// Leçon de remise en forme

Île sud

Leçon de remise en forme

232_Robin_Coquin.jpg En ce moment, si le site a pu changer de structure, de design et se remplir, et si ce blog a pu être créé, c’est avant tout pour cette raison : fini le voyage en Nouvelle-Zélande pour le moment, nous sommes établies chez un hôte HelpX depuis plus d’un mois déjà. Résultat, on néglige un peu (beaucoup…) nos occupations habituelles que sont le voyage, la randonnée et la photographie, et on en profite à la place pour satisfaire nos instincts de paresse et exécuter quelques travaux geeks.

Il était donc grand temps de donner un petit coup de sang à notre routine trop bien huilée, et de faire à nouveau travailler d’autres muscles que ceux de nos petits doigts boudinnés.

Il faut dire que nous ne vivons qu’à quelques minutes à peine du bien connu Abel Tasman National Park, et c’était un peu la honte que de n’y avoir jamais mis les pieds sérieusement… erreur réparée la semaine dernière, quand nous avons donc décidé de nous secouer pour de bon : pas trop de picole, pas d’abus de DVD jusqu’à padeure, une heure de coucher raisonnable. Le réveil est mis pour le lendemain 6h30. Eh oui, on ne rigole pas quand on décide de reprendre la randonnée : il s’agit de profiter des couleurs de l’aube, et d’éviter au moins en partie le pire de la chaleur. Au son du glas (*tintintin !*), on s’extirpe donc de la couette, on aspire un café et on s’avale un gros bol de muesli avant de prendre la route : c’est parti !

Notre fidèle destrier Le Van nous emmène jusqu’au sommet de la colline de Takaka, où on fait un petit arrêt pour aller admirer un point de vue sur la vallée d’où nous venons, peinte de teintes dorées à orangées en ce beau matin bien ensoleillé : on a bien fait de se lever tôt ! Ensuite, eh bien reste une longue piste bien sinueuse, une petite route en gravier comme on les aime quoi, qui nous fait serpenter dans les collines et nous amène jusqu’à Canaan Downs, où on laisse notre preux véhicule. De toute façon, c’est le bout de la route : pas d’autre possibilité que de continuer à pieds ! Notre sentier peut commencer…

233_Fantail.jpg Le plan était donc de suivre ce chemin, qui nous ferait d’abord grimper jusqu’à un point de vue avant de peu à peu nous faire redescendre de l’autre côté de ces hauteurs, à Marahau, sur la côte. Il est 8h30 lorsque l’on foule les premiers mètres de notre trajet du jour, et l’on prévoit d’être de retour à la maison en début d’après-midi. Grossière erreur.

Toute notre glorieuse épopée avait été préparée à l’aide d’un petit dépliant, fort mince et très succint, de la DoC (Department of Conservation), fauché à l’office du tourisme local. Dessus, une carte rudimentaire, et même un diagramme présentant le dénivelé de notre parcours. Vous penserez que c’est carrément du luxe d’avoir tout cela, et nous aussi, mais non : ça vous pousse simplement à faire des erreurs de calcul, surtout quand vous êtes un peu bête. Et on s’aperçoit bien vite que ce qui semblait n’être qu’une ridicule élevation sur le diagramme, une petite bosse négligeable que l’on pensait achever en 1/2h, est en fait une réelle pente qui grimpe pendant un certains temps. Alors, certes, c’est pas bien raide comparé à d’autres balades que nous avons fait ici (la NZ, ça monte et ça descend… copyright brosses à dents 2008), mais ça dure. Le temps d’arriver en haut, de laisser derrière nous les étendues herbeuses de Moa Park et d’atteindre Porter Rock, qui dépasse de la chevelure des arbres tel un crâne chauve pour ouvrir un panorama complet sur les horizons, il faut se rendre à l’évidence : la vue est belle, le temps parfait, le timing complètement foireux. Ce n’est pas 1/2h ni même 3/4 d’h qu’il fallait mettre pour arriver jusqu’ici, mais bien 2 bonnes heures. Oups.

Assise sur notre caillou qui domine le monde et nous donne une nette impression d’être “sur le toit”, on contemple la côte qui s’étend à l’horizon jusqu’à rejoindre la chaîne de montagnes qui va de Nelson à Saint Arnaud. Il fait chaud, il fait beau, on est contentes et on oublie rapidement l’idée de possiblement faire demi-tour… à la place, on reprend la route avec la suspicion persistante que cette première étape n’est sans doute pas la seule que nous avons mal évalué… Emilie ronchonne à l’idée de se perdre dans la forêt durant quelques siècles, et moi je m’enthousiasme : éclatons-nous les mollets ! Trop bien !

Vous aurez vite deviné laquelle est équipée d’un cerveau entre nous deux. Ben oui, c’est comme ça, c’est pas juste la vie.

