C’est officiel : voici venu le temps du retour momentané à la civilisation. A mesure que l’on se rapproche à grands pas (ou grandes roues) de la capitale néo-zélandaise de Wellington, on rencontre les prolongements urbanisés de son agglomération. Upper Hutt est une ville digne de ce nom, ce qui pour le routard crevard se traduit en deux temps : premièrement, on savoure les mille délices d’une douche chaude à la piscine publique ; et deuxièmement, la bibliothèque ferme à 20H. Ah, que de bonheur.
Le lendemain de notre arrivée, c’est dimanche. C’est également le jour de la parade de Noël. Oui, oui, vous avez bien lu : la parade de Noël se déroule quasiment un mois à l’avance, le 1er décembre. Tous les locaux ne parlent que de ça depuis hier, et, entraînée par ma jolie dulcinée, je me laisse convaincre d’aller y assister. La rue principale est bondée à craquer d’enfants et de parents : certes, ce n’est rien comparé à une foule comme celle de Sydney au Nouvel An, mais on sent bien que tous les citadins du coin sont venus se rassembler ici aujourd’hui. La parade peut commencer.
C’est un désastre sans nom. Les chars (« floats ») ne sont en réalité rien de plus que des voitures, des tracteurs et des camions desquels s’échappent d’odorantes voluptes d’essence et de diesel. La plupart des véhicules sont bariolés, non pas du fruit d’une expression artistique profonde quelconque, mais des slogans et des logos des nombreux sponsors de l’événement. Bienvenue à la parade de Noël capitaliste, mesdames et messieurs, dont le seul but est bien d’accumuler de nouveaux clients consommateurs dès le berceau ! Pire encore, pourtant, sont les visages des gens qui assistent à cette triste débacle : tous affichent un air d’ennui ou un regard morose, comme si leur présence physique suffisait à la parade et que leur esprit et leur cœur n’avaient pas besoin de s’y joindre. Les enfants placés sur certains des « chars » essaient un signe de main timide envers cette foule inintéressée et silencieuse, et quelques-uns semblent sur le point de pleurer. Tous ont l’air plongés dans la plus profonde incompréhension à l’exercice qui leur est imposé. De nos jours, à la vue de cette exemple du moins, la tradition de la parade de Noël m’apparaît creuse et vide de sens, une simple chose à faire au même titre que les courses ou le ménage.
Dépitées par l’ampleur pathétique de l’événement, on se réfugie derrière les rideaux de notre van pour un déjeuner rapide, et on joue ensuite les filles de l’air : le Belmont Regional Park se trouve non loin d’ici et nous offrira, on l’espère, une petite bouffée de fraîcheur. L’opération est une réussite : on se rend jusqu’au sommet de Boulder Hill, où un vent froid souffle sur l’herbe et la roche, avec vue le port de Wellington au loin. Plus loin encore, par-delà le bleu de l’océan, on distingue même la silhouette brumeuse de l’île sud. Le moment de la traversée se rapproche peu à peu : d’ici une semaine, nous aurons sauté le pas. Mais en attendant, on redescend la colline parmi les touffes de tussock doré et on va se goinfrer de glace pour le dîner…
Galerie photo : Upper Hutt




























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