Tout un mythe entoure “Kiwiland”, et vous vous en apercevrez avant même d’y atterrir : où que l’on se tourne, où que l’on demande, quoiqu’on lise ou qu’on entende, un seul et même verdict revient sans fin. L’île sud serait de loin la meilleure des deux, nous dit donc la connaissance commune. Quid de cette audacieuse affirmation ? Etude de cas…
Nous avons commencé notre périple kiwi par l’île nord, et nous sommes tombées sous le charme immédiatement. Après avoir constaté les dégâts dus à la sécheresse en Australie, le contraste se fait sentir de manière forte : au revoir les plaines jaunies et poussièreuses, bonjour les collines d’herbe verte parsemée de boutons d’or. Le ciel bleu paraît immense, habité de nuages blancs : le nom maori du pays est Aoteroa, ce qui signifie “le pays du long nuage blanc”. Ce patronyme poétique se comprend et s’adopte bien vite… Au fil de nos premières balades, nous explorons ce nouvel univers si clément, si doux et immédiatement confortable, et découvrons également les merveilles de la côte : plage volcanique de sable noir, plage de sable blanc, eaux transparentes à la pureté ébahissante… le Northland, tout particulièrement, se révèle bien vite comme un certain éden de ce point de vue là. Plus tard, nous passons par la péninsule de Coromandel, discrète et charmante, découvrons les sources minérales de Rotorua aux couleurs opalescentes et aux nuages de vapeur diaphanes, savourons la vue des cîmes enneigés des monts Ruapehu et Ngauruhoe, traversons le décor lunaire du Tongariro National Park et rencontrons de près des otaries sauvages sur les rivages de Cape Palliser. Que dire ? L’île du nord est belle, très belle, c’est incontestable.
Un mois et demi après notre arrivée, nous embarquons sur le ferry pour voguer jusqu’à l’île sud. L’une des légendes qui l’entoure est la suivante : les gens sont supposément plus hospitaliers dans l’île sud. Cette observation me laisse relativement perplexe, mais comme c’est parfois le cas, une réponse nous tombe du ciel : le soir venu, nous nous garons en bord de route sur les rivages de Kenepuru Sound. De la propriété d’en face sort soudain un homme aux allures de vieux rockeur (cheveux décolorés, coupe des années 80…). 5 minutes plus tard, nous ramassons tous ensemble coques et huîtres sur la plage. 10 minutes plus tard, il nous met des fusils de chasse dans les mains et l’on conduit son quad à tour de rôle pour s’enfoncer dans la forêt. 15 minutes plus tard, il fume du cannabis dans une tube de Berroca (vitamines). 30 minutes plus tard, on se goinfre ensemble de fruits de mer devant un bon feu de bois dans le jardin. Sur les coups de minuit, on traverse la route avec un canoë pour aller pagayer et jeter notre filet de pêche pour le lendemain. Et le lendemain, il ne nous laisse pas partir sans nous donner une bouteille de vin à emporter. Ai-je besoin de continuer ?
Bien évidemment, une rencontre insolite, aussi marquante et à point nommé soit-elle, ne peut pas vraiment devenir une généralité. Et n’oublions pas dans l’île du nord un couple de bons samaritains qui nous avaient sorti d’un fossé et offert une douche chaude ainsi qu’un endroit où dormir pour la nuit… la solidarité se rencontre partout ! Toutefois, la suite de notre voyage dans le sud nous a confirmé deux choses : premièrement, on y trouve davantage de gentils hippies, et deuxièmement il est plus facile de trouver des coins camping gratuits agréables et légaux. Et ça, pour le routard crevard, c’est la clé du succès !
Mais qu’en est-il de l’environnement ? Il semble difficile de surpasser la beauté de l’île nord, et pourtant… le nord de l’île sud relève le défi du Northland en matière de plages irréprochables, et se pose presque sur un pied d’égalité. Mais là où l’île sud fait mouche c’est surtout et avant tout pour ses montagnes… les Alpes du sud recouvrent une énorme portion du territoire et donnent un relief irrésistible à la région. Si, quand vous pensez Nouvelle-Zélande, vous pensez aux paysages à couper le souffle du Seigneur des Anneaux, c’est surtout dans l’île sud que vous retrouverez les sensations qu’ils ont pu éveiller en vous au cinéma… que ce soit en traversant Arthur’s Pass, en suivant avec tenacité et émerveillement la longue route de gravier qui s’enfonce jusqu’aux pieds des montagnes à Erewhon Station ou en rendant une visite matinale au Mount Cook, un sentiment de liberté, d’espace et de force s’impose, et l’on s’imagine sans peine s’élancer au grand galop dans ces étendues attrayantes encadrées de hauts sommets…Bien que les deux îles fassent plus ou moins la même taille, en esprit on se plait à penser que l’île sud est plus vaste. Cette étrange notion se comprend peut-être mieux quand on songe à la répartition de la population : les 3/4 des néo-zélandais résident dans l’île nord. L’île sud contient donc seulement le quart des habitants du pays : toute la population de l’île sud équivaut à peine à la population de l’agglomération d’Auckland… vu comme ça, on comprend vite pourquoi cette île parait plus vaste, et est définitivement plus sauvage !
Au final, il va falloir s’y résoudre : pour une fois, nous ajouterons notre voix à la majorité. Quand l’heure viendra un jour de revenir en NZ, c’est dans l’île sud que nous choisirons de nous établir sans arrières-pensées… mais ça ne nous empêchera d’aller passer des vacances dans l’île nord ;-)
Salut ! Dans la vraie vie, quand je ne me cache pas derrière mon sobriquet de brosse à dents, je m'appelle Stef.
Je viens de la Réunion, j'ai étudié à Montpellier, et je suis partie en Australie pour la première fois en 2006. J'avais 22 ans.
Depuis, on ne m'arrête plus, et je vis actuellement à Auckland, Nouvelle-Zélande. Tu as des questions ou envie de discuter ? Ecris-moi !
Vous allez nous reparler de l’Australie, bientôt ? :-)
La rabat-joie de service qui vous embrasse !
Prochain article : Nouvelle-Zélande ou Australie ?
Histoire de finir dans les dossiers comparatifs à la philosophie subtile et profonde
Et ensuite, on passe à l’Australie !
C’est fou comme la générosité des gens dont il est question apparaît pour le pauvre lecteur d’Europe occidentale que je suis comme étant un sens de l’humanité irréel, utopique et totalement inconcevable en zone « civilisée ».
Oui, je ne plaisante pas quand je dis que voyager a renouvelé ma foi en l’humanité… ! Je n’ai jamais autant rencontré de gens bien, on dirait qu’il y’en a à la pelle
Wahou ! T’aurais écrit 15 pages de plus, je les lisais.
Quelle belle plume ! Congratulation et merci pour ces infos et anecdote.
J’attend avec impatience "OZ vs NZ"
Déjà fait, déjà posté !