule. Repues, on va arpenter la petite jetée et on découvre que l’on partage les eaux du lac avec d’autres habitants : d’énormes anguilles habitent les fissures de la rampe à bateau qui descend dans l’eau. Une pancarte nous apprend qu’elles sont protégées, et qu’elles arrivent à l’âge adulte à… 90 ans !
Alors qu’on s’amuse à observer les anguilles, une ranger vient faire le tour des véhicules du coin. On va à sa rencontre, et elle nous indique un endroit où camper gratuitement avec le sourire. Parfait ! On reprend le volant quelques instants pour rejoindre le petit étang dont elle nous a parlé. Plusieurs autres campeurs crevards sont déjà installé, et une lumière dorée s’est emparée des roseaux qui bordent la mare. Ne nous reste plus qu’à dormir.
Le lendemain, réveil de bonne heure : nous avons bien l’intention de profiter à fond de notre journée ! Et puis, c’est maintenant l’été, ce qui signifie bien évidemment des jours plus chauds : il est donc préférable de commencer les randonnées un peu plus tôt, tant que l’air est encore frais. Aujourd’hui, nous comptons écumer les pentes et le sommet du Mount Robert, qui s’élève des bords du lac. Ce dernier, que l’on passe sur la route, est au matin à son plus calme et beau : un nuage fin étend son léger voile devant le Mount Robert, par-delà les eaux pâles du Rotoiti.
Nous commençons notre randonnée un peu plus haut, où un parking nous permet d’abandonner le van. La Pinchgut Track nous emmène à l’ombre de la forêt sur un tapis de feuilles cuivrées qui chuchotent sous nos pieds. Puis, nous quittons l’abri des bois pour marcher le long des flancs dénudés du Mount Robert, où le sentier serpente parmi les herbes et les fleurs sauvages d’une végétation alpine. De temps en temps, on retrouve des passages à couvert, et on en profite pour se reposer dans leur fraîcheur ombragée. De petits oiseaux filent à travers les branches et égaient la matinée de leurs chansons. Lorsque l’on émerge de ces oasis d’arbres, les pentes herbues dévoilent sans cesse une nouvelle vue panoramique sur l’étendue bleue du lac Rotoiti. Bien que les lois de la logique dictent que le lac devient de plus en plus petit à mesure que l’on monte et donc que l’on s’en éloigne, il me parait de plus en plus vaste maintenant que je peux le contempler dans son entièreté.
Au sommet, on poursuit le chemin le long de la crête, et on échange nos vues du lac pour le paysage intérieur de vallées et de montagnes. On savoure la beauté simple de la prairie alpine, animée de fleurs blanches et jaunes, ou plus rarement oranges. Le soleil brille sans faillir aujourd’hui, pour notre plus grand plaisir ! Peu à peu, la crête nous fait redescendre, et il ne nous reste plus qu’à laisse nos pas nous ramener en direction du van.
Il est maintenant midi, mais nos plans de mise à profit de l’eau fraîche du lac pour une petite baignade sont déjoués lorsqu’on arrive à hauteur de West Bay : c’est l’heure que le gros car vert de KiwiExperience a choisi pour déverser une ribambelle de jeunes backpackers sur les rives jusque lors paisibles du lac. Ces derniers s’affairent à tapoter des textos sur leurs portables, et nous prenons la fuite : direction le lac Rotoroa, le plus grand de la région. Encore une fois, le paysage d’eau au sein des montagnes est somptueux, mais nous sommes repoussées par une seconde invasion, plus légitime cette fois : celle des sandflies ! Ces mouches minuscules sont un des grands fléaus des rives néo-zélandaises dans l’île sud : elles les habitent en masse, et sont ravies de venir dîner sur l’épiderme de tout voyageur qui s’y égare. Ouch ! Il n’y a rien d’autre à faire que de quitter le parc national.
Prochain arrêt Murchison, pour acheter de l’anti-mouche…
Galerie photo : Nelson Lakes National Park
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !