Un an jour pour jour après avoir quitté notre mère patrie, nous voilà à la veille de notre départ de Brisbane, Australie, en direction d’Auckland, Nouvelle-Zélande. L’année nous a filé entre les doigts sans qu’on s’en aperçoive, on ressent un certain étonnement à se retrouver là, 365 jours plus tard, prêtes à monter dans un nouvel avion pour un nouveau pays. Avant de quitter la France, nous avions évoqué la possibilité de faire un saut par le pays des kiwis… une idée vague qui paraissait lointaine à l’époque, et maintenant se concrétise.
Ce voyage en terre néo-zélandaise sera pour nous une escapade temporaire entre deux années de visa vacances-travail en Australie. On ne ressent donc ni tristesse ni regret à l’idée de quitter le pays des kangourous : on sait que dans quelques mois, on sera de retour. Le visa touriste qui nous sera automatiquement délivré à notre entrée sur le territoire néo-zélandais nous permet d’y séjourner pour une durée initiale de trois mois, renouvelables ultérieurement. On pense rester entre 3 et 6 mois.
Nos derniers jours à Brisbane se sont écoulés avec une impatience grandissante. Sur le bureau du PC, un compte à rebours a rythmé le défilement des jours. Nous avons revu Craig, de passage en ville, on a regardé ensemble la lumière du soleil couchant teinter les nuages de rose pâle au-dessus du fleuve. Le dernier soir, on a bu et ri avec Tanya, notre colloc préférée. On s’est couchées vers 1h du mat’, pour se réveiller quatre heures plus tard : l’avion décolle tôt. La sœur de Julie (notre autre colloc) nous dépose à l’aéroport avant de partir au travail. Nous y voilà.
Comptoir d’enregistrement. « Savez-vous que vos visas ont expiré hier ? » Je hausse un sourcil, et je pointe la date : « non, ils expirent demain ». Le responsable réalise qu’il y a une légère différence entre les nombres 16 et 18, même avec l’encre rouge baveuse des tampons de passeport. Mais il ne lâche pas l’affaire là : « vous n’avez pas de billet de sortie du territoire néo-zélandais ». A nouveau, je hausse les sourcils, et je lui montre nos tickets Christchurch-Melbourne. C’est là que sonne le glas : « votre visa expire demain, vous n’aurez plus le droit d’entrer en Australie… ces billets ne prouvent rien ».
Il est 6 heures du matin, l’avion décolle dans moins d’une heure, et nous voilà coincées à l’enregistrement parce qu’avant même de mettre le bout de l’orteil en Nouvelle-Zélande, il faut posséder un billet de sortie du territoire vers un territoire pour lequel on a droit d’entrée… dès maintenant ! Signaler au responsable qu’on va renouveler notre visa vacances-travail depuis la Nouvelle-Zélande ne sert à rien, lui dire que même si ça n’était pas le cas nous pourrions obtenir un visa touriste pour l’Australie ne change rien non plus. Sa solution ? « Achetez un billet pour Nouméa ».
Amis voyageurs, chers compatriotes, bienvenue dans le monde moderne de la législation du tourisme et de l’immigration, où pour monter dans votre vol Brisbane-Auckland, il vous faut un billet Auckland-Nouméa. Pourquoi Nouméa ? Parce que c’est le territoire français le plus proche (Nouméa étant en Nouvelle-Calédonie, on rappelle), et qu’on y a donc automatiquement droit d’entrée puisque nous sommes françaises.
Les minutes qui suivent sont tendues tandis qu’on court vers un kiosque internet pour virer de l’argent de notre compte épargne à notre compte courant afin de pouvoir acheter le coûteux billet : AU$900/personne, vous ne rêvez pas (en comparaison, le vol pour Auckland nous coûte seulement AU$250/personne). Pourquoi si cher ? Parce que c’est un vol Qantas, et un billet au prix fort : les premiers prix ne sont pas remboursables. A l’inverse, ce billet honéreux que nous sommes dans l’obligation d’acheter est entièrement remboursable, dieu merci.
A l’issue de tout ce cirque, on peut enfin procéder à notre enregistrement en toute légalité. On est folles de rage et de frustration, mais les responsables sont contents, ils ont fait leur métier. Moi, les frontières, ça me fait gerber. Dans une semaine, notre billet Auckland-Nouméa inutilisé et inutile sera renvoyé en Australie pour remboursement.
Le ridicule ne tue pas, tant que c’est la loi.
Le vol est court et sans évènement (on a eu notre dose à l’aéroport !), et bientôt la côte d’Auckland se dessine loin sous nos pieds. On se colle le nez au hublot, on regarde le découpage ondoyant de cette terre verdoyante, de ces baies à l’eau qui passe par des dizaines de bleus différents. On regarde les embouchures des fleuves qui se jettent à la mer, on voit les points blancs de rangées de bateaux dans une marina, et les blocs des maisons.
Atterrissage. On récupère nos bagages et on cherche notre nouvel hôte HelpX du regard : John est venu nous chercher. On ne s’est jamais vu, mais ça ne nous arrête pas : on se trouve mutuellement sans peine, et en voiture. John habite avec son partenaire Neil dans une propriété à l’ouest d’Auckland, dans la campagne au-delà du cercle des banlieues urbaines : Kumeu.
Nous sommes officiellement en Nouvelle-Zélande.




























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