Nos pas nous emmènent pour 2 nouvelles heures de marche, jusqu’à la hutte de Castle Rocks. Notons que durant tout ce temps, nous n’avons rencontré qu’une unique autre personne : un jeune homme qui effectue la marche dans le sens inverse, parti de Marahau la veille. Il a passé la nuit dans la hutte que nous atteignons maintenant… je n’ose lui demander ce qu’il pense de l’idée de faire tout le parcours en une seule journée, surtout au vu de notre Attirail Nénette : deux filles les mains dans les poches, avec un petit sac à dos ridicule et un gros appareil photo, ça c’est de l’équipement. Et puis, il pourrait faire peur à ma copine. Il pourrait nous donner une réponse réaliste.

THE_Walk.jpg La hutte de Castle Rocks se révèle vide et très agréable, on y trouve un poêle pour faire la cuisine au feu de bois (dans la clairière, une hache plantée dans une souche parle éloquemment en faveur du self-service), une table et des matelas. C’est l’heure du déjeuner, mais là, mauvaise nouvelle : pas de petit ragoût paysan de derrière les fagots pour nous, oh non. L’Attiral Nénette a encore frappé : pour la durée de la balade, nous avons à une banane chacune, et une bouteille d’eau de 2 litres à partager. Voilà. Tout a tôt fait de disparaitre, et on s’étale repues (pas vraiment) et sans souci (à part d’arriver à rentrer avant la nuit) pour un long moment (15 minutes).

Le tronçon suivant sera le plus difficile : encore une fois, on tape dans les 2 heures de marche. Le sentier nous emmène par monts et par vaux, et il faut dire qu’il est bien joli : on traverse différents types de forêts, tantôt entourées d’une jungle tropicale riche en lianes et arbres à chou, tantôt un bois de bouleaux plus espacés et reposants. De nombreux oiseaux nous accompagnent tout au long du périple, bien qu’on ne les aperçoive pas toujours dans cet environnement bien touffu ! Mais parmi ceux que l’on s’arrête pour observer avec succès, on trouve de nombreux robins curieux, des fantails surexcités qui sautent de branche en branche sans jamais rester tranquille plus de quelques secondes (génial pour faire une photo…), et des bellbirds à la chanson musicale. Notons aussi que cette randonnée a écopé de la classification “route”, ce qui signifie que le sentier est peu fréquenté, et peu entretenu. Nous, ça nous plait : le sentier est fin, tapissé de feuilles mortes et parfois transformé en miasme boueux ; il est entrecoupé de racines et traversé de ruisseaux, bref : il est NATURE, et c’est ce qu’on veut.

Pourquoi le plus difficile, au fait ? Non, ce n’est pas à cause des miasmes boueux, c’est simplement psychologique : ce tronçon va de Castle Rocks à Holyoake Clearing, ce qui pour nous veut surtout dire “de nulle part à nulle part” : c’est l’avant-dernier, donc pas de soulagement de se dire “après ça, c’est fini” mais seulement la vague inquiétude de se demander si on peut boucler tout notre parcours avant la tombée de la nuit. On entame notre 6ème heure de marche et la fatigue se fait sentir, surtout après des semaines passées à se la couler douce et s’engraisser grâce aux bons petits plats d’Alex (dont les portions sont tout sauf petites…). Résultat ? Eh bien, la même chose que d’habitude dans ce genre de cas : on éclate de rire à la moindre blague idiote, on est prises de spasmes hilares qui nous mettent presque les larmes aux yeux et finissent de faire agoniser notre souffle déjà court… le tout dans la bonne humeur la plus totale, c’est les nerfs qui lâchent ! Le pompom arrive quand je rappelle à Emilie ses mots de ce matin, lorsque Le Van nous emportait jusqu’au sommet de la colline sans plus d’efforts de sa part que d’appuyer sur la pédale et tourner le volant : “c’est bien cette marche, ça sera comme un raccourci pour descendre de la montagne, par rapport à la route !” s’était-elle exclamée avec une innocence bonhomme qui m’apparait maintenant comme renversante. Et moi d’acquiescer… on est cons quand même !

A Holyoake Clearing nous attend une nouvelle hute, plus que sommaire cette fois : une petite case en tôle à demi taggée et dépourvue du moindre agréement. On s’en fout : il y a une table dehors avec vue sur l’océan. On vient en effet de déboucher sur ce qui sera la dernière partie de notre aventure du jour : nous laissons maintenant les épaisses forêts de l’arrière-pays pour nous engager dans la végétation côtière plus parsemée des dernières collines avant la mer. On s’étale sur la table pour récupérer et profiter de la vue avant de partir : les flots sont d’azur, le ciel céruléen, la tranquillité extrême. Bref, tout serait sans nuages si nos chevilles et nos pieds tendres ne s’entêtaient pas à gémir silencieusement leur mort annoncée. Ne reste plus qu’une chose à faire : descendre jusqu’à Marahau. Devinez ? Eh oui, gagné : ça fait encore 2 heures !

