Lors de la réservation de notre billet (un aller simple : larguez les amarres !) auprès de notre agence de voyages, il est vite devenu apparent qu’un vol à destination de l’Australie n’était pas une petite affaire : grosso modo, il s’agit de parcourir 20.000 km en 20 heures de vol. Malgré toutes nos prouesses technologiques, un tel parcours ne s’effectue toujours pas en une seule fois, et l’escale est donc obligatoire.
Ce que j’en dis ? Une escale, génial ! C’est l’occasion pour nous d’avoir un petit aperçu express d’un endroit exotique, inconnu, étranger. Alors que notre charmante agent nous propose une correspondance dans les deux heures, je demande avec espoir s’il nous est possible de passer la journée sur place : pas de problème, l’avion atterrit à Singapour sur les coups de 6 heures du matin et nous pourrons sauter dans un autre avion pour Brisbane à 21 heures.
Le deal est scellé, et après un train vers Paris, une dernière soirée en compagnie des amis chers, un lever de bon matin, un RER en direction de Charles-de-Gaulle et 12 heures d’avion en compagnie des jolies hôtesses de Singapore Airlines nous y voici enfin : Singapour nous ouvre les bras baby !
Après un petit formulaire et un coup de tampon dans le passeport, on quitte l’aéroport pour s’aventurer en ville : ce n’est pas dur, la station de métro (le MTR) se trouve carrément dans l’aéroport ! Le contraste avec l’univers parisien se fait immédiatement sentir : ce matin (il est minuit à l’heure française de nos organismes), nous avions galopé dans des tunnels aux sols tapissés de petits tickets roses. Ce nouveau matin (ben oui, il est 6-7 heures à Singapour), on évolue dans un réseau à la propreté immaculée : interdit de manger ou de boire dans le métro, sous peine d’une amende de plusieurs centaines de dollars. De plus, point de tickets de papier jetables ici : un ticket de métro à Singapour est une carte de plastique (comme une carte de crédit) et la ramener à la machine à la fin du trajet permet de récupérer une petite partie du prix payé. Malin !
Alors que l’on débouche enfin au centre-ville, on découvre un ciel lourd et gris, une atmosphère équatoriale à la chaleur humide et pesante. Au-dessus de nos têtes, un soleil qui brille d’une teinte orange acide dégage une impression maléfique : on pourrait presque sentir pousser un futur cancer de la peau sur nos petits bras blancs, et quelques pas suffisent à nous faire transpirer. On vérifie bientôt un autre cliché : dans un parc, un homme seul, torse nu, s’exerce aux gestes lents d’un art martial.
Un peu désorientées, l’on finit tout de même par mettre la main sur une carte de la ville et l’on s’engage sur Orchard Road pour marcher jusqu’aux célèbres jardins botaniques de Singapour. Notre chemin est fait de contrastes : les bâtiments coloniaux côtoient les gratte-ciels ultra-modernes ; des arbres tropicaux, recouverts de mousse et de plantes luxuriantes, baignent dans une atmosphère brumeuse ; et sur certains immeubles des écrans géants affichent une succession de pubs et de bande-annonces. Des taxis bariolés se fraient un chemin parmi le traffic urbain, et des perles de verre coloré pendent aux branches d’arbres géants qui semblent se hisser à travers les trottoirs depuis les tréfonds de la terre.
Dans les jardins botaniques, l’atmosphère se fait plus calme, et la nature est abondante : grandes pelouses, forêts tropicales touffues et étendues d’eau forment un agréable mélange. On aperçoit quelques écureils du coin de l’œil, qui sautent de branche en branche, et l’on se pose un peu pour se détendre. La fatigue se fait sentir (après tout, nous sommes en train de faire une nuit blanche pour passer notre journée à Singapour : le décalage horaire, une magie dont on ne se lasse pas), de même que les effets de la chaleur. Notre plan de la ville devient multi-fonction, et l’on s’en sert comme parasol improvisé. Alentours, il n’est pas rare de voir les locaux se balader avec un parapluie servant la même fonction.
Dans le brouillard gris de cette ambiance oppressante se dessine les contours d’une île sur le lac. Des cocotiers élancent leurs courbes vers les rives, mais l’atmosphère mystique confère à cette scène un goût d’interdit, et non de vision du paradis. Malgré la fascination que toutes ces impressions exercent sur nous, ultimement ce sont nos estomacs affamés qui se font entendre et l’on reprend le chemin du métro : direction Chinatown pour le déjeuner ! On choisit un snack-bar au hasard, et l’on demande le menu : difficile ensuite de commander, entre les serveurs asiatiques qui baragouinent un étrange mélange d’anglais et de chinois, et les petites clientes françaises qui parlent avec l’accent du pays ! A force de répétitions, de gesticule, de sourires et de pointage intensif du doigt sur les choix du menu, on obtient miraculeusement ce qu’on avait commandé et le lakhsa (une soupe de nouilles et de bœuf) se révèle bien épicé et délicieux.
Notre faim satisfaite, on reprend notre vagabondage à pieds. Au bord d’une rue se dresse un temple indien, le trottoir à son entrée recouvert des dizaines de paires de chaussures des pèlerins qui y sont rentrés. Un peu plus loin, sous une arcade, un cordonnier vaque à son occupation traditionnelle : il travaille à même la rue, sans boutique ni outils modernes.
Nos pas nous mènent finalement le long de la rivière de Singapour, où s’aligne une longue rangée de restaurants. A leur entrée, des serveurs/ses armés de leurs menus respectifs nous sourient et nous hèlent avec ferveur pour tenter de nous attirer jusqu’à leurs tables… désolé, on a déjà mangé ! Au fil de l’eau, de vieux bateaux se laissent porter. Quant à nous, on atteint finalement la place du Fullerton Hotel, et l’on découvre une collection de statues toutes plus étranges les unes que les autres : une licorne signée Salvador Dali, mais également un énorme oiseau aux formes arrondies…
La rivière débouche finalement sur l’océan Pacifique, et l’on fait une petite pause pour goûter quelques jus de fruits frais aux parfums étranges : papaye et mangue, mais également des fruits dont on ignore la nature (« honey dew » et « sourfruit »). Un peu plus loin, le merlion monte la garde : symbole de Singapoure, il s’agit d’un lion à queue de poisson. Une petite statue constitue une fontaine sur la place, tandis qu’une autre beaucoup plus imposante crache un grand jet d’eau dans la mer.
C’est maintenant la fin de l’après-midi, et la fatigue nous rattrape à grands pas. Emilie s’endort sur mon épaule dans le métro, et l’on manque de se perdre dans l’aéroport. Un petit cappucino nous redonne un semblant d’énergie, et l’on découvre avec béatitude une des caractéristiques de l’aéroport de Singap’ : des machines à masser les pieds. Il suffit de mettre ses petits petons puants dedans (oui, c’est pas la joie quand on enlève ses chaussures après une journée à suer), appuyer sur un bouton et c’est parti : effet relaxant garanti. En plus, c’est gratuit !
Une petite scéance de brossage de dents dans les toilettes (Toothbrush Nomads, c’est pas pour rien !), et c’est l’heure de reprendre l’avion : il nous reste encore 8 heures de vol avant d’atterrir à Brisbane. Courage…
Galeries photo : Singapour




























Discussion
Aucun commentaire sur “Un jour à Singapour”