234_Abel_Tasman.jpg

On s’active donc sur ce qui est sans doute la partie la plus frappante de la journée, puisqu’à mesure que l’on descend de la montagne les tours et détours du chemin révèlent des vues toutes plus belles les unes que les autres : un soupçon des bancs de sable de Torrent Bay, les eaux turquoises des rivages de Fisherman Island et la baie où se niche Marahau, notre destination si élusive qui se concrétise enfin, tapie au creux des collines. Tous les muscles tirent et c’est à moi de ronchonner, toujours flemmarde sur la fin, tandis qu’Emilie a le vent en poupe : elle se compare elle-même à un cheval qui sent l’écurie venir… et attend sa carrotte sous la forme d’une bonne bière bien fraîche ! Notre descente terminée, il ne nous reste plus qu’à franchir la dernière ligne droite : une petite portion le long de la côte, qui est le début de l’Abel Tasman Coastal Walk, de loin la marche la plus médiatisée du parc. Classifiée “Great Walk”, elle s’étend du sud (Marahau) au nord (Golden Bay) et suit la côte. Comparé à notre sentier, c’est une véritable autoroute : le chemin est en terre battue, large, plat et bien entretenu, c’est à se demander si des petits lutins ne viennent pas l’épousseter tous les soirs. Arriver jusqu’ici nous a pris environ 9h30, et nous n’avons croisé que 2 personnes. Ce dernier morceau, quant à lui, ne dure qu’une vingtaine de minutes mais nous fait saluer tout autant de quidams, pour la plupart détendus et habillés de petits shorts blancs très proprets, savates aux pieds et polo bien net sur le dos. J’vous jure, y’en a qui se foulent pas…

Nous arrivons à Marahau sur les coups de 18H30, crevées. La leçon de remise en forme se finit bien avec la consommation des binouzes tant désirées, mais il va falloir attendre deux jours avant qu’on ait la motivation d’aller chercher Le Van abandonné en haut de sa montagne… et non, on ira pas à pieds !

Galerie photo Galerie photo : Tasman Bay

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Discussion

6 commentaires sur “Leçon de remise en forme”

  1. Y a que moi qui poste ou quoi ?! Bravo pour les photos d’oiseaux, très chouettes et belles couleurs (toujours subjectif mais je le dis quand même)…

    Ecrit par Exploz | 9 March 2008, 11:00
  2. Beh oui, tu es la Posteuse Officielle… mais avec un peu de chance on finira par te trouver des petits camarades =D !

    Ecrit par Toothbrush | 9 March 2008, 11:11
  3. Alors ça vous siffisait pas de nous donner de précieux conseils sur le forum australie-australia, il fallait en plus que vous nous dégottiez un tout joli site, avec de toutes jolies photos, et de tout jolis commentaires…

    Je dis chapeau bas, les filles ! Moi qui suis en train de me réfléchir mon carnet de voyage, je vois que j’ai du boulot !!
    Félicitation, c’est du beau boulot !

    Note : je veux bien être sur la liste des prétendants "Assistants à la posteuse officielle" !!

    Ecrit par Bonob | 9 March 2008, 16:26
  4. Bienvenue sur le blog et la liste des Posteurs Officiels… ! ;) Et merci pour tous ces compliments, ca fait toujours grand plaisir :)

    Ecrit par Toothbrush | 10 March 2008, 00:02
  5. « La hutte de Castle Rocks se révèle vide et très agréable, on y trouve un poêle pour faire la cuisine au feu de bois (dans la clairière, une hache plantée dans une souche parle éloquemment en faveur du self-service), une table et des matelas. »

    Dans l’ensemble, les gens respectent le matériel d’étape errant dans la nature ? C’vraiment bien pour les escales (que font les gens pas foutus d’enchaîner dix heures de marche de suite).

    « A Holyoake Clearing nous attend une nouvelle hute, plus que sommaire cette fois : une petite case en tôle à demi taggée et dépourvue du moindre agréement. On s’en fout : il y a une table dehors avec vue sur l’océan. »

    Celle-là, je vais l’utiliser prochainement, je kiffe :D.

    Ecrit par meduz' | 10 March 2008, 11:23
  6. Le respect des refuges… ca va, je pense. Ils ont plusieurs classes differentes d’abris en fait : "hutte" designe ceux tenus a un bon standard, comme Castle Rocks, "refuge" ceux tres basiques et laisses a l’abandon, comme Holyoake. Les huttes ne errent pas dans la nature, elles sont entretenues par les rangers de la DoC… et payantes si tu veux y passer la nuit !

    Dans les deux cas, les gens ont tendance a ecrire/graver sur les murs, que ce soit leurs noms ou des messages Peace & Love bons hippies (au moins c’est pas agressif =D ). Pour le reste, ca va. Un truc que j’aime bien, c’est qu’il y a souvent un "Hut Book" pose sur la table ou les visiteurs laissent un petit message, c’est souvent assez humorisitique ;)

    Perso, y’avait plus de place sur les pages d’un livre une fois, alors j’ai dessine une jolie demoiselle en tenue d’Eve sur la couverture a la place… :lol:

    Ecrit par Toothbrush | 10 March 2008, 11:34